
Comment déterminer les responsabilités des différentes parties en cas de litige relatif à un investissement dans une monnaie virtuelle ?
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Comment déterminer les responsabilités des différentes parties en cas de litige relatif à un investissement dans une monnaie virtuelle ?
Actuellement, les affaires civiles et commerciales liées aux cryptomonnaies présentent dans la pratique judiciaire une faible quantité et une diversité limitée.
Par : Maître Liu Zhengyao
Dans les litiges civils liés à l'investissement en monnaies virtuelles, de récents jugements rendus par un tribunal de Shanghai et par la cour intermédiaire de Yancheng (province du Jiangsu) illustrent des approches juridiques totalement opposées. Compte tenu de la situation actuelle de la jurisprudence chinoise en matière de litiges sur les monnaies virtuelles, il est essentiel d’étudier la recevabilité et le traitement judiciaire de ces affaires civiles et commerciales. À partir de son expérience pratique et des réglementations nationales en vigueur, l’auteur propose ici une brève analyse, ouverte aux échanges et remarques.
I. Situation actuelle des investissements en monnaies virtuelles en Chine
Récemment, le prix du bitcoin a fortement fluctué, passant rapidement d’un sommet dépassant 100 000 dollars à un creux de 78 000 dollars. De nombreux investisseurs ayant souscrit à des produits dérivés ont subi des liquidations totales, tandis que même les détenteurs au comptant se retrouvent dans une situation difficile. Quant aux autres cryptomonnaies moins connues, leurs baisses sont encore plus impressionnantes.
Certains pensent que l’achat de monnaies virtuelles constitue un acte illégal voire criminel, et certains professionnels du droit n’hésitent pas à exprimer leur mépris à leur égard. En réalité, cela découle d’une méconnaissance généralisée de la politique chinoise actuelle. À ce jour, la Chine continentale n’interdit pas aux citoyens, personnes morales ou autres organisations d’investir dans les monnaies virtuelles. Toutefois, la loi ne protège pas ces investissements (ce point sera développé ci-dessous). Autrement dit, investir dans les monnaies virtuelles n’est ni illégal ni constitutif d’un crime.
Actuellement, les entités chinoises (personnes physiques, morales ou non morales) investissent principalement via : l’achat direct de cryptomonnaies avec des yuans, la délégation d’investissement à des tiers, l’utilisation de stablecoins (comme l’USDT) pour acheter des produits dérivés sur des plateformes d’échange, ou encore l’investissement dans l’extraction (minage) de cryptomonnaies. Il est difficile d’estimer précisément le nombre d’investisseurs, mais un indicateur fiable existe : les opérateurs spécialisés dans les services de change entre yuans et cryptomonnaies (appelés « U merchants » dans le jargon du secteur) seraient plusieurs dizaines de milliers en Chine.

II. Divergences marquées dans la jurisprudence civile relative aux cryptomonnaies
Depuis la publication en 2021 par dix départements nationaux (dont la Cour populaire suprême, le Parquet suprême, le Ministère de la Sécurité publique, la Banque populaire de Chine et l’Administration d’État pour les changes) de l’« Avis sur le renforcement de la prévention et de la gestion des risques liés à la spéculation sur les transactions de monnaies virtuelles » (ci-après « avis du 24 septembre »), les tribunaux chinois appliquent des critères de plus en plus stricts à l’admission des affaires civiles impliquant des cryptomonnaies. Dans la pratique actuelle, réussir à faire admettre une affaire de ce type représente déjà une victoire partielle.
Malgré cette situation difficile, quelques affaires isolées ont pu être admises, instruites et jugées à travers le pays. Récemment, un tribunal de Shanghai et la cour intermédiaire de Yancheng ont statué chacun sur un litige civil lié aux cryptomonnaies, mais leurs approches juridiques divergent radicalement.
(a) Un tribunal de Shanghai annule le contrat d’investissement en cryptomonnaie, mais ordonne le remboursement
Dans une affaire traitée par un tribunal de Shanghai, le demandeur, M. Zhang, avait transféré des yuans à M. Shen pour acheter des cryptomonnaies et lui confier leur gestion. Suite à l’impossibilité de retirer les fonds de la plateforme, M. Zhang a saisi le tribunal afin d’obtenir le remboursement en yuans. Le tribunal, s’appuyant sur l’« avis du 24 septembre », a estimé que l’investissement en cryptomonnaies constitue en Chine un acte contraire à l’ordre public et aux bonnes mœurs, rendant ainsi le contrat nul. Par conséquent, il a ordonné à M. Shen de restituer à M. Zhang les yuans utilisés pour l’achat initial.

L’auteur a analysé ce cas en détail dans un autre article intitulé « Litige sur l’achat/investissement en monnaie virtuelle : un tribunal de Shanghai déclare le contrat nul ! ». Les lecteurs intéressés peuvent s’y reporter.
(b) La cour de Yancheng déclare le contrat nul et refuse tout remboursement, la perte étant à la charge de l’investisseur
Dans un article publié sur le compte officiel de la cour intermédiaire de Yancheng, intitulé « People's Court Daily : L’investissement transfrontalier en monnaie virtuelle n’est pas protégé par la loi chinoise », on trouve une conclusion inverse à celle du tribunal de Shanghai.
Un ressortissant singapourien, M. Pan, a collaboré avec M. Tian pour investir dans un projet de cryptomonnaie. M. Tian assurait le développement technique et l’exploitation, tandis que M. Pan prenait en charge les frais initiaux et la gestion financière. M. Pan a transféré 15,74 millions de yuans à M. Tian pour acheter des cryptomonnaies. En raison d’une mauvaise gestion de la plateforme, M. Pan a exigé le remboursement de son investissement. Après avoir reçu 1,06 million de yuans, il a poursuivi M. Tian en justice pour obtenir le solde.
L’affaire a été examinée en première instance puis en appel. Les deux juridictions ont conclu que la Chine ne reconnaît pas la validité juridique des contrats d’investissement en cryptomonnaies, que cet investissement à l’étranger viole les dispositions obligatoires des lois et règlements chinois et contrevient à l’ordre public et aux bonnes mœurs. Le contrat de collaboration a donc été déclaré nul, et les pertes encourues doivent être supportées par les parties elles-mêmes.
Comparée au tribunal de Shanghai, la cour de Yancheng va plus loin en précisant que les pertes découlant d’un tel contrat nul incombent aux parties, ce qui reflète mieux l’esprit de l’« avis du 24 septembre ». Toutefois, l’auteur ne partage pas l’affirmation selon laquelle « investir à l’étranger dans des cryptomonnaies et leurs produits dérivés violerait les dispositions obligatoires des lois chinoises ».
III. Bases juridiques applicables aux affaires liées aux cryptomonnaies
À ce jour, la Chine n’a pas adopté de loi spécifique sur les cryptomonnaies. En pratique, les tribunaux s’appuient sur les directives des autorités de régulation et des associations professionnelles. Après la tenue en avril 2023 de la Conférence nationale sur le contentieux financier, un « Projet de rapport de la Conférence nationale sur le contentieux financier » (ci-après « le Rapport ») a été publié. Bien qu’il n’ait pas encore pris effet officiellement, ce document exerce une influence significative sur les décisions judiciaires à travers le pays.
Les bases juridiques actuelles applicables aux affaires civiles et commerciales liées aux cryptomonnaies peuvent être résumées comme suit :
(a) Dispositions de l’« avis du 24 septembre »
Activités interdites : échanger des monnaies virtuelles contre des devises légales, échanger une cryptomonnaie contre une autre, fournir des services de cotation ou d’intermédiation, réaliser un financement par jetons (ICO), exploiter une plateforme d’échange de cryptomonnaies, etc.
Activités non encouragées : participer à l’investissement ou au trading de cryptomonnaies. Tout investissement réalisé en Chine par des personnes physiques ou morales dans les cryptomonnaies ou leurs produits dérivés (tels que les contrats proposés par les bourses) est considéré comme contraire à l’ordre public et aux bonnes mœurs. Les actes juridiques civils correspondants sont nuls, et les pertes en découlant sont à la charge exclusive des parties.
Ainsi, la Chine n’interdit pas formellement l’investissement en cryptomonnaies. Cependant, en pratique, il existe presque aucun canal d’investissement pleinement conforme à la réglementation. Prenons l’exemple fondamental des dépôts et retraits : les principales banques chinoises, ainsi que WeChat Pay et Alipay, ont clairement indiqué que leurs systèmes de paiement ne doivent pas être utilisés pour des transactions en cryptomonnaies. Par conséquent, toute utilisation de virements bancaires, WeChat ou Alipay pour acheter des cryptomonnaies constitue au minimum un manquement contractuel.
(b) Dispositions du « Rapport »
1. Litiges impliquant des cryptomonnaies comme moyen de paiement. Le « Rapport » reconnaît la nature patrimoniale des cryptomonnaies. Si les parties conviennent de régler une dette issue d’un échange ou d’un service par une petite quantité de cryptomonnaie, et qu’aucun autre motif de nullité n’existe, le contrat peut être considéré comme valide. En cas de demande d’exécution (livraison de la cryptomonnaie), le tribunal peut l’autoriser (note de l’auteur : cette décision reste extrêmement difficile à mettre en œuvre en pratique). En revanche, si les parties simulent une relation contractuelle pour utiliser des cryptomonnaies comme instrument d’échange contre des devises légales ou des biens matériels, le contrat est nul.
2. Litiges relatifs à la gestion déléguée d’investissements en cryptomonnaies. Si le contrat de gestion a été conclu après la publication de l’« Avis sur la prévention des risques liés au financement par jetons » (« avis du 4 septembre »), le mandat est nul car l’objet est illégal. Pour les pertes subies par le mandant, le tribunal peut tenir compte des causes ayant conduit à l’acte et attribuer la responsabilité en fonction du degré de faute de chaque partie. Cette disposition est cohérente avec l’esprit de l’« avis du 24 septembre ». L’auteur estime donc important que, dans les affaires civiles liées aux cryptomonnaies, les tribunaux ne se contentent pas de déclarer un contrat nul pour violation de la réglementation, mais tiennent compte du comportement respectif des parties.
3. Litiges liés au minage. Ces affaires portent généralement sur des contrats d’achat, de location ou de garde de matériel minier (« mineurs »), ou incluent des services annexes de gestion, d’exploitation ou de développement technique. Le « Rapport » fixe le 3 septembre 2021 comme date charnière : les contrats de minage conclus avant cette date sont en principe valides ; ceux conclus après sont en principe nuls. Le tribunal doit alors trancher en tenant compte du degré de faute des parties.

IV. Conclusion
Actuellement, les affaires civiles et commerciales liées aux cryptomonnaies restent rares et peu diversifiées en pratique judiciaire. L’auteur estime que cette situation persistera à court terme, bien que certaines juridictions puissent exceptionnellement accepter ce type de dossier. Faute de précédents nombreux, et compte tenu du fait que de nombreux juges ne maîtrisent pas réellement l’industrie et les règles du marché des cryptomonnaies, les décisions varient considérablement. (En matière pénale, en revanche, les positions des autorités judiciaires sont aujourd’hui relativement uniformisées.)
Le système judiciaire sert toujours la réalité économique. Si, à l’avenir, la Chine autorisait un accès encadré aux investissements et échanges de cryptomonnaies, l’auteur est convaincu que le niveau de compétence des tribunaux en la matière connaîtrait une amélioration qualitative significative.
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