
Du lancement de la cryptomonnaie par TRUMP au retour du néolibéralisme américain : la survie du plus apte et la croissance sauvage
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Du lancement de la cryptomonnaie par TRUMP au retour du néolibéralisme américain : la survie du plus apte et la croissance sauvage
Dans un contexte de déréglementation, le Web3 portera l'innovation financière au sein du nouveau cycle économique américain.
Rédaction : @Web3Mario
Résumé : Cette semaine a été absolument passionnante. Donald Trump, deux jours avant son investiture présidentielle le 18 janvier, a personnellement lancé une cryptomonnaie, qui en quelques jours a connu une hausse vertigineuse atteignant jusqu’à 400 fois sa valeur initiale ! Toutes mes félicitations aux lecteurs ayant su saisir cette opportunité financière, et je vous souhaite également d’avance une excellente année nouvelle. De nombreux débats ont émergé ces derniers jours autour de cet événement phénoménal, et j’aimerais y apporter ma propre réflexion. Globalement, je considère que « Trump lançant une cryptomonnaie » marque officiellement le retour du néolibéralisme aux États-Unis, où la loi du plus fort et la croissance sauvage deviendront les thèmes dominants de ce nouvel âge. Plus précisément, dans un contexte de désréglementation, Web3 portera l’étendard de l’innovation financière au sein du nouveau cycle économique américain.
L’évolution des courants économiques dominants aux États-Unis – Une exploration continue de la relation entre État et marché
Pour aider nos lecteurs à mieux comprendre l’impact de ce changement, il me semble essentiel de proposer un bref aperçu historique de l’évolution des théories économiques dominantes aux États-Unis. En réalité, l’histoire des idées économiques est fondamentalement celle de la recherche d’un équilibre entre État et marché. À chaque période historique, selon les contradictions internes et externes propres à la société, les États souverains adoptent différentes stratégies économiques afin de faire face aux pressions internes et externes, assurant ainsi la stabilité intérieure tout en maintenant un avantage concurrentiel sur l’échiquier géopolitique mondial. Les théories économiques dominantes sont alors des abstractions élaborées par des penseurs particulièrement perspicaces à partir de phénomènes concrets, servant de base théorique aux décideurs politiques. Elles ne sont pas des vérités absolues comme en sciences exactes, mais relèvent davantage de la sociologie, applicables à une région donnée durant une période historique spécifique.
Ayant clarifié ce préambule, examinons maintenant l’histoire des grandes écoles économiques aux États-Unis, que l’on peut grossièrement diviser en six périodes :
1. L’ère coloniale sous fond de départ des puritains d’Europe : Le mercantilisme et la résistance à l’exploitation coloniale (1600-1776)
Ceux familiarisés avec l’histoire occidentale savent que, contrairement à la plupart des nations ethniques, les États-Unis sont un pays d’immigration. La particularité des nations d’immigration tient à leur origine, généralement liée à des contradictions irréconciliables au sein du pays d’origine, poussant un groupe défavorisé à migrer en masse. Cela signifie que les nations d’immigration possèdent souvent un fort sentiment d’unité dès leur création, pour deux raisons principales : premièrement, il s’agit d’un groupe sélectionné, partageant une idéologie et des valeurs communes ; deuxièmement, lors de leur fondation, les ressources disponibles étant encore abondantes, toutes les classes sociales bénéficient d’une répartition relativement favorable, renforçant ainsi leur satisfaction collective.
La naissance des États-Unis remonte au départ des puritains britanniques cherchant une nouvelle « Terre promise », durant l’ère coloniale. L’événement emblématique est bien sûr celui du *Mayflower*, qui fonda la première colonie puritaine en Amérique du Nord, en Virginie. Prenons un moment pour explorer le contexte des puritains. Comme on le sait, l’Europe médiévale fut marquée par la domination religieuse. Ce régime débuta lorsque l’Empire romain d’Occident, affaibli militairement après avoir recruté des mercenaires barbares contre les invasions, perdit progressivement le contrôle. Pour compenser sa faiblesse militaire, la classe dirigeante utilisa la religion – en particulier le christianisme issu du Moyen-Orient – pour légitimer son pouvoir, transformant ainsi sa domination militaire en contrôle idéologique. Avec la conversion progressive des royaumes barbares (germaniques, gaulois, celtes, anglo-saxons, etc.), l’ancienne aristocratie romaine se repositionna en clergé catholique, instaurant un système où la légitimité politique dépendait désormais de la consécration par le Saint-Siège – un modèle comparable à celui des Zhou utilisant les rites pour contrôler leurs vassaux.
Dans ce cadre, privé de recours militaire, le Saint-Siège développa des rituels religieux complexes visant à exercer un contrôle total sur les esprits, étouffant toute velléité de révolte chez ces « barbares » autrefois belliqueux. Ainsi, durant le Moyen Âge, on observe peu de révoltes populaires en Europe, car les masses étaient fermement tenues sous contrôle doctrinal.
Toutefois, la religion, étant une discipline métaphysique, suscite naturellement des interprétations divergentes selon les expériences individuelles. L’émergence d’une pensée alternative porte un coup fatal à l’autorité de la doctrine dominante, et ces conflits idéologiques sont intrinsèquement irréconciliables. Par conséquent, le prétendu « chaos » médiéval n’était pas tant un désordre social interne qu’une série de guerres sanglantes et stériles entre alliances nationales opposées sur des différences purement idéologiques.
C’est face à ces guerres destructrices que certains esprits progressistes commencèrent à remettre en question l’ordre établi, donnant naissance à la Renaissance et aux Lumières – un mouvement culturel centré sur le rationalisme et la liberté individuelle qui ébranla profondément le système catholique. Les puritains s’inscrivent précisément dans ce contexte : ils étaient des radicaux religieux en Grande-Bretagne, remettant en cause le monopole du clergé sur l’interprétation de la Bible. Ils affirmaient que chaque individu avait le droit de lire et interpréter les Écritures, sans dépendre des autorités ecclésiastiques. Réprimés par l’Église catholique, exclus de la communion, ils furent appelés « puritains ». Or, cette période coïncidait avec l’âge des Grandes Découvertes, et grâce aux progrès des techniques de navigation, ces groupes persécutés, attachés à l’anti-autoritarisme et à la liberté, choisirent de fuir vers les colonies nord-américaines pour bâtir leur propre « Terre promise ». C’est ici que commence l’histoire américaine, posant les fondations d’un esprit national foncièrement anti-autoritaire, autonome et libertaire.
Ce contexte explique pourquoi les Américains semblent nourrir une certaine obsession pour le libéralisme. Revenons au sujet principal : malgré cet environnement religieux libre, sur le plan économique, les colonies nord-américaines restaient intégrées au système colonial de leur métropole. La Grande-Bretagne appliquait alors le mercantilisme, dont l’idée centrale était que l’État devait accumuler des métaux précieux (or et argent) en favorisant les exportations sur les importations, via des politiques protectionnistes et la force militaire. Dans ce cadre, les colonies étaient cantonnées aux industries extractives (agriculture, mines), tandis que leur développement industriel était freiné. Ainsi, la métropole importait les matières premières et exportait des biens manufacturés à forte valeur ajoutée, assurant ainsi une exploitation économique systématique – ce qu’on appelle l’économie coloniale, illustrée notamment par les *Navigation Acts* restreignant les échanges commerciaux. C’est ainsi que s’affirmèrent une classe de grands propriétaires terriens et un groupe de réformateurs aspirant à développer l’industrie pour échapper au joug économique britannique. De nombreux événements marquants de cette époque, comme le Boston Tea Party, s’inscrivent dans ce conflit. Après une longue lutte, soutenue par l’intervention active de la France, la guerre d’indépendance aboutit à la naissance des États-Unis.
2. L’ère initiale de fusion ethnique : La querelle entre agrarisme et industrialisme (fin du XVIIIᵉ – milieu du XIXᵉ siècle)
Après l’obtention de la souveraineté, les États-Unis restaient néanmoins faibles, dépendants de leur alliance avec la France pour assurer leur sécurité. Deux grandes écoles économiques émergèrent alors, chacune soutenue par l’un des deux groupes sociaux précédemment identifiés.
Dans le sud des États-Unis, doté d’un fort potentiel agricole, l’économie reposait sur l’agriculture esclavagiste, consolidant la puissance de la classe des propriétaires fonciers. Par ailleurs, la France, alors en position défavorable face à la concurrence coloniale britannique, avait abandonné le mercantilisme au profit de l’« économie physiocratique » (ou agrarisme). Ce courant diffère fortement du mercantilisme : il postule que seule l’agriculture crée véritablement de la valeur, car elle transforme des ressources gratuites (soleil, pluie, terre) en produits utiles – un processus créant de la richesse ex nihilo. L’industrie, quant à elle, ne ferait que transformer des matières premières sans créer de valeur nette supplémentaire. Ainsi, la puissance d’un État doit être mesurée par sa production agricole, non par ses réserves de métaux précieux. Sur le plan du marché, les physiocrates reconnaissent que les biens industriels facilitent la circulation de la valeur, et qu’un marché relativement libre améliore l’efficacité économique – une vision opposée à la restriction des importations chère au mercantilisme. Rétrospectivement, cette doctrine convenait parfaitement aux États-Unis du Sud, technologiquement moins avancés que la Grande-Bretagne mais bénéficiant d’un dividende démographique. Il n’est donc pas surprenant que la classe dirigeante sudiste ait embrassé cette idéologie.
En revanche, le nord des États-Unis, centre commercial majeur avec l’Amérique du Nord, subissait l’influence directe du modèle économique britannique. Son économie se structura autour du commerce et de la fabrication artisanale. Profondément marqués par les effets pervers de l’économie coloniale, les réformateurs du Nord privilégiaient l’industrialisation comme moyen d’émancipation économique. Libérés de la tutelle britannique, ils développèrent rapidement leur industrie. Sous l’influence combinée du mercantilisme et de l’expérience coloniale, le Nord adopta une doctrine industrialiste affirmant que la puissance nationale repose sur l’industrie, et que la différence de valeur ajoutée entre produits manufacturés et matières premières est la clé de la croissance économique. L’État devait donc promouvoir l’industrie nationale via des politiques telles que des tarifs protecteurs.
Avec le temps, le Nord et le Sud formèrent deux cultures distinctes. Le Nord fut appelé « Yankee » – initialement terme désignant les descendants des colons de Nouvelle-Angleterre, puis étendu aux habitants du nord-est (Nouvelle-Angleterre, États du littoral atlantique, Grands Lacs), et finalement aux Nordistes pendant et après la guerre de Sécession. Le Sud s’autodésigna « Dixie », désignant les États du Sud et leurs habitants. Ces divergences culturelles menèrent à une scission totale, culminant avec la guerre de Sécession, remportée par les Yankees du Nord. À partir de là, l’industrialisme devint la doctrine dominante aux États-Unis. Les événements marquants incluent le *Rapport sur les manufactures* (1791) du président Hamilton, préconisant des droits de douane protectionnistes et la création d’une banque fédérale, posant ainsi les bases de la politique industrielle américaine, ainsi que le Tariff Act de 1816, protégeant l’industrie nationale contre les importations bon marché.
3. L’ère expansionniste du « manifest destiny » et les années folles : Laissez-faire et économie classique (milieu du XIXᵉ – début du XXᵉ siècle)
Avec l’abondance des ressources naturelles du continent nord-américain, l’industrialisation s’accéléra, faisant bondir la puissance américaine. Une forte supériorité perçue, alliée à un sens chrétien du destin, engendra une vague d’impérialisme. C’est l’ère du « manifest destiny », marquée par l’expansion vers l’Ouest. Les tribus autochtones, ayant déjà eu des contacts prolongés avec les Européens (Espagnols, Français, Britanniques), furent progressivement dépossédées. Grâce à des lois comme le *Homestead Act*, les citoyens américains furent encouragés à s’installer sur les terres autochtones. Ce mouvement massif permit aux États-Unis d’étendre leur territoire de la rivière Mississippi jusqu’à l’océan Pacifique.
Parallèlement, en Europe, l’émergence de l’économie classique influença fortement la société américaine. Courant apparu à la fin du XVIIIᵉ siècle, l’économie classique constitue la pierre angulaire de l’économie moderne. Elle met l’accent sur l’ajustement spontané du marché, la concurrence libre et l’économie de marché, posant les bases théoriques du capitalisme. Elle traite principalement des questions de production, de répartition et de croissance économique.
La naissance de cette école n’est pas fortuite. Prenons Adam Smith : Écossais, il fut marqué par le mercantilisme, mais critique envers l’interventionnisme étatique excessif et la pression fiscale croissante liée au système colonial. Lors d’un séjour en France, il fut influencé par les physiocrates, dont il retint l’importance du marché libre, la critique de l’intervention étatique, l’analyse de la valeur des marchandises et l’utilisation de modèles mathématiques en économie. Toutefois, il diverge sur un point clé : pour Smith, tous les secteurs productifs créent de la valeur, dont la source réside dans le travail humain.
Cette doctrine s’imposa d’autant plus qu’elle correspondait à une ère post-Lumières, où la montée des droits de l’homme rendait impopulaire toute ingérence étatique. Cette période vit dominer le principe du « laissez-faire » : intervention minimale de l’État, ouverture accrue aux échanges internationaux, développement économique guidé uniquement par le marché. Ce cadre favorisa l’ascension rapide de la bourgeoisie. Sous l’influence de la théorie des avantages comparatifs de Ricardo, chaque pays développa ses industries selon ses spécialités. Comme dans le reste du monde occidental, les États-Unis connurent alors une croissance généralisée et prospère. Toutefois, les tensions entre la classe ouvrière et les capitalistes s’aggravèrent, annonçant l’essor du mouvement ouvrier en Europe.
L’économie marxiste représente une critique dialectique de l’économie classique, conservant la théorie de la valeur-travail, mais l’approfondissant via le matérialisme historique pour élaborer la théorie de la plus-value, révélant ainsi le mécanisme d’exploitation capitaliste. Il s’agit fondamentalement d’un projet de transformation politique. Pour répondre aux critiques formulées par Marx, l’économie classique évolua en intégrant la « théorie de la marge », passant de la valeur-travail à la valeur marginale, et expliquant mieux la formation des prix. Ce courant devint l’économie néoclassique. En réalité, les deux doctrines suivirent des trajectoires indépendantes : le marxisme trouva un terrain fertile en Orient, tandis que le néoclassicisme imprégna durablement l’Occident.
4. L’ère agitée de la Grande Dépression : Le grand État et le keynésianisme (1929–1980)
Avec l’accélération de l’industrialisation, l’innovation financière progressa également, notamment à travers l’essor spectaculaire du marché boursier américain. L’idéal du marché libre, prônant une intervention étatique minimale, conduisit à un développement financier incontrôlé.
Les années 1920, dites « folles », furent marquées par une croissance économique rapide et une euphorie boursière intense. Cependant, cette croissance reposait largement sur la spéculation et l’expansion excessive du crédit. Par ailleurs, la production industrielle excédait la demande, tandis que les salaires stagnaient, limitant le pouvoir d’achat. Dans ce contexte, le marché entra dans une phase d’euphorie irrationnelle, où la valeur des actions dépassait largement la valeur réelle des entreprises.
Cette orgie spéculative s’acheva brutalement par la Grande Dépression. Crise économique mondiale dont l’épicentre fut les États-Unis, elle eut des répercussions profondes sur l’ensemble de la planète. Le 24 octobre 1929 (« Jeudi noir »), le krach commença, plongeant des millions d’investisseurs dans la ruine. Le 29 octobre (« Mardi noir »), l’effondrement s’accéléra, marquant le début officiel de la crise. En 1933, le taux de chômage atteignit 25 %, la production industrielle chuta de près de 50 %. Des milliers de banques firent faillite, gelant le crédit. Des familles entières perdirent leur logement, et le nombre de sans-abri explosa.
À l’échelle mondiale, la crise frappa violemment l’Europe, l’Amérique latine et l’Asie. Le commerce international frôla l’effondrement, avec une chute d’environ deux tiers du volume global. On peut raisonnablement affirmer que cette crise fut l’un des détonateurs de la Seconde Guerre mondiale.
Pour faire face à cette catastrophe, le keynésianisme émergea. Théorie économique majeure du XXᵉ siècle, développée par l’économiste britannique John Maynard Keynes dans son ouvrage de 1936, Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, elle propose une réponse aux échecs du marché autorégulé en prônant une intervention active de l’État pour garantir plein emploi et croissance économique.
La crise ayant été provoquée par une insuffisance de la demande et une spéculation excessive, le keynésianisme construit sa réponse autour de deux piliers : d’abord, la théorie de la demande effective, selon laquelle la récession découle d’un manque de demande globale (C + I + G + NX), et non d’un problème de production. Lorsque la consommation, l’investissement ou les exportations fléchissent, l’État doit intervenir via des dépenses publiques pour relancer l’économie. Ensuite, l’État doit surveiller strictement l’expansion du crédit pour éviter les bulles spéculatives et les risques systémiques.
Le New Deal de Roosevelt incarna l’avènement du keynésianisme comme doctrine dominante. À travers des programmes massifs d’infrastructures, la reconstruction du système bancaire et la mise en place d’un nouveau cadre de régulation (comme la création de la SEC – Securities and Exchange Commission), l’État reprit le contrôle des marchés financiers.
Le succès du New Deal permit aux États-Unis de sortir rapidement de la crise, et de devenir l’une des deux superpuissances mondiales après les deux guerres mondiales. Le keynésianisme s’installa durablement.
5. L’ère de la stagflation pendant la guerre froide : Le néolibéralisme et l’école de l’offre
Avec la guerre froide, le monde bascula dans une confrontation bipolaire entre capitalisme et socialisme. Malgré l’absence de conflit direct entre les États-Unis et l’URSS, de nombreuses guerres par procuration éclatèrent. Après une période de reconstruction post-guerre, les États-Unis entrèrent dans une phase de stagnation dans les années 1970, alors que le camp socialiste semblait en position de force. Suite à l’échec au Vietnam, les États-Unis adoptèrent une stratégie de retrait. Deux facteurs aggravèrent la situation : l’effondrement du système de Bretton Woods en 1971 (« choc Nixon »), quand les États-Unis abandonnèrent la convertibilité du dollar en or, sapant la stabilité du système monétaire capitaliste ; et la crise pétrolière provoquée par les guerres au Moyen-Orient, qui fit exploser les prix du pétrole et alimenta l’inflation.
Le résultat fut une « stagflation » : croissance nulle, inflation galopante et chômage élevé. Face à cette crise que le keynésianisme ne pouvait résoudre, de nouveaux courants émergèrent. Les écoles de Chicago et d’Autriche, représentant le néolibéralisme, accusèrent l’interventionnisme étatique excessif d’étouffer l’innovation, d’alourdir les coûts de production et d’empêcher une concurrence efficace. Leur solution ? Un État minimal, une réduction drastique de la fiscalité et des dépenses publiques, afin de revitaliser l’offre – d’où le nom « école de l’offre ». Contrairement au keynésianisme, le néolibéralisme privilégie la politique monétaire plutôt que la politique budgétaire pour piloter l’économie.
Entre 1979 et 1980, l’inflation atteignit près de 14 %, bien au-dessus de la moyenne historique. Le chômage grimpa à 7,8 % en 1980, puis à 10,8 % en 1982, son plus haut niveau depuis la Grande Dépression. Le candidat républicain Ronald Reagan remporta l’élection et adopta le néolibéralisme comme fondement de son programme, mettant en œuvre l’« économie reaganienne », soutenue par la politique monétaire restrictive du président de la Fed, Paul Volcker. Les États-Unis sortirent difficilement de la stagflation et remportèrent finalement la guerre froide. Notons que les politiques de Trump sont souvent comparées à celles de Reagan.
6. L’ère post-crise des subprimes : Assouplissement quantitatif et post-keynésianisme
Cette période nous est plus familière. Grâce à une politique monétaire accommodante et à une réglementation assouplie, l’économie américaine, tirée par la finance et l’innovation technologique, connut une expansion rapide et mondialisée. Les institutions financières, via des produits innovants (titrisation), diffusèrent les risques à l’échelle mondiale, créant un système interconnecté. Parallèlement, le marché immobilier américain connut une hausse continue des prix dans les années 2000, perçu comme un placement sûr, attirant des capitaux massifs.
Cette double dynamique créa une bulle colossale, fondée sur des prêts hypothécaires à haut risque (subprimes), complexifiée par des dérivés financiers. Comme on le sait, l’effondrement arriva avec la montée des défauts de paiement, la baisse de la valeur des garanties, et la dépréciation des titres adossés. La chute de Lehman Brothers, quatrième banque d’investissement américaine, en septembre 2008, marqua l’apogée de la crise, déclenchant un séisme financier mondial.
Les conséquences furent profondes. L’opinion publique reprocha vivement au gouvernement républicain sa complaisance envers le capital. Cette crise redéfinissait le paysage économique dominant : le post-keynésianisme revenait en force. Face à la critique néolibérale – selon laquelle les agents rationnels anticipent les politiques et neutralisent leurs effets –, le keynésianisme s’adapta. Deux concepts marquèrent cette évolution : la rigidité des prix et des salaires (expliquant le décalage dans l’efficacité des politiques budgétaires), et l’analyse des marchés imparfaitement concurrentiels (notamment l’oligopole), perturbant l’équilibre des prix. Le post-keynésianisme intègre aussi le rôle central de la politique monétaire, mais va plus loin : pour pallier le décalage temporel de la politique monétaire, il introduit la gestion des anticipations rationnelles. En utilisant des « indications prospectives » (forward guidance) par les responsables, on influence les anticipations des agents économiques, permettant une intervention précoce et plus efficace. C’est ainsi que des notions comme la cible d’inflation à 2 % ou l’attention aux déclarations de la Fed sont devenues centrales.
Dans ce cycle, le gouvernement démocrate mit en œuvre « trois flèches » : dépenses budgétaires massives, assouplissement quantitatif exceptionnel, politique monétaire très accommodante, et renforcement progressif de la régulation financière. Ces mesures permirent aux États-Unis de surmonter la crise. Et voilà où nous en sommes aujourd’hui.
Le retour du néolibéralisme sous l’impulsion de Trump : Web3 portera l’innovation financière du nouveau cycle américain
En retraçant l’évolution des doctrines économiques américaines, on constate un balancement continu entre État et marché, influencé par les événements historiques. Les courants favorables à l’État insistent sur son rôle correcteur, tandis que ceux favorables au marché soulignent son efficacité dans l’allocation des ressources. Compte tenu du parcours personnel de Trump, dont la vision du monde s’est forgée durant les années 1970 – période de reflux du keynésianisme –, il est compréhensible qu’il aspire à reproduire la réussite de Reagan, qui sauva les États-Unis par le néolibéralisme. Son ambition de « rendre à l’Amérique sa grandeur » prend alors tout son sens.
Dans la rhétorique trumpiste, la politique économique démocrate a causé trois problèmes fatals :
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Les plans massifs de relance budgétaire et l’assouplissement quantitatif ont plongé les États-Unis dans une crise de la dette ;
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Les politiques de protection en faveur de la Silicon Valley ont entraîné une mauvaise allocation des ressources, sacrifiant les industries traditionnelles au profit de la tech, affaiblissant ainsi l’industrie nationale ;
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L’intervention étatique massive a créé des asymétries d’information, provoquant une redistribution horizontale du capital entre secteurs, creusant les écarts de richesse entre industries et exacerbant l’injustice sociale.
Dans ce contexte, je considère que le lancement d’une cryptomonnaie par Trump deux jours avant son entrée en fonction n’a pas seulement une visée lucrative, mais surtout symbolique : il vise à poser les bases d’un nouveau paradigme où Web3 deviendrait le fer de lance de l’innovation financière dans le cadre d’une réforme de l’offre fondée sur la désréglementation. Les avantages sont clairs :
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Contourner les puissants groupes d’intérêt ancrés par les démocrates dans la finance traditionnelle ;
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La transparence, la décentralisation et la confiance minimale de Web3 s’alignent parfaitement avec le néolibéralisme. En éliminant toute autorité intermédiaire, la redistribution des richesses serait entièrement pilotée par le marché, facilitant la mise en œuvre du néolibéralisme ;
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La majorité des actifs dans l’univers Web3 sont encore libellés en dollars. Promouvoir ces actifs contribue donc activement au maintien de l’hégémonie du dollar ;
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La résistance à la censure de Web3 permet des flux de capitaux plus efficaces, contournant les restrictions financières des autres États-nations, renforçant ainsi l’avantage financier américain.
Bien entendu, les risques sont évidents. Les effets négatifs directs seront similaires à ceux de 2008, voire pires : risques systémiques accrus, redistribution verticale de la richesse entre classes sociales – inévitables à moyen-long terme. Néanmoins, cet horizon de risque est de nature structurelle. En conclusion, je suis particulièrement attentif aux innovations financières à venir, articulées autour de Web3 et des industries traditionnelles américaines, et je continuerai de suivre ce sujet de près.
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