
Observation sur place d’IOSG : déjeuner « Trump Crypto » et « Jeune Amérique »
TechFlow SélectionTechFlow Sélection

Observation sur place d’IOSG : déjeuner « Trump Crypto » et « Jeune Amérique »
La jeunesse a aussi ses avantages : elle est prête à tout refaire depuis le début.
Auteur : Turbo Guo @TurboGuo | IOSG Ventures
Remerciements : Merci à Meggie pour ses précieuses contributions à la rédaction de cet article, notamment sur sa problématique centrale.
À quoi ressemble un jeune adulte ?
Il peut être courageux, audacieux dans son imagination, avide de réussite rapide, tout en étant hanté par la peur de manquer quelque chose, radical et passionné. Pour un pays, une histoire de 250 ans peut effectivement être qualifiée de « jeune ».
Cette impression m’a été inspirée par ma participation, au domaine privé de Mar-a-Lago en Floride, à la conférence fermée « Trump Crypto Conference & Gala Luncheon ». Mar-a-Lago est à la fois la résidence personnelle de Donald Trump et sa « Maison Blanche d’hiver », mais aussi un club social privé. Ce cadre confère à l’événement un caractère particulier, comparable à une soirée chez un ami jeune, fortuné et flamboyant — où même les chaises sont dorées.

Le compte à rebours de trente-six mois
La caractéristique la plus immédiatement perceptible de la jeunesse est le radicalisme. Tony Robbins, l’un des intervenants, est un orateur renommé et auteur de best-sellers. Debout sur scène, il répétait inlassablement un seul mot : « trente-six mois ». Selon lui, en trente-six mois, les robots remplaceront massivement des emplois ; en trente-six mois, l’informatique quantique permettra de casser rétroactivement les anciens algorithmes cryptographiques ; en trente-six mois, la conduite autonome bouleversera huit millions d’emplois de chauffeurs. Il a emballé ce chiffre dans une formule percutante : « The thirty-six month countdown has begun ». Trente-six mois semble une durée si courte qu’elle en devient inquiétante — mais il n’a aucunement l’intention de la rendre plus rassurante.
Nikil, fondateur d’Alchemy, incarne un autre type de radicalisme. Il a lancé sans détour cette affirmation : « Dans cinq ans, les agents IA transféreront davantage de fonds que l’ensemble de l’humanité réunie — et plus aucun dollar ne passera par un compte bancaire. » Sur scène, il a présenté en démonstration son agent « Dave the Minion », capable de commander un Uber, de contrôler vingt appareils domestiques, d’acheter des fleurs pour sa petite amie ou encore de surveiller l’évolution, en pourcentage, de sa masse grasse au Costa Rica.
En coulisses, j’ai poursuivi brièvement la conversation avec Nikil. Il m’a indiqué que leur entreprise lancera prochainement des « cartes agents », très probablement sous forme de solution « white-label », permettant à d’autres projets d’éditer leurs propres cartes de paiement portant leur marque. Cette logique produit s’inscrit parfaitement dans la vision qu’il avait exposée sur scène : « Dans cinq ans, aucune transaction en dollars ne transitera plus par le système bancaire. »
Cathie Wood (« Ark Invest ») a exprimé une opinion similaire. Elle souligne que le coût de l’entraînement des modèles IA diminue de 75 % chaque année, tandis que celui de l’inférence chute de 98 % annuellement — ce qui en fait, selon elle, la technologie la plus « déflationniste » de l’histoire. Elle affirme que, dès 2025, les contenus générés par l’IA ont dépassé pour la première fois ceux produits par les humains, et prédit qu’en dix ans, ils excéderont l’ensemble de tous les textes jamais rédigés par l’humanité. J’ai eu la chance d’échanger quelques mots avec elle : son jugement global sur le secteur est nettement haussier, sans aucune réserve particulière.
Écouter l’ensemble de ces prédictions donne l’impression d’une odeur commune : chacun est convaincu que, dans les trois à cinq années à venir, le monde sera entièrement remodelé selon la trajectoire qu’il décrit. C’est là une expression typiquement américaine — et profondément juvénile.
L’ascension à l’américaine : se positionner comme nœud intermédiaire
Si les prédictions radicales révèlent la « pensée » juvénile, la capacité à intégrer des ressources illustre quant à elle la « conduite » juvénile. Une stratégie courante aux États-Unis consiste à relier différents cercles, à y construire une influence, et à se positionner comme nœud central d’information et de ressources.
Tony Robbins incarne à l’extrême ce parcours.
Il descend de la scène et circule entre les petites tables rondes — à moins d’un demi-mètre de moi. Il aborde de nombreux sujets : IA, crypto, robots. Dans son discours, il cite notamment Marc Benioff (Salesforce), Brett Adcock (Figure AI), les trois fondateurs âgés de 22 ans ayant quitté leurs études pour créer Mercor, ou encore Gary Cohn, vice-président d’IBM. Ces noms constituent la base de sa crédibilité. Honnêtement, sa connaissance approfondie du domaine de la crypto n’est pas exceptionnelle, et ses jugements ne sont pas nécessairement plus fiables que ceux de n’importe quel fondateur présent à cette conférence. Toutefois, il possède, dans chaque domaine, une compréhension supérieure à celle du grand public, mais inférieure à celle des experts. Or, c’est précisément cette position intermédiaire qui offre le plus fort potentiel de diffusion.
De nombreux PDG de grandes entreprises ne réalisent plus eux-mêmes de recherches terrain — ils prennent donc le temps d’écouter Robbins. Celui-ci échange avec des spécialistes de divers secteurs, recueille des analyses pertinentes, les synthétise pour les présenter aux PDG, puis les publie également sous forme de livres destinés au grand public. Il cumule ainsi avec brio les rôles d’auteur de best-sellers, d’intégrateur de ressources et d’orateur de haut niveau. Il montre, à l’extrême, comment « faire des affaires », aux États-Unis, revient essentiellement à « intégrer des ressources ».

Note : Équipe nationale de football française
On retrouve des traces de ce même raisonnement chez d’autres participants. Andrea, de Trendex, m’a présenté le concept de « Superstar coin » : tokenisation de joueurs de l’équipe nationale de football française, de pilotes de Formule 1 ou d’autres sportifs célèbres — l’acquisition d’un certain nombre de jetons donnant droit à des avantages exclusifs réservés aux fans. Les initiés du monde crypto connaissent bien ce type de modèle, mais peu disposent de la capacité à signer autant d’accords de ce genre. Ce qui rend l’initiative particulièrement intéressante, c’est qu’ils ont apporté la Coupe du monde de football (la « Coupe Jules Rimet ») sur place — ce fut la première fois que je la voyais de si près. Le cœur de ce projet réside dans la distribution : on ne vend pas une technologie, on commercialise l’influence déjà accumulée par la célébrité.
Une autre conclusion clé concernant l’influence m’a été partagée lors d’une conversation avec Arianna Simpson, ancienne associée générale (GP) chez a16z : si, à l’avenir, toutes les startups utilisent les mêmes outils de développement IA et disposent d’une capacité identique à mettre en production rapidement (« ship »), alors les différences techniques tendront à disparaître, et les canaux de distribution ainsi que les capacités d’acquisition d’utilisateurs deviendront des avantages décisifs. Il s’agit d’un jugement purement orienté investisseur — non pas technique.

Note : Arianna Simpson, ancienne GP chez a16z ; Tim Draper, milliardaire ; Luke, de Delphi Digital
Un public passionné
Si l’on ne regarde que la scène, cette jeunesse reste encore abstraite. Mais dès que mon regard passe du podium vers la salle, la réalité devient plus concrète.
L’aspect le plus fascinant est celui des photos de groupe. Dès qu’un intervenant quitte la scène, il est aussitôt entouré par les spectateurs, formant un petit cercle serré. Ce radicalisme n’est pas l’apanage exclusif des orateurs : il est partagé par la salle elle-même. Chacun souhaite garder une trace, une preuve tangibles qu’il était bel et bien présent dans cette pièce, qu’il avait réellement échangé avec telle personne, qu’il avait saisi ce moment précis.
Les intervenants prophétisent l’avenir en parlant de « trente-six mois » ou de « cinq ans », tandis que le public cherche à saisir le présent grâce aux photos. Les deux extrêmes partagent une même mentalité : la crainte de manquer quelque chose. C’est un miroir fidèle et sincère.

Note : Donald Trump au milieu de la foule
Ceux qui sont déjà dans la pièce n’ont pas besoin de se justifier
Mais ce jour-là, une tout autre catégorie de personnes était présente. Ils sont entrés dans la salle, ont échangé brièvement, puis se sont assis tranquillement pour écouter les discours — sans manifester d’excitation particulière. Ils ne cherchent pas les photos de groupe, ne se précipitent pas vers les intervenants, et ne saluent pas chaque donnée chiffrée par des applaudissements.
Peut-être qu’une personne véritablement convaincue d’appartenir à un lieu ne ressent plus le besoin d’en faire la démonstration.
Ce groupe comprenait certains représentants d’institutions historiques présentes depuis plus de dix ans, des amis proches de ces institutions, ou encore des habitués venus considérer cet événement comme une simple réunion détendue. Pour eux, Mar-a-Lago n’est pas une preuve de statut, mais une continuité de leur quotidien. Ils partagent la même salle que les enthousiastes avides de photos, mais vivent sur deux fréquences totalement différentes.
Observer ces deux groupes ensemble, dans un même espace, constitue en soi la totalité de ce que représente cette conférence.
L’Amérique jeune
Ce pays — ou du moins les personnes présentes à cet événement — ne dégage pas une atmosphère raffinée ou mûre. Il se comporte plutôt comme un jeune adulte ambitieux, pressé de se prouver, parlant fort. Le secteur de la crypto partage exactement cette énergie : il vient à peine d’être reconnu par les régulateurs, d’obtenir une orientation politique favorable, et de constater un assouplissement progressif de l’attitude de la SEC. Il est donc à la fois euphorique et anxieux — avide de saisir chaque « trente-six mois », tout en redoutant de manquer la moindre photo de groupe.
Les intervenants verrouillent l’avenir par leurs prédictions, les auditeurs verrouillent le présent par leurs photos, les entrepreneurs verrouillent leur position par l’intégration des ressources — tandis qu’une poignée de personnes, installées dans cette pièce depuis de nombreuses années, reste paisiblement assise dans un coin, observant la génération montante proclamer avec force son existence.
Cet état comporte ses limites. La jeunesse conduit facilement à des promesses excessives. Chaque prédiction risque de rencontrer, dans sa mise en œuvre, des retards imposés par la réalité ; un pays jeune a aussi tendance à confondre « volume sonore » et « capacité réelle ». Pire encore, ces prédictions et ce bruit médiatique semblent d’autant plus « réels » lorsqu’ils se traduisent directement sur les cours boursiers.
Mais la jeunesse possède aussi ses avantages. Elle est prête à tout refaire depuis zéro, à insérer dans une fenêtre de trois ans des domaines comme la finance traditionnelle, l’IA, la robotique, l’informatique quantique ou les stablecoins — des domaines qui, normalement, évolueraient lentement. Elle accepte volontiers le risque des engagements excessifs, car elle croit avoir le temps de les honorer.

Note : Piscine extérieure et bar, photographiés le matin — le bar et le stand de hamburgers n’étaient pas encore installés.
Lorsque la conférence s’est terminée, tout le monde s’est rassemblé autour de la piscine extérieure pour discuter, manger et boire. Mon ami et moi échangions aussi, de façon désinvolte. Honnêtement, Mar-a-Lago est magnifique : la pelouse est impeccable, la nourriture excellente, les boissons délicieuses, et la lumière du soleil parfaite. Être assis là-bas procure une impression d’être au sommet du monde. Une telle expérience renforce la confiance en soi — ce qui est formidable, car cela permet ensuite d’aborder avec plus de sérénité des échanges avec des personnes bien plus expérimentées que soi. Mais ce changement profond dépend entièrement de chacun : comme lors d’une soirée chez un camarade de classe, où tout le monde semble s’amuser, mais où chacun finit toujours par rentrer chez soi, pour y retrouver ses propres angoisses.
Note de l’auteur : Cet article s’appuie sur les notes prises par l’auteur sur place, en avril 2026 à Palm Beach, lors de la « Trump Crypto Conference & Gala Luncheon » à Mar-a-Lago, ainsi que sur les échanges menés durant l’événement. Les informations relatives aux projets cités et les opinions de marché présentées ici sont fournies à titre indicatif uniquement et ne constituent en aucun cas un conseil en investissement.
Bienvenue dans la communauté officielle TechFlow
Groupe Telegram :https://t.me/TechFlowDaily
Compte Twitter officiel :https://x.com/TechFlowPost
Compte Twitter anglais :https://x.com/BlockFlow_News














