
Le jeu du restaking entre dans sa deuxième mi-temps : comment tirer parti des LRT et des AVS pour conquérir le marché ?
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Le jeu du restaking entre dans sa deuxième mi-temps : comment tirer parti des LRT et des AVS pour conquérir le marché ?
Des dizaines de projets seront lancés dans le domaine du restaking au cours des 12 prochains mois.
Auteurs : Larry Sukernik & Myles O'Neil
Traduction : TechFlow
"If only you could see yourself in my eyes" — Lost par Dermot Kennedy
Chez Reverie, nous passons beaucoup de temps à étudier les protocoles de restaking. Pour nous, il s'agit d'une catégorie d'investissement passionnante, car le paysage du marché est encore flou (les opportunités se trouvent souvent dans les marchés incertains) et l'activité est très dynamique (des dizaines de projets devraient être lancés dans le domaine du restaking au cours des 12 prochains mois).
Nous avons identifié plusieurs observations sur l'évolution probable du marché du restaking au cours des prochaines années. Beaucoup de choses sont encore nouvelles, ce qui est vrai aujourd'hui pouvant ne plus l'être demain. Néanmoins, nous souhaitons partager certaines de nos premières réflexions sur les dynamiques commerciales qui façonnent ce marché.
Les jetons de restaking liquides (LRT) comme levier
Actuellement, des LRT tels qu’Etherfi ou Renzo occupent une position stratégique dans la chaîne d’approvisionnement du restaking : étant proches à la fois de l’offre (les stakers) et de la demande (les AVS), ils se situent au croisement des deux côtés de la transaction. Si cette tendance se poursuit, cela leur permettra de :
(i) déterminer leur propre taux de prélèvement,
(ii) influencer le taux de prélèvement des marchés sous-jacents (par exemple EigenLayer, Symbiotic).
Compte tenu de leur position dominante, nous anticipons que les marchés de restaking lanceront leurs propres LRT afin de contrôler le pouvoir des LRT tiers.
Les AVS / Restakers comme leviers
Les meilleurs marchés mondiaux possèdent deux caractéristiques essentielles : une offre dispersée et une demande dispersée. Pour comprendre cette idée, examinons brièvement ce qui se produit lorsque l’un ou les deux côtés du marché sont concentrés. Imaginons un simple marché d’échange de pommes, où le plus grand vendeur contrôle plus de 50 % de l’offre de pommes. Dans ce cas, si l’opérateur du marché décide d’augmenter ses frais de commission de 5 % à 10 %, ce grand vendeur pourrait menacer de transférer ses activités ailleurs. De même, du côté de la demande, si le plus gros acheteur de pommes contrôle plus de 50 % de la demande, il pourrait menacer d’utiliser un autre marché (ou d’acheter directement aux fournisseurs) si les frais augmentent.
En revenant au marché du restaking, si la structure finale de ce marché se concentre d’un côté autour des AVS (les 10 % principaux représentant plus de 50 % des revenus) ou des restakers (les 10 % principaux détenant plus de 50 % des dépôts), le résultat naturel sera une diminution de la capacité du marché à prélever des commissions (et donc une valorisation plus faible).
Bien qu’il n’existe pas encore suffisamment de données pour une analyse rigoureuse, notre intuition est que la loi de puissance s’appliquera ici également : les grands AVS capteront la majorité du volume total payé, acquérant ainsi un pouvoir de négociation sur les commissions que le marché souhaite percevoir.
La course aux AVS exclusifs
D’un point de vue individuel, chaque marché de restaking considérera comme une opportunité précieuse toute action que ses concurrents ne peuvent pas reproduire. La manière la plus simple pour un marché de restaking de se différencier consiste à offrir aux restakers un accès exclusif à certains AVS — qu’il s’agisse d’AVS internes (première partie), ou obtenus via des partenariats exclusifs avec des tiers. Ce mécanisme est conceptuellement similaire au développement par Sony de jeux exclusifs à la PS5 pour stimuler les ventes de matériel.
En raison de ces dynamiques, nous anticipons que les marchés de restaking lanceront davantage d’AVS internes et/ou concluront des accords d’exclusivité avec des AVS tiers. En résumé, les prochains mois seront marqués par une véritable bataille pour s’approprier les AVS.
Subventions aux AVS
Les AVS doivent payer les opérateurs/restakers pour les services fournis, ce qui signifie concrètement que les AVS doivent être prêts à payer en jeton natif, en ETH/USDC, ou éventuellement via des points / futurs airdrops. Toutefois, la plupart des AVS étant actuellement des jeunes startups sans jeton, ni bilan important, ni programme de points/airdrops bien structuré, recruter des opérateurs/restakers s’est avéré être un processus fastidieux (la plupart des partenariats EigenLayer reposent sur des contrats personnalisés négociés en privé). Bref, il s’agit d’un client qui souhaite acheter un service, potentiellement solvable, mais qui manque encore de liquidités.
Pour faciliter le développement commercial, il est fort probable que les marchés de restaking « avancent » les paiements destinés aux opérateurs/restakers, que ce soit via leur propre jeton natif, leurs actifs bilantiels, ou peut-être en émettant des « points virtuels » utilisables par les AVS auprès des opérateurs/restakers. En contrepartie de cet avance, on s’attendrait à ce que l’AVS s’engage à allouer ou distribuer des jetons via airdrop au profit du marché de restaking. Alternativement, le marché de restaking pourrait avancer ces fonds à l’AVS afin de l’inciter à choisir sa plateforme plutôt qu’un concurrent.
En résumé, nous prévoyons une concurrence intense entre marchés de restaking au cours des 12 à 24 prochains mois, basée sur la subvention des dépenses des AVS. À l’instar de la dynamique observée entre Uber et Lyft, le marché disposant des plus grandes ressources financières ou en jetons pourrait finalement l’emporter.
Un service haut de gamme « clé en main »
Passer de l’idée « Je veux lancer un AVS » à la mise en production effective est bien plus difficile qu’il n’y paraît, surtout pour les petites équipes disposant de peu de ressources techniques. Par exemple, les équipes doivent répondre à des questions telles que : quelle quantité de sécurité dois-je acheter ? Pendant combien de temps ? Combien dois-je payer les opérateurs/restakers ? Quelles sanctions prévoir, et à quel niveau ?
Des meilleures pratiques émergeront avec le temps, mais en attendant, les marchés de restaking devront accompagner étroitement les équipes AVS pour résoudre ces problèmes (notons qu’EigenLayer n’a pas encore mis en place de mécanisme de paiement ou de slashing). C’est pourquoi nous pensons que les marchés de restaking réussis ressembleront à des divisions commerciales orientées entreprise, proposant un accompagnement premium et une intégration personnalisée pour aider leurs clients à utiliser leurs produits.
Quitter le marché après avoir réussi
Une dynamique intéressante pourrait émerger : les AVS les plus performants sur un marché de restaking, à mesure qu’ils grandissent, pourraient décider de quitter ce marché pour gérer eux-mêmes leur sécurité et leur réseau de validateurs.
Aujourd’hui, le restaking convient particulièrement aux petits projets qui :
(i) n’ont ni le temps, ni les fonds, ni la notoriété ou les relations nécessaires pour recruter un ensemble de validateurs,
(ii) ne disposent pas d’un jeton fortement valorisé pour sécuriser leur réseau.
Mais à mesure que ces projets grossissent, leur prochaine étape logique pourrait être de quitter le marché de restaking, de recruter leurs propres validateurs, et de sécuriser leur réseau avec leur propre jeton, désormais mieux valorisé.
Conceptuellement, cela rappelle la dynamique des applications de rencontre (comme Hinge ou Tinder), où les utilisateurs les plus réussis finissent par sortir du marché. Or, pour l’opérateur du marché, cette perte de clientèle est mauvaise nouvelle, puisqu’il perd un utilisateur (ce qui explique en partie pourquoi les applications de rencontre sont valorisées moins cher que les marchés à forte fidélisation et faible taux de désabonnement).
Un guichet unique pour les SaaS cryptos
Pour illustrer ce point, commençons par un rappel historique du logiciel : des fournisseurs cloud comme AWS ont permis aux développeurs d’accéder facilement à tout ce dont ils ont besoin pour créer une application ou un service web (hébergement, stockage, calcul). En réduisant drastiquement le coût et le temps de développement, une nouvelle catégorie de services web spécialisés est apparue. La combinaison de services cloud internes et de nombreux « microservices » disponibles dans la plateforme permet aux fournisseurs cloud de couvrir tous les besoins, sauf la logique métier centrale.
Les marchés de restaking comme EigenLayer visent à créer une série similaire de microservices pour le Web3. Avant EigenLayer, un microservice crypto avait le choix entre centraliser complètement ses composants hors chaîne (et transmettre ce risque à ses clients), ou supporter le coût de lancement d’un ensemble d’opérateurs et de parts économiques pour acheter de la sécurité.
Les marchés de restaking pourraient briser ce dilemme — si tout fonctionne comme prévu, vous pourrez prioriser la sécurité sans compromettre ni le coût ni la rapidité de mise sur le marché.
Imaginons que vous développiez un zk-rollup haut de performance et économique. En vous rendant sur un marché de restaking comme EigenLayer, vous auriez accès à plusieurs services de base tels que la disponibilité des données (DA) et les ponts, facilitant ainsi votre lancement. Au passage, vous découvririez également de nombreux autres microservices AVS avec lesquels vous pourriez vous intégrer.
Plus un marché de restaking propose de microservices, meilleur sera l’expérience client : au lieu d’évaluer des dizaines de fournisseurs indépendants selon leurs fonctionnalités et leur sécurité, une application pourra acheter tous les services dont elle a besoin depuis une seule plateforme. On vient pour le service X, et on reste pour les services Y et Z.
Certains AVS bénéficieront d’effets de réseau (par exemple, les preconfs)
Jusqu’à présent, les cas d’usage du restaking se sont principalement concentrés sur l’exportation des validateurs et des participations économiques d’Ethereum. Mais il existe une catégorie de cas d’usage « internes » au restaking, qui pourrait ajouter des fonctionnalités au consensus d’Ethereum sans modifier le protocole.
L’idée est simple — vous autorisez les validateurs à s’engager volontairement sur des promesses supplémentaires concernant les blocs qu’ils proposent, en échange d’un paiement, et ils encourent un slashing s’ils ne tiennent pas leurs engagements. Nous pensons que seuls quelques types d’engagements susciteront suffisamment de demande pour attirer une participation élevée, mais la valeur en circulation pourrait alors être considérable.
Contrairement aux cas d’usage « externes », l’efficacité de ces usages dépend directement de la participation des validateurs. Autrement dit, même si vous êtes prêt à payer pour être inclus dans un bloc, cela n’est guère utile si seulement 1 validateur sur 10 accepte cet engagement.
Si tous les validateurs choisissent de rejoindre un engagement donné, la garantie apportée équivaut alors à celle du protocole Ethereum lui-même (à savoir, la validité des blocs). Selon ce raisonnement, nous pouvons anticiper que cette catégorie connaîtra de forts effets de réseau, car les utilisateurs d’un AVS tireront profit de chaque validateur supplémentaire rejoignant le marché des engagements.
Bien que cette catégorie d’AVS soit encore en développement, les canaux de distribution logiques incluent les sidecars et plugins des clients Ethereum (comme Reth). De plus, à l’instar de la séparation entre proposants et bâtisseurs (PBS), les proposants pourraient externaliser ce travail à des acteurs spécialisés en échange d’une part des revenus.
Il est moins clair sous quelle forme ces AVS apparaîtront. Bien qu’une entité puisse concevoir un marché générique valable pour tout type d’engagement, nous pensons qu’il sera plus probable de voir apparaître des acteurs spécialisés selon les sources de demande (par exemple, interopérabilité entre L2 versus besoins de DeFi sur L1).
Conclusion
Pour les étudiants en stratégie d’entreprise, les dynamiques commerciales du marché du restaking constituent un trésor d’analyse, digne d’une étude approfondie.
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