
Ondo Perps : Transposer la prime brokerage de Wall Street sur la blockchain ?
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Ondo Perps : Transposer la prime brokerage de Wall Street sur la blockchain ?
Lorsque différents types d’actifs peuvent servir de garantie les uns pour les autres et participer à un marché unifié, la frontière traditionnelle entre « monnaie » et « actif » existe-t-elle encore ?
Auteur : 137 Labs
I. Point de départ du problème : Pourquoi les contrats perpétuels sur actions n’ont-ils jamais bien fonctionné ?
Si l’on retrace l’évolution du DeFi au cours des dernières années, on observe une divergence marquée : les marchés dérivés d’actifs natifs de la cryptographie (BTC, ETH) sont aujourd’hui très matures, tandis que les dérivés liés aux actifs du monde réel (RWA) demeurent quant à eux coincés dans une phase « expérimentale ».
Les contrats perpétuels sur actions constituent un exemple emblématique.
Du point de vue de la demande, le marché est en réalité très clair : les utilisateurs du monde entier souhaitent accéder aux marchés boursiers américains à moindre coût et avec plus d’efficacité, tout en pouvant recourir au levier ou à des outils de couverture pour gérer leurs risques. Or, du côté de l’offre, ni les premiers protocoles d’actifs synthétiques (tels que Synthetix), ni les modèles ultérieurs basés sur des order books ou des AMM (market makers automatisés) déployés sur chaîne n’ont véritablement résolu les problèmes fondamentaux.
Ces tentatives parviennent souvent, au départ, à offrir une exposition au prix (« price exposure »), mais peinent à soutenir un volume de transactions durable, ce qui les conduit inévitablement à un cercle vicieux de sécheresse de liquidité, d’élargissement des écarts de cotation (slippage) et de fuite des utilisateurs.
Parallèlement, les actions tokenisées (« tokenized stocks »), une autre voie explorée, connaissent un développement rapide. Selon les principaux médias, ces actifs bénéficient déjà d’un avantage décisif : ils permettent des transactions en continu (24/7) et un règlement instantané. Toutefois, leur capitalisation boursière reste limitée, et ils sont surtout utilisés comme simple instrument de détention, sans encore s’intégrer pleinement à un écosystème financier complet.
Le cœur du problème ne réside donc pas dans l’existence ou non d’une demande pour les actions, mais plutôt dans la question suivante :
Pourquoi ces actifs ne parviennent-ils pas à former une structure de marché capable de s’autosuffire et de se développer de façon continue ?
Autrement dit, ce qui fait défaut n’est pas un produit, mais bien les mécanismes sous-jacents nécessaires à son bon fonctionnement.
II. Situation actuelle : Les faiblesses structurelles du DeFi et des actions tokenisées
Une analyse plus fine des systèmes existants révèle que le problème se concentre sur deux plans : la structure des collatéraux et celle de la liquidité.
Premièrement, dans l’écosystème dérivé du DeFi, les collatéraux sont extrêmement uniformes. La quasi-totalité des protocoles dominants repose exclusivement sur les stablecoins comme garanties, ce qui implique que toutes les activités de trading doivent nécessairement passer par l’intermédiaire d’un stablecoin. Ainsi, un utilisateur détenant d’autres actifs — qu’il s’agisse d’ETH ou d’actions tokenisées — doit obligatoirement les convertir préalablement en stablecoin avant de pouvoir participer à des opérations dérivées.
Cette conception était justifiée initialement, car les stablecoins offrent stabilité des prix et facilité de liquidation. Mais à mesure que le nombre d’actifs augmente, cette approche devient progressivement une contrainte structurelle : les actifs ne peuvent plus entrer directement en relation les uns avec les autres, ce qui confère à l’ensemble du système un caractère « insulaire ».
Deuxièmement, si les actions tokenisées ont accompli des progrès notables en matière de représentation fiduciaire (asset mapping), leurs fonctions financières restent extrêmement limitées. Elles peuvent certes être détenues, transférées, voire servir, dans certains cas, de base à des prêts simples, mais elles manquent encore d’applications plus complexes — par exemple, leur utilisation comme collatéraux efficaces dans les marchés dérivés, ou leur intégration dans des portefeuilles multi-actifs.
Un problème encore plus profond concerne la liquidité. La plupart des projets d’actions tokenisées cherchent à « reconstruire un marché » sur chaîne, via des AMM ou des order books synthétiques, afin de générer une profondeur de marché suffisante. Or, cette méthode est naturellement limitée par l’ampleur du capital disponible sur chaîne, et ne peut donc rivaliser avec la liquidité des bourses traditionnelles, entraînant ainsi des écarts de prix, des slippages importants et des coûts de transaction élevés.
On peut donc résumer la faille centrale du système actuel comme suit :
Les actifs ont bien été tokenisés, mais ils ne parviennent pas à tisser entre eux des relations financières efficaces, tandis que le marché manque également d’une liquidité suffisante pour les soutenir.
III. Ce que fait Ondo Perps : Trois innovations structurelles
Dans ce contexte, l’apparition d’Ondo Perps ne vise pas simplement à proposer une nouvelle plateforme de trading, mais à reconfigurer simultanément la logique des collatéraux, les relations entre actifs et les sources de liquidité.
Premièrement, Ondo introduit un changement décisif : il autorise les actions tokenisées à servir directement de garantie. Cette modification, qui semble à première vue relever d’un simple ajustement technique, transforme en réalité l’ensemble des flux de capitaux du système. L’utilisateur n’a plus besoin de transformer ses actifs en stablecoins : il peut désormais utiliser directement ses positions existantes pour effectuer des opérations à effet de levier ou procéder à des couvertures.
Ce mécanisme apporte certes une amélioration de l’efficacité, mais surtout une transformation de la nature même des actifs. Une action cesse d’être uniquement un « actif générant des rendements » pour devenir une « base de crédit » pouvant supporter d’autres expositions au risque. Dans le langage financier, cela signifie que l’actif acquiert une « qualité de collatéral ».
Deuxièmement, Ondo introduit la notion de marge croisée (« cross-asset margin »). Contrairement aux protocoles DeFi traditionnels, qui adoptent généralement un modèle de marge isolée (chaque position étant évaluée indépendamment du point de vue du risque), Ondo considère l’ensemble du portefeuille comme une entité unique. Cette conception s’inspire directement de la « portfolio margin » utilisée dans la finance traditionnelle, permettant aux différents actifs de se couvrir mutuellement et de se renforcer réciproquement.
Ce changement est structurel : le risque n’est plus calculé actif par actif, mais globalement, au niveau du portefeuille. En conséquence, l’efficience d’utilisation des capitaux s’améliore nettement, tout en introduisant des chemins de transmission du risque plus complexes.
Troisièmement — et c’est là le point le plus crucial — Ondo modifie radicalement le modèle de liquidité. Plutôt que de chercher à construire la liquidité sur chaîne à partir de zéro, Ondo relie le marché sur chaîne aux bourses traditionnelles grâce aux mécanismes d’émission et de rachat des actions tokenisées. Cela signifie que la découverte des prix et la profondeur de liquidité peuvent être directement héritées de Nasdaq et de NYSE, sans dépendre des pools de capitaux limités disponibles sur chaîne.
Si ce mécanisme parvient à fonctionner de manière stable, les transactions sur chaîne ne seront plus bridées par la valeur totale verrouillée (TVL), mais pourront s’appuyer sur un marché dont la taille atteint plusieurs milliers de milliards de dollars.
IV. L’essence : Ce qu’Ondo Perps fait réellement
À un niveau plus élevé, la portée d’Ondo Perps ne réside pas dans l’« amélioration de l’expérience utilisateur », mais dans la redéfinition même de la structure fondamentale des systèmes financiers.
Le DeFi traditionnel ressemble davantage à un « ensemble d’outils de trading » : l’utilisateur peut naviguer entre différents protocoles pour effectuer des opérations de prêt, de trading ou de staking. Mais ces opérations restent cloisonnées, dépourvues d’une gestion unifiée des risques et d’une vision cohérente des actifs.
La démarche d’Ondo s’inscrit davantage dans la lignée des systèmes de prime brokerage (services de courtage principal) de la finance traditionnelle. Dans ce cadre, l’utilisateur ne manipule pas des produits isolés, mais gère un bilan comptable complet. Tous les actifs et passifs sont intégrés dans un cadre de gestion des risques unifié, et ajustés dynamiquement via une marge calculée sur l’ensemble du portefeuille.
On peut ainsi concevoir Ondo comme la combinaison de trois fonctions essentielles :
· Un système de collatéral multi-actifs
· Un moteur de gestion des risques de portefeuille
· Une couche de compensation reliant les marchés sur chaîne aux marchés traditionnels
Vu sous cet angle, Ondo apparaît moins comme une simple plateforme de trading qu’un véritable « système de compte financier ».
V. Pourquoi cela importe : Trois niveaux d’impact
Si ce modèle parvient à se concrétiser, son impact ne se limitera pas à un seul protocole, mais pourrait modifier profondément la trajectoire future du DeFi.
Premièrement, l’efficience des capitaux s’accroît sensiblement. Les actifs peuvent désormais participer à diverses activités financières sans avoir besoin d’être convertis préalablement, ce qui réduit les étapes intermédiaires, abaisse les coûts de transaction et accélère le cycle de rotation des capitaux. Ces gains sont particulièrement amplifiés dans les scénarios de trading haute fréquence ou de couverture.
Deuxièmement, les frontières entre actifs disparaissent. Par le passé, crypto-monnaies, actions et obligations appartenaient à des systèmes distincts ; dans le modèle Ondo, elles coexistent au sein d’un même compte et interagissent librement. Cette convergence rendra la gestion de portefeuille plus souple et pourrait donner naissance à de nouvelles stratégies et à de nouveaux produits.
Troisièmement, la composition des utilisateurs évolue. À mesure que la complexité du système augmente, les utilisateurs particuliers auront de plus en plus de difficultés à exploiter pleinement ces fonctionnalités, tandis que les investisseurs institutionnels et les traders professionnels deviendront les principaux acteurs. Le DeFi s’oriente ainsi progressivement vers une « institutionnalisation », et son comportement de marché s’alignera de plus en plus sur celui de la finance traditionnelle.
VI. Risques et incertitudes : Plus la structure est complexe, plus les risques sont cachés
Bien que les perspectives soient prometteuses, ce modèle introduit aussi de nouvelles dimensions de risque.
L’incertitude la plus fondamentale demeure celle de la liquidité. Si le marché sur chaîne ne parvient pas à s’ancrer de façon stable sur la liquidité des bourses traditionnelles, tous les mécanismes qui en découlent seront compromis, et les écarts de prix ainsi que les risques de liquidation s’amplifieront rapidement.
Ensuite, la complexité du mécanisme de liquidation pose problème. Dans un environnement multi-actifs et transfrontalier, les chemins de transmission du risque deviennent nettement plus complexes. Une fluctuation de prix sur un actif peut, via ses liens collatéraux, impacter un autre actif, déclenchant ainsi une réaction en chaîne. Ce type de risque systémique n’a pas encore été suffisamment testé dans l’écosystème du DeFi.
Enfin, la question réglementaire demeure cruciale. Les actions tokenisées possèdent une nature juridique de titre, et leur conformité varie selon les juridictions. Une évolution du cadre réglementaire pourrait directement menacer la pérennité de l’émission et du trading de ces actifs.
VII. Conclusion : Une mutation de paradigme, ou simplement un emballage plus sophistiqué ?
Dans l’ensemble, le cœur de l’initiative Ondo Perps ne réside pas dans le lancement d’un nouveau type de produit dérivé, mais dans la tentative de construire une nouvelle architecture financière, au sein de laquelle les actifs peuvent se soutenir mutuellement, se valoriser les uns les autres, et être compensés dans un système unifié.
Le succès de cette tentative dépend de deux facteurs critiques : la capacité du modèle de liquidité à connecter réellement les marchés réels, et la résilience du système de gestion des risques face à la complexité de l’environnement.
On peut donc formuler un jugement relativement clair :
Si le modèle de liquidité se révèle viable et si le dispositif de contrôle des risques résiste aux chocs du marché, Ondo pourrait devenir un maillon essentiel de l’infrastructure financière sur chaîne. À l’inverse, si ces conditions ne sont pas remplies, il risque de rester, malgré sa sophistication accrue, une plateforme dérivée dont la nature fondamentale ne diffère guère des modèles existants.
D’un point de vue plus macroéconomique, la véritable importance de cette initiative réside peut-être dans la question fondamentale qu’elle soulève :
Lorsque différents types d’actifs peuvent servir mutuellement de collatéral et participer à un marché unifié, la frontière traditionnelle entre « monnaie » et « actif » conserve-t-elle encore un sens ?
Telle est sans doute la question véritablement centrale à laquelle Ondo cherche à répondre.
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