
Témoignage d'un nomade numérique à Chiang Mai lors du séisme de magnitude 7,7
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Témoignage d'un nomade numérique à Chiang Mai lors du séisme de magnitude 7,7
Chaque acteur du Web3 qui travaille à distance est son propre gestionnaire de crise.
Par angelilu, Foresight News
Quand la terre tremble : un défi particulier pour les nomades numériques
Vers 14 heures le vendredi 28 mars 2024, un séisme de magnitude 7,7 sur l'échelle de Richter a frappé le Myanmar, ses ondes sismiques touchant rapidement les pays voisins. Quatre jours plus tard, le nombre de victimes continue d'augmenter et les secouristes cherchent encore des survivants parmi les décombres. Les informations disponibles, ainsi que les témoignages directs, semblent en retard par rapport à la réalité du drame.

L'impact a été particulièrement sensible en Thaïlande, voisin immédiat. À l’approche de la Semaine blockchain de Bangkok, la ville ainsi que Chiang Mai abritaient de nombreux acteurs du Web3, tous très attentifs à l’évolution de la situation. Témoin direct depuis Chiang Mai, j’avais initialement voulu raconter mon expérience immédiatement, mais les vertiges et la faiblesse dans mes membres après le séisme m’ont rendu difficile toute concentration.
Le premier jour suivant le tremblement de terre, peu de rapports sur la zone sinistrée au Myanmar étaient disponibles, tandis que la situation à Bangkok semblait mieux documentée. Je n’y avais pas prêté grande attention sur le moment, mais avec l’accumulation progressive d’informations, je prenais peu à peu conscience de la gravité des événements. Depuis quelques jours, je ressens régulièrement des « fausses sensations de séisme » : chaque passage bruyant d’une moto devant ma fenêtre me fait croire à une réplique ; la nuit, je me réveille en sursaut, incertain si le sol a réellement tremblé, m’emparant fébrilement de mon téléphone pour rafraîchir les sites de surveillance sismique, à la recherche d’un signalement qui n’existe peut-être pas.
Faire face à l’angoisse passe avant tout par la compréhension. Après avoir collecté des données et échangé avec d’autres personnes, j’ai rédigé cet article afin d’offrir aux autres victimes indirectes de ce séisme quelques repères et un peu de réconfort.
Carnet de bord : quand le cours d’anglais fut interrompu par le séisme
Je suis venu à Chiang Mai principalement pour suivre des cours d’anglais en présentiel. Ce jour-là, j’étais assis en classe, concentré sur mon apprentissage, lorsque soudain les tables et chaises ont commencé à vibrer légèrement. La sensation s’est intensifiée progressivement. Les réactions autour de moi semblaient hésitantes, comme si chacun se demandait : « Est-ce vraiment un tremblement de terre ? ». Plusieurs étudiants chinois réagirent vite en se glissant sous leurs bureaux, tandis que notre professeur britannique affichait une expression perplexe, visiblement peu habitué à ce genre de phénomène. Dès que les secousses se sont atténuées, j’ai proposé : « Nous devrions sortir, aller dans un espace dégagé ! ». Un camarade s’est retourné pour récupérer son sac, mais je l’ai arrêté aussitôt : « Sortons d’abord, emportons juste nos téléphones. »
À Chiang Mai, la majorité des bâtiments sont bas – une chance en cette circonstance. Une fois dehors, nous avons rejoint un petit groupe déjà rassemblé, tous inquiets bien qu’affichant des expressions variées. Le bassin aux poissons devant l’entrée, d’habitude parfaitement calme, bouillonnait comme une tasse de café secouée par une main invisible, projetant de l’eau contre ses bords. Chacun sortait son téléphone, appelant proches pour s’assurer de leur sécurité ou cherchant des informations sur le séisme.
Sous un soleil ardent, la chaleur extérieure est rapidement devenue insoutenable. Lorsque tout semblait revenu au calme, nous sommes retournés en classe poursuivre notre cours. Ce jour-là, nous avons appris deux nouveaux mots en anglais : « earthquake » (tremblement de terre) et « aftershock » (réplique). Peu de temps après, une réplique nettement perceptible nous a forcés à évacuer à nouveau. C’est alors que nous avons trouvé sur nos téléphones les premières informations : l’épicentre se situait près de Mandalay, au Myanmar, à 494 km en ligne droite de Chiang Mai. Toute angoisse complexe s’est dissipée à la fin de ce cours. J’ai ensuite retrouvé des amis, discuté, puis dîné avec de nouvelles connaissances.

Code et répliques : le séisme vu par les professionnels du Web3
Au fil des conversations, j’ai découvert que Chiang Mai abrite une communauté importante d’acteurs du Web3. Lorsque les ondes sismiques ont traversé la ville, ces travailleurs à distance, habitués à l’autonomie, n’avaient aucun plan d’urgence commun, aucune directive d’un responsable sécurité, ni parcours d’évacuation préétabli. Chacun est devenu son propre gestionnaire de crise, improvisant sa propre stratégie.
Sur les réseaux sociaux, un internaute a partagé sa réaction exemplaire : dès les premières vibrations, il a attrapé tous ses appareils électroniques, descendu les escaliers en courant et atteint un terrain dégagé en moins de 20 secondes.
Mais tout le monde n’a pas pu rester aussi calme. Un ami a avoué qu’il avait eu du mal à s’habiller correctement dans la panique — plus il était stressé, moins ses doigts lui obéissaient, transformant des gestes simples en tâches complexes. Un autre professionnel raconte qu’il était en pleine réunion lorsqu’il a dû fuir en courant, son ordinateur portable sous le bras. Certains développeurs ont dit que leur premier réflexe avait été de sauvegarder leur code. Des équipes ayant prévu une mise à jour ce jour-là ont dû reporter leur lancement à cause du séisme.
Un professionnel expérimenté, souvent en déplacement, a confié ressentir soudain un intense besoin de rentrer chez lui, éprouvant alors toute l’amertume de la vie itinérante. Dans les groupes locaux de discussion à Chiang Mai, des informations pratiques circulent rapidement : conseils de sécurité, alertes aux répliques, autant d’efforts pour s’entraider.
Bien que Chiang Mai soit l’une des villes thaïlandaises les plus proches du Myanmar, les dommages y ont été limités grâce à la prédominance des constructions basses. Seuls quelques immeubles hauts ont subi des dégâts sérieux — piliers tordus, fissures dans les murs, plaques détachées — et sont temporairement inhabitables. Des groupes d’entraide ont proposé de prêter leurs villas ou maisons individuelles aux résidents empêchés de regagner leurs appartements en hauteur.

Impact à Bangkok : répercussions au-delà de l’épicentre
Comparée à Chiang Mai, la situation à Bangkok a été plus grave. Bien que située à plus de 1000 km de l’épicentre, un gratte-ciel inachevé de 30 étages s’est effondré. Ailleurs, les hautes constructions ont fortement ressenti les secousses. Dans plusieurs hôtels de luxe, l’eau des piscines sans bord a jailli comme des cascades depuis les cinquantièmes étages, tombant jusque dans les rues — l’une des images les plus saisissantes de ce séisme.
Pourquoi Bangkok a-t-elle été si durement touchée ? Les sismologues pointent plusieurs facteurs clés : premièrement, l’hypocentre était extrêmement superficiel, à seulement 10 km de profondeur, amplifiant considérablement les vibrations en surface. Deuxièmement, l’énergie libérée par ce séisme de magnitude 7,7 dépasse même celle de la bombe d’Hiroshima. Troisièmement, la faille impliquée s’étend en ligne droite, agissant comme une autoroute qui a transmis efficacement l’énergie sur 1200 km jusqu’en Thaïlande. Enfin, la géologie de Bangkok aggrave la situation : construite sur une couche molle de sédiments, la ville ressemble à une grande masse de gelée qui amplifie plutôt qu’atténue les ondes sismiques.
De nombreux utilisateurs ont signalé sur les réseaux sociaux que les transports urbains à Bangkok étaient presque paralysés : métro suspendu, embouteillages prolongés pendant plusieurs heures. Un trajet habituel de trente minutes est devenu une épreuve de quatre à cinq heures.
La Southeast Asia Blockchain Week (SEABW), prévue la semaine suivante (2-3 avril) à Bangkok, a dû être annulée d’urgence. L’organisation a indiqué qu’elle utiliserait ses canaux pour aider les sinistrés à entrer en contact. Bien que certaines activités satellites soient maintenues, la participation devrait être largement réduite.

Action sur la chaîne : la force communautaire en temps de crise
Ce que je viens de décrire n’est qu’un aperçu, à la fois tragique et chanceux, de cette catastrophe. De l’autre côté de la frontière, la situation au Myanmar est bien plus dramatique : ce séisme est le plus violent enregistré depuis 1912, faisant déjà au moins 2000 morts, un bilan qui ne cesse d’empirer. Face à cette urgence, que peut faire l’industrie du Web3 ?
Le 29 mars, Changpeng Zhao, fondateur de Binance, a annoncé un don de 500 BNB chacun au Myanmar et à la Thaïlande, précisant que, faute de système local existant, les fonds seraient distribués via Binance et sa filiale thaïlandaise. L’organisation caritative de Binance, conjointement avec la République tchèque, a également versé 1,5 million de dollars pour soutenir directement les personnes affectées.
La fondation IOST a déclaré : « Le Web3, ce n’est pas seulement du code et des actifs — c’est aussi une question d’humains », lançant deux contrats de don transparents, garantissant que « 100 % des fonds iront directement aux secours locaux », et promettant un don égal à hauteur des contributions reçues.
Selon une compilation de Decrypt, plusieurs organisations humanitaires internationales ont ouvert des canaux de dons en cryptomonnaies, notamment :
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Croix-Rouge (accepte BTC, BCH, ETH et plusieurs stablecoins)
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Save the Children (accepte Bitcoin, Ethereum, USDC)
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British Red Cross (accepte plus de 70 cryptomonnaies et jetons)
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UNICEF (accepte Bitcoin et Ethereum)
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Médecins Sans Frontières (accepte les dons via The Giving Block)
Le don reste l’application la plus directe de la blockchain aujourd’hui. Lorsque les infrastructures sont gravement endommagées et les systèmes bancaires traditionnels temporairement hors service, les cryptomonnaies montrent tout leur intérêt comme outil d’aide d’urgence.
Quand on se demande ce que la blockchain peut apporter au monde, la réponse pourrait bien se trouver dans des usages humanitaires concrets. Au-delà du don financier, peut-on imaginer utiliser cette technologie pour reconstruire la confiance, connecter les ressources et autonomiser les communautés ? Systèmes de communication d’urgence décentralisés, plateformes de coordination des ressources indépendantes des infrastructures classiques, mécanismes transparents de traçabilité des fonds de secours… les possibilités sont là.
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