
Pourquoi Trump n'a-t-il pas mentionné Web3 dans son discours ?
TechFlow SélectionTechFlow Sélection

Pourquoi Trump n'a-t-il pas mentionné Web3 dans son discours ?
Bitcoin est une « utilité dans l'inutilité », Ethereum une « utilité dans l'utilité ».
Rédaction : Réflexions de Meng Yan sur la blockchain
Le discours de 50 minutes prononcé par Trump lors du congrès Bitcoin à Nashville le 27 juillet a été salué comme un autre événement marquant pour l'industrie des actifs cryptographiques. Pourtant, après coup, certains ont fait le décompte et constaté que Trump n'avait pas mentionné une seule fois Ethereum, la blockchain ou Web3 ; la seule référence à Vitalik s'est d'ailleurs avérée être une erreur d'audition.

Pourquoi Trump n'a-t-il pas évoqué Web3 ? Bien sûr, je ne connais pas précisément les raisons, il faudrait sans doute demander au rédacteur de ses discours, apparemment David Bailey, PDG du magazine Bitcoin. Mais en replaçant cet événement dans le cadre plus large de l'ensemble de l'industrie crypto, cela devient assez compréhensible.
En bref, le discours de Trump reflète globalement les positions de l'aile progressiste « bitcoiniste ».
Bitcoin et Ethereum sont les deux leaders incontestés de l'industrie crypto, souvent comparés. Pourtant, ils sont fondamentalement différents, incarnant presque deux courants idéologiques opposés : Bitcoin repose sur l'idée de « l'utilité de l'inutilité », tandis qu'Ethereum incarne « l'utilité par l'utilité ».
L'objectif de Bitcoin est d'être de l'or numérique, un étalon de valeur dans le monde numérique, rien d'autre. Il n’a surtout aucune fonctionnalité pratique. Précisément parce qu’il n’a pas d’utilité fonctionnelle, on ne peut pas l’analyser selon des critères d’efficacité ni mesurer sa valeur avec des indicateurs classiques. C’est ce qui rend Bitcoin invincible : on ne voit pas logiquement comment le surpasser. En revanche, Bitcoin ne laisse guère de place au développement d’applications ou à la construction d’un écosystème. Il est difficile d’y construire quoi que ce soit par-dessus. De nombreux partisans de Bitcoin affirment ainsi sans cesse que Bitcoin est la première et devrait rester la seule application blockchain ; qu’il a déjà exploité pleinement la valeur légitime de la blockchain, que tout ce que la blockchain doit faire, Bitcoin le fait, et que tout ce qu’elle ne fait pas, elle ne devrait pas le faire. Selon eux, toute innovation blockchain au-delà de Bitcoin relève de l’illusion. Ce sont là les positions typiques du courant fondamentaliste « bitcoiniste ». Bien sûr, c’est une forme d’éloge extrême envers Bitcoin, mais c’est aussi une acceptation implicite du fait que Bitcoin ne peut servir de base à une valeur plus vaste.
Ethereum est différent. Son objectif initial était d’être un « ordinateur mondial », puis est devenu la couche de règlement de l’économie numérique, une sorte d’ordinateur spécialisé — donc un outil utile, conçu dès le départ comme une infrastructure écosystémique. C’est son atout, mais aussi sa faiblesse. Puisqu’il est utile, ses performances peuvent être mesurées par divers indicateurs : puissance, TVL (valeur totale verrouillée), nombre d’utilisateurs, débit, etc. En théorie, si vous créez une blockchain dont tous les paramètres surpassent ceux d’Ethereum, alors vous avez une blockchain plus utile, capable de supplanter Ethereum. Depuis 2017, des dizaines de blockchains se sont présentées comme des « Ethereum Killer », certaines atteignant même temporairement des valorisations élevées — exactement selon cette logique.

On pourrait donc dire que Bitcoin est comme une sphère parfaite, solide en soi, mais impossible à agrandir vers le haut. Ethereum est plutôt une plaque plate, offrant une base solide pour y construire des couches supérieures, mais intrinsèquement plus fragile que Bitcoin.
Le discours de Trump, bien qu’abondant, tourne exclusivement autour de la logique du Bitcoin telle que défendue par Wall Street, renforçant sans cesse l’idée du Bitcoin comme or numérique : reconnaissance de sa valeur, expression de confiance, garanties politiques post-élection — une escalade perpétuelle, mais rien de plus. Aucun sujet relatif à la transformation du paradigme des applications internet via la blockchain n’a été abordé.

Bitcoin et Ethereum font des promesses différentes : Bitcoin cherche à s'imposer fermement comme or numérique et à augmenter continuellement sa capitalisation. Ethereum pose les bases techniques pour soutenir des applications comme DeFi, Web3 ou RWA.
Je pense que Trump ne connaît probablement pas ces subtilités techniques. Son discours reflète surtout la position constante du magazine Bitcoin et de ses partisans : nous avons enfin réussi à faire reconnaître le Bitcoin comme actif légitime dans le système financier traditionnel ; désormais, nous pouvons, au sein de ce cercle financier, développer toutes sortes de services et produits dérivés autour de cet actif, exactement comme pour l’or auparavant. Cette vision plaît à Wall Street : tant que les clients veulent trader, il y aura des commissions à gagner.
À l’inverse, créer de nouvelles technologies, outils, plateformes ou nouveaux paradigmes d’applications, c’est le domaine de prédilection de la Silicon Valley. Ainsi, des initiatives comme le développement du DeFi, de Web3, des RWA ou des blockchains industrielles sur Ethereum ne peuvent pas compter sur une initiative proactive de Wall Street. Il faut d’abord montrer des résultats tangibles, ensuite seulement Wall Street rejoindra le mouvement.
Cela dit, les déclarations de Trump, si elles étaient mises en œuvre, n’en seraient pas moins significatives pour le DeFi, Web3 ou les RWA. Leur impact serait important. D’une part, l’afflux massif de capitaux vers les actifs numériques touchera naturellement ces couches supérieures. D’autre part, la proposition de Trump de remplacer la direction de la SEC est particulièrement intéressante. Certes, Gensler est très impopulaire, mais honnêtement, durant son mandat, il a globalement adopté une attitude tolérante vis-à-vis du Bitcoin, sans trop le harceler. Même si on ne lui donne pas une note excellente depuis une perspective purement « bitcoiniste », il reste largement satisfaisant. Ce qui est vraiment conservateur chez Gensler, c’est son opposition systématique à l’écosystème Ethereum, notamment à Web3. Alors même que la proposition « Safe Harbor for Tokens » de Hester Peirce avait été rédigée, il l’a laissée traîner pendant des années, bloquant gravement le développement de Web3. Remplacer Gensler aurait donc peu d’impact sur Bitcoin, mais pourrait constituer une bonne nouvelle pour Web3.
Si les États-Unis veulent devenir un terrain fertile pour Web3, l’attitude de la SEC compte bien plus que celle de Wall Street. Seule une approche permettant aux projets Web3 d’utiliser naturellement les tokens pour inciter les utilisateurs et assurer la gouvernance, tout en instaurant une régulation efficace pour combattre fermement les escrocs et les émetteurs de tokens spéculatifs, permettrait à Web3 de bénéficier d’un cycle de développement suffisamment long et de construire véritablement un modèle économique viable. Seulement ainsi cette industrie pourrait-elle s’extraire durablement de ses cycles chaotiques de boom et de crise.
Je ne sais pas jusqu’à quel point Trump comprend ces enjeux, mais il semble que Harris n’ira pas dans cette direction. Plus quelqu’un se croit porteur du progrès historique, plus il peut agir sans scrupules contre les libertés individuelles. L’élection présidentielle américaine de cette année est donc cruciale pour l’avenir de l’industrie Web3. Attendons de voir ce qu’il adviendra.
Bienvenue dans la communauté officielle TechFlow
Groupe Telegram :https://t.me/TechFlowDaily
Compte Twitter officiel :https://x.com/TechFlowPost
Compte Twitter anglais :https://x.com/BlockFlow_News














