
Asie du Sud-Est : un nouveau paradis pour les projets Web3 à l'international ? Les accords d'extradition révèlent la vérité
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Asie du Sud-Est : un nouveau paradis pour les projets Web3 à l'international ? Les accords d'extradition révèlent la vérité
Sortir du marché national garantit-il nécessairement la fiabilité ?
Rédaction : Zhang Chengjun, avocat principal, cabinet d'avocats Shanghai Manqin
Créer une entreprise Web3 en Chine est difficile. Depuis 2018, de plus en plus d'entrepreneurs Web3 ont commencé à « sortir du pays ». Certains affirment même que 2018 marque la première année de l’expatriation des entrepreneurs chinois dans l’écosystème Web3. Étant donné que l'émission de jetons et les plateformes d'échange sont explicitement définies comme illégales voire pénales en Chine, se pose alors la question suivante : est-il vraiment sûr de s'expatrier ?
01 Situation actuelle de l'industrie Web3 en Asie du Sud-Est
Examinons d'abord l'état actuel des principaux pays d'Asie du Sud-Est vers lesquels les entrepreneurs Web3 chinois se tournent généralement.
Le premier choix s'arrête naturellement sur les pays d'Asie du Sud-Est tels que la Thaïlande, Singapour ou le Vietnam. Le 4 mai 2024 a eu lieu à Bangkok, en Thaïlande, le tout premier festival mondial dédié au Web3, baptisé Fansland, qui a réuni Fantopia, IME, Neo, Neuroblocks, Hape, BAC Games, LingoAI, NOTHING RESEARCH, Transi, Titan Network, Trip.com, Trekki NFT, OneKey, HPOS10I, IOST, NFTGo, Gonesis ainsi que BNB Chain, partenaire spécial pour les NFT. L'ouverture de ce festival a renforcé chez les entrepreneurs chinois l'idée que l'écosystème Web3 en Asie du Sud-Est est particulièrement attractif.
Outre l’écosystème Web3, le facteur politique joue un rôle majeur. Comme mentionné précédemment, la raison principale poussant les entrepreneurs chinois à s’expatrier réside dans l’absence totale de soutien réglementaire en Chine, où ces activités sont non seulement interdites mais peuvent également entraîner des poursuites pénales.
Ensuite vient la proximité géographique. En tant que pays asiatiques, ils sont proches de la Chine, avec peu ou pas de décalage horaire, permettant une coordination fluide avec les équipes restées en Chine.
Troisièmement, l’environnement social : de nombreux Chinois vivent déjà en Asie du Sud-Est, et les populations locales leur sont généralement bienveillantes. Les habitudes alimentaires et culturelles sont faciles à adopter.
Quatrièmement, les facteurs liés au marché. Pour réussir à l’international, il faut pouvoir adapter ses produits au marché local. La population d’Asie du Sud-Est est nombreuse, aux revenus relativement modestes comparés à ceux de la Chine ou d’autres pays développés, ce qui favorise la croissance initiale des projets. De plus, la pénétration des appareils mobiles et d’internet y est élevée, et la population jeune, donc plus encline à adopter rapidement les innovations Web3.
Il existe encore d'autres raisons expliquant ce choix, telles que la présence croissante de capitaux investissant dans le Web3 dans ces pays. Nous avons longuement insisté sur les avantages, qui attirent chaque jour davantage d’entrepreneurs chinois vers l’Asie du Sud-Est.
Cependant, l’objectif de cet article est de vous aider à comprendre clairement qu’aucune situation n’est entièrement positive. Il existe toujours un revers à la médaille. Voici donc maintenant la partie essentielle.
02 S’expatrier en Asie du Sud-Est permet-il d’échapper à la réglementation juridique chinoise ?
La réponse malheureuse est non. Cela s’explique par le fait que la Chine applique une juridiction fondée à la fois sur la territorialité et la nationalité. Selon l'article 7, paragraphe 1, du Code pénal de la République populaire de Chine : « Tout citoyen chinois qui commet, hors du territoire chinois, un crime prévu par la présente loi sera passible de cette dernière ; toutefois, si la peine maximale prévue par cette loi ne dépasse pas trois ans d'emprisonnement, il peut ne pas être poursuivi. » D’après cette disposition, les citoyens chinois commettant un crime à l’étranger sont, en principe, soumis au droit chinois, indépendamment de la législation locale, de la gravité du délit ou de son objet. Seulement lorsque la peine maximale prévue par le droit chinois est inférieure ou égale à trois ans d’emprisonnement, il peut ne pas être poursuivi. Or, l’expression « peut ne pas être poursuivi » signifie que la possibilité de poursuite subsiste. Par ailleurs, les pays d’Asie du Sud-Est comptent parmi les premiers à avoir conclu avec la Chine des accords d’extradition, notamment la Thaïlande, le Laos, le Cambodge, les Philippines et le Vietnam.
03 Que signifie « extradition », et dans quel cas peut-elle être demandée ?
L'extradition consiste à remettre, à la demande d'un État, une personne recherchée pour crime ou déjà condamnée, qui se trouve sur le territoire d'un autre État. Ce mécanisme fait partie intégrante de l'entraide judiciaire internationale et constitue un pilier essentiel pour l'exercice effectif de la juridiction d’un État et la répression des infractions. Elle repose sur le principe de « compétence par nationalité » (ou principe de personnalité) en droit international, selon lequel un État peut exercer sa juridiction sur tous les individus possédant sa nationalité, qu'ils résident sur son territoire ou à l'étranger. Ainsi, même si une personne quitte physiquement la Chine, sa nationalité la rend toujours susceptible d'être poursuivie. En cas d'accusation criminelle par les autorités chinoises, la police chinoise peut, conformément à la Loi chinoise sur l'extradition, adresser une demande d'extradition via le ministère des Affaires étrangères au pays d'accueil. À titre d'exemple, la Chine utilise massivement les traités d'extradition pour rapatrier des suspects impliqués dans des fraudes téléphoniques depuis le Vietnam.
04 Outre les risques liés au projet Web3 lui-même, risque de « franchissement illégal des frontières nationales »
Les équipes projet qui s'expatrient emmènent souvent avec elles leurs développeurs, voire leurs familles. Concernant les visas, afin de gagner du temps et de simplifier les démarches, beaucoup optent pour un visa touristique. Or, selon l'interprétation publiée par la Cour populaire suprême et le Parquet populaire suprême sur l'application de la loi dans les affaires criminelles portant atteinte à la gestion des frontières nationales :
Article 6 : Doivent être considérés comme des actes de « franchissement illégal des frontières nationales » au sens de l'article 3, chapitre VI du Code pénal les comportements suivants :
(1) traverser les frontières sans document d'entrée ou sortie ou en évitant les contrôles frontaliers ;
(2) utiliser un document d'entrée ou sortie falsifié, contrefait ou invalide ;
(3) utiliser le document d'entrée ou sortie d'autrui ;
(4) utiliser un document obtenu par des moyens frauduleux, tels que la présentation de motifs fictifs, la dissimulation d’identité ou l’usurpation d’identité ;
(5) tout autre moyen illégal de franchir les frontières.
L’Asie du Sud-Est semble être un paradis pour les projets Web3. Toutefois, en raison de la réglementation stricte chinoise concernant l’entrepreneuriat Web3, des spécificités inhérentes aux projets eux-mêmes, du principe de compétence par nationalité, et de la majorité des pays d’Asie du Sud-Est ayant signé des accords d’extradition avec la Chine, s’expatrier vers cette région n’est pas aussi avantageux qu’il y paraît. Il ne permet ni d’échapper à la surveillance chinoise ni aux risques pénaux. Par conséquent, la fiabilité de cette stratégie d’expatriation vers l’Asie du Sud-Est doit être sérieusement remise en question.
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