
L'investissement de valeur est-il mort, les mèmes vivront-ils éternellement ?
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L'investissement de valeur est-il mort, les mèmes vivront-ils éternellement ?
Les MEME sont devenus un symbole culturel unique et un mode de communication particulier dans l'univers des cryptomonnaies.
Rédaction : Dobby, contributeur principal de Biteye
Édition : Crush, contributeur principal de Biteye
BOME et SLERF ont mis fin à leur folle hausse, le marché ayant une fois de plus vécu et assisté à une nouvelle ruée vers l'or. Bien que la vague des MEME ne soit pas complètement retombée, le marché a brièvement retrouvé un peu de calme.
Outre les commentaires sur les rendements vertigineux – « une journée dans la crypto, c’est une année en finance traditionnelle » – de nombreux « vieux légumes » se posent une question : pourquoi les cryptomonnaies MEME ont-elles pris leur envol si tôt dans ce cycle ? Selon les rotations sectorielles des cycles précédents, lorsque la popularité d’un nouveau concept atteint son sommet, les MEME prennent le relais, puis tout s’éteint progressivement, marquant le prélude de la fin du marché haussier. Pourtant, dans ce cycle, l’ordre des rotations sectorielles semble avoir été réécrit : les MEME sortent des sentiers battus et deviennent dès les premières phases du cycle le thème central.
Dans la théorie de l’« investissement de valeur », les cryptomonnaies MEME et les « chiens » (projets sans fondement) ont toujours été marginalisés, même dans un secteur aussi spéculatif que celui des cryptos. Pourtant, beaucoup ne comprennent pas vraiment ce qu’est un MEME, encore moins la différence entre un MEME et un « chien ».
Des images de chiens DogeCoin aux inscriptions actuelles, les MEME sont devenus un symbole culturel unique et un mode de communication spécifique au monde de la crypto. Comment ces éléments culturels, parfois absurdes ou grotesques, ont-ils pu acquérir une place aussi importante dans l’univers de la cryptographie ? Cet article explore la relation entre les MEME et la blockchain, ainsi que leur impact sur la culture des cryptomonnaies.
01 Le MEME est un gène
1.1 Origine du concept de MEME
Chaque fois qu’on évoque l’origine des MEME, Richard Dawkins est incontournable.
En 1976, Richard Dawkins a introduit pour la première fois le concept de MEME dans son ouvrage fondateur *Le Gène égoïste*. Dans le dernier chapitre du livre, Dawkins définit le MEME comme une unité de transmission culturelle, analogue au gène en génétique biologique. Un MEME peut être une mélodie, une idée, un style vestimentaire, une habitude linguistique, une technologie ou tout autre phénomène culturel. Il se propage par imitation d’une personne à une autre, se reproduisant ainsi dans la culture humaine. Comme pour les gènes, le succès et la survie d’un MEME dépendent de sa précision de copie, de sa durabilité et de son « attrait » ou utilité pour son hôte.
En termes simples, un MEME peut être une blague, une anecdote, un mème visuel, etc., qui, après une large diffusion, forme une sous-culture. Une cryptomonnaie MEME est donc une manière de valoriser cette sous-culture.
Avec l’avènement d’Internet et des réseaux sociaux, les MEME sont devenus une composante essentielle des échanges culturels mondiaux, dépassant largement la vision initiale de Dawkins. Aujourd’hui, sous leurs formes humoristiques et satiriques, les MEME diffusent non seulement divertissement et informations à grande vitesse, mais jouent aussi un rôle important dans la formation de l’opinion publique et des phénomènes culturels, notamment dans les domaines des cryptomonnaies et de la technologie blockchain, où leur influence est particulièrement marquée.
À noter que, pour célébrer l’anniversaire de Dawkins le 26 mars, la communauté a lancé une cryptomonnaie nommée « Dawkoin ». Dawkins a partagé cette information sur les réseaux sociaux sans montrer de résistance ni de rejet.

1.2 Le Bitcoin, le premier MEME ?
« D’un certain point de vue, toutes les cryptomonnaies contiennent une part de MEME, simplement à des degrés divers. Une proportion supérieure à 50 % est courante », affirme récemment Lanhu Notes, l’un des premiers médias de l’industrie blockchain. Sur une échelle de 0 à 100, les MEME comme Pepe ou Doge atteignent plus de 99,9 % ; l’IA environ 90 % ; les solutions Layer 2 du Bitcoin 80 % ; DeFi entre 30 et 50 %.
Peut-on alors dire que le Bitcoin est lui-même le tout premier MEME ?
On sait que, le 3 janvier 2009, sur un petit serveur à Helsinki, en Finlande, Satoshi Nakamoto a inventé le système Bitcoin et extrait le premier bloc, appelé « bloc genesis ». Les 50 premiers bitcoins étaient nés. Techniquement, Bitcoin est la clé qui ouvre la porte de la blockchain, s’appuyant sur des décennies de développement en cryptographie, stockage distribué et mécanismes de consensus.
Pourtant, aujourd’hui, quand on parle de Bitcoin, on ne discute plus seulement d’algorithmes techniques. En tant que première cryptomonnaie réussie, Bitcoin incarne une philosophie profonde : son créateur anonyme, Satoshi Nakamoto, et son esprit de résistance au système financier traditionnel lui confèrent un sens bien au-delà de ses aspects techniques.
De ce point de vue, Bitcoin est bien le tout premier MEME : il symbolise la quête de pouvoir, de liberté et de transformation systémique. Ce symbolisme dépasse sa fonction monétaire, en faisant un emblème culturel et social.
Certains qualifient les MEME de « monnaie de l’attention » : plus un MEME attire l’attention, plus il est efficace. Après 15 ans de développement, avec un prix dépassant 71 000 dollars – un record historique –, la capitalisation boursière du Bitcoin a atteint 1,398 billion de dollars, surpassant celle de l’argent (1,379 billion), devenant ainsi le huitième actif mondial le plus valorisé. La part du Bitcoin dans la capitalisation totale des cryptomonnaies atteint désormais 49,8 %, consolidant sa domination dans l’industrie.
Depuis le début de l’année, avec l’approbation des ETF Bitcoin et la montée en puissance de son écosystème, de plus en plus d’investisseurs et traders reviennent aux sources, recentrant leur attention et leur liquidité sur l’écosystème Bitcoin.
Bitcoin est la cryptomonnaie la plus capable d’attirer l’attention. Sous cet angle, n’est-il pas lui-même un MEME ?
1.3 Inscriptions et NFT : les « produits dérivés » du MEME
Si le MEME peut être vu comme une forme d’expression du gène, il doit nécessairement subir des mutations, ce que soutient déjà Richard Dawkins dans *Le Gène égoïste* : le MEME et le gène présentent des similitudes dans leurs mécanismes de propagation et d’évolution, tous deux se transmettant par copie, subissant des pressions sélectives et pouvant muter dans certaines conditions.
En reprenant l’exemple du Dogecoin, pionnier des MEME coins, il a été créé initialement comme une version légère et humoristique du Bitcoin, incarné par l’image populaire du « Doge » (un chien Shiba Inu accompagné de textes en style monologue intérieur). Ses créateurs n’imaginaient pas qu’une monnaie basée sur une plaisanterie serait adoptée par Elon Musk et deviendrait la plus valorisée des cryptomonnaies MEME.

Après douze années, l’industrie crypto suit désormais une logique bien établie : les projets lancent de nouveaux concepts, s’allient étroitement aux fonds VC, accumulent des jetons gratuitement (« farming ») avant d’être cotés, puis organisent des manipulations pour faire absorber les actifs par les marchés secondaires. Cette vague haussière n’a vu que TIA et SOL correspondre aux critères des « vieux légumes » : équipe sérieuse, bons VC, cotation sur Binance, potentiel de spéculation sur leur secteur.
Alors que tout semblait suivre son cours habituel, le secteur des MEME a connu une série de mutations inattendues, donnant naissance aux « inscriptions », de véritables perturbateurs. L’apparition et le succès des « inscriptions » dans l’écosystème Bitcoin ont été totalement imprévus.
Dès leur création, les « inscriptions » incarnent naturellement les valeurs communautaires de « lancement équitable » et de « first is first ». Depuis leur apparition en mars, elles ont fait face à de nombreux préjugés au sein de l’écosystème Bitcoin, mais elles semblent déterminées à convaincre tout le monde : « Si vous avez des préjugés, attendez que l’écosystème Bitcoin grimpe jusqu’à ce que vous n’en ayez plus. »

Coûtant entre 2 et 3 dollars pour frapper un ORDI (1 000 jetons), un seul ORDI vaut aujourd’hui environ 60 dollars. Un an plus tard, si on n’a rien vendu, cela représente un gain supérieur à 20 000 fois.
Les inscriptions ne sont d’ailleurs pas la première mutation des MEME. La diversité des MEME s’exprime aussi dans le secteur NFT. Lors du précédent cycle, les NFT ont constitué une grande nouveauté narrative, traversant un cycle complet haussier-baissier. Le leader BAYC a chuté sous la barre des 13 ETH, sans parler des nombreux artistes NFT sans soutien financier, qui cherchent désormais désespérément une issue.
Les récents succès de BOME et SLERF montrent que la valeur culturelle apportée par les MEME peut aussi renforcer la liquidité des NFT. Bien que les formes diffèrent, les attributs culturels véhiculés par les NFT et les MEME sont fondamentalement identiques.
Au-delà de ces formes larges, on observe aussi des dérivations culturelles spécifiques, comme celles autour de Pepe the Frog.

Cette image était à l’origine un personnage créé par le dessinateur Matt Furie en 2005 dans une bande dessinée en ligne. Elle est ensuite devenue un symbole MEME universellement reconnu sur Internet. Contrairement aux MEME ayant un créateur identifiable, Pepe the Frog a rassemblé une communauté d’artistes anonymes qui ont produit des milliers de variantes, chacune jouant un rôle différent selon les contextes culturels et plateformes sociales.
L’évolution de Pepe illustre un phénomène unique dans la culture MEME : comment une simple image peut engendrer un écosystème culturel vaste et diversifié. Cette dérivation culturelle va bien au-delà de la simple reproduction : elle implique une reconstruction créative et une réinterprétation culturelle continue.
02 Des narratifs éphémères, une culture MEME indémodable
En approfondissant l’essence des MEME et leur lien avec la blockchain, on constate que les deux construisent ensemble un écosystème culturel et émotionnel unique dans le monde de la crypto. La blockchain n’est pas seulement une innovation technique : elle devient un vaste champ émotionnel. Les MEME, loin d’être de simples blagues, jouent un rôle crucial dans la construction des récits du marché, l’engagement communautaire et la hausse des valeurs des cryptomonnaies.
2.1 La crypto, un amplificateur d’émotions et de récits
Où il y a des gens, il y a des conflits ; où il y a des conflits, il y a des émotions.
La crypto regorge de bulles extravagantes et de graphiques en dents de scie. Ce n’est pas seulement un lieu de concentration de capitaux, mais aussi une cocotte-minute émotionnelle géante.
Entre l’enthousiasme des investisseurs pour les technologies futures et leur peur ou avidité face aux fluctuations du marché, la blockchain, en tant que domaine technologique et financier émergent, amplifie considérablement ces émotions humaines fondamentales, influençant ainsi la dynamique du marché et les décisions d’investissement.
Les MEME ont une capacité innée à transmettre les émotions – de l’euphorie à la panique –, via l’humour, la satire ou l’exagération. Ils se propagent rapidement au sein des communautés, suscitant une résonance émotionnelle collective qui influe, souvent inconsciemment, sur l’évolution du marché.
En peu de temps, un MEME réussi peut attirer une attention massive, provoquer des discussions animées, stimuler l’achat par les investisseurs et entraîner une hausse rapide des prix. Ce phénomène est particulièrement fréquent dans les marchés cryptos, où l’humeur du marché influence fortement les variations de prix.
Comme l’a écrit Yuval Noah Harari dans *Sapiens*, les Homo sapiens ont d’abord échangé des ragots pour partager des informations interpersonnelles, jugeant les autres afin de créer des groupes sociaux stables et solides.
Plus tard, grâce au « storytelling », ils ont construit des imaginaires communs permettant de fonder une confiance plus large, comme pour les religions, les nations, la monnaie ou les entreprises. De même, les membres des communautés crypto peuvent former une forte identité collective et des objectifs partagés grâce aux MEME et aux récits communs.
Cette confiance basée sur l’imagination collective est précisément ce qui permet aux MEME de générer de la valeur en crypto, et ce qui explique leur capacité à attirer tant d’utilisateurs et d’investisseurs.
2.2 Les MEME n’ont pas besoin de blockchain, c’est la blockchain qui a besoin des MEME
Du BTC à Solana, puis aux chaînes TON et Base, chaque grande blockchain populaire a besoin des MEME coins, qu’elle encourage voire crée activement.
Le cas le plus représentatif est celui d’Anatoly, cofondateur de Solana. Lors de la conférence annuelle de la communauté Solana l’année dernière, qui coïncidait avec Halloween, Anatoly est apparu déguisé en dinosaure vert, devenant la figure la plus originale et remarquée de l’événement. Debout devant tous, il s’est présenté ainsi : « I’m Anatoly, and I’m a silly dragon ». Timide, il a ensuite ri, entraînant toute l’assistance dans un fou rire général.

Tout le monde connaît la suite : “silly” est devenu le MEME le plus populaire de l’époque, la communauté redécouvrant à quel point trader sur Solana était fluide. Le “tueur d’Ethereum” est revenu en force, rebaptisé “choix de SBF”.
Après Solana, on a compris que construire une identité de marque et une cohésion communautaire via les MEME était une stratégie viable. Une communauté forte, centrée autour d’un MEME spécifique, peut promouvoir efficacement un projet, attirer de nouveaux utilisateurs et renforcer sa position sur le marché.
Aujourd’hui, on voit que TON et Base veulent aussi profiter de la liquidité générée par les transactions de MEME. Leur TVL atteint des records, l’activité et le volume des transactions croissent exponentiellement. La fondation TON a même annoncé publiquement recruter un responsable de l’écosystème MEMECOIN.
2.3 Avons-nous enfin démystifié tous ces concepts ?
Un récent mème dit : « Quand les VC voient zk + DEPIN + rollup + IA combinés, ils ne peuvent s’empêcher d’être excités. » Derrière cette blague, on se demande : avons-nous vraiment compris et démystifié les concepts de la crypto ?
La persistance du phénomène MEME ressemble à une moquerie adressée aux cercles d’initiés et à leurs jeux complexes. Cette ironie ne remet pas seulement en cause la technologie elle-même, mais critique plus profondément l’enthousiasme aveugle du marché crypto pour les nouvelles technologies, au détriment de leurs applications concrètes.
« De toute façon, je ne comprends rien, autant trader des MEME », soupirent les vieux routards. Les nouveaux arrivants, eux, ne comprennent encore moins. Malgré des récits qui se succèdent à un rythme effréné, la culture MEME reste inébranlable. La rapidité avec laquelle BOME a été listé sur Binance a même fait imploser de nombreux projets : certains peinent depuis des années à y accéder, tandis que BOME y est parvenu en trois jours.
Revenons à la question que la communauté se pose souvent : « La blockchain aboutit-elle aux MEME ? » Ou encore : « L’investissement de valeur est-il mort, les MEME vivront-ils éternellement ? » Ces questions paraissent extrêmes, voire absolues. Mais force est d’admettre qu’en dix ans, la principale fonction de la blockchain reste la spéculation. Peut-être est-ce tout simplement la vérité.
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