
L'industrie canadienne du minage de Bitcoin : rétrospective sur 2023, perspectives pour 2024
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L'industrie canadienne du minage de Bitcoin : rétrospective sur 2023, perspectives pour 2024
Même si le ciel était relativement clément en 2023, celui de 2024 ne semble pas aussi serein.
Par Ethan Vera
Publication par Wu Shuo en tant que partenaire de contenu chinois de Hashrate Index
En 2023, l'industrie mondiale du minage de Bitcoin s'est progressivement redressée après avoir touché le fond pendant l'hiver cryptographique de 2022. Divers indicateurs économiques ont affiché une évolution positive : le prix du Bitcoin a augmenté de 154 %, l'indice boursier des sociétés minières cotées a grimpé de 246 %, et les frais de transaction du réseau (quasi inactifs depuis le milieu de 2021) sont redevenus une composante significative des revenus des mineurs. Par ailleurs, les coûts liés à l'énergie, à l'hébergement et au matériel ont tous baissé à divers degrés.
Cependant, la situation du minage de Bitcoin au Canada reste confuse. En 2022, le gouvernement a exercé des pressions en mettant en œuvre des politiques clairement ciblées et discriminatoires contre ce secteur, des mesures qui perdurent encore en 2023. Cela a placé toute l'industrie en position défensive (à l'exception notable de l'Alberta). En conséquence, les principaux acteurs commencent à regarder à l'international pour trouver des opportunités plus favorables. On prévoit ainsi que la part du Canada dans la puissance de calcul mondiale du réseau Bitcoin passera de 7 % à 8 % fin 2022 à 4 % à 5 %, soit une chute de 13 % par rapport à 2021.

Figure 1 : Part du Canada dans la puissance de calcul mondiale du Bitcoin
Une année 2023 fortement améliorée économiquement, mais un nuage noir plane sur 2024
Après une difficile année 2022, l’industrie mondiale du minage de Bitcoin a connu un tournant positif en 2023. Le graphique ci-dessous montre que le prix du Bitcoin a augmenté de 154 %, comblant presque entièrement sa baisse annuelle de 2022.

Figure 2 : Évolution du prix du Bitcoin et de la difficulté du minage
La véritable surprise vient du rebond des frais de transaction sur le réseau Bitcoin. Grâce au développement des ordinaux et inscriptions, les mineurs ont vu leurs revenus issus des frais de transaction fortement augmenter. Les données montrent que ces frais ont représenté 7,6 % de la récompense par bloc en 2023, contre seulement 1,5 % en 2022.

Figure 3 : Proportion des frais de transaction dans la récompense par bloc
Le prix de la puissance de calcul, indicateur composite du revenu par unité de puissance pour les mineurs de Bitcoin, est passé de 59 $/PH/jour à 101 $/PH/jour, soit une hausse de 70 %, en raison de fortes fluctuations des frais de transaction en mai et décembre. Le prix moyen de la puissance de calcul en 2023 s’est établi à 75 $/PH/jour.

Figure 4 : Évolution du prix de la puissance de calcul en dollars américains
Bien que 2023 ait été relativement favorable, le ciel de 2024 semble moins dégagé, avec un « nuage noir » flottant dans les airs : la halving du Bitcoin. Cet événement quadriennal réduit directement de moitié la subvention par bloc, tandis que ses effets secondaires restent incertains et controversés, qu’il s’agisse du prix du Bitcoin, de la difficulté du réseau ou des frais de transaction. Certains pensent que la halving fera grimper le cours ; d’autres soulignent que la difficulté du réseau pourrait diminuer en raison d’une baisse de la puissance de calcul (résultant de l’arrêt d’activité de mineurs peu rentables). Si les frais de transaction restent élevés (comme lors de la précédente halving), ils pourraient compenser en partie la perte de revenus due à la division par deux de la subvention.
Toutefois, l’effet principal de la halving est certain : les mineurs de Bitcoin subiront à court terme un choc négatif majeur sur leurs revenus. La halving devrait survenir vers le 21 avril 2024.
La réglementation gouvernementale continue de nuire au minage, freinant le développement partout au Canada
L’événement des camionneurs en 2022, survenu au creux de l’hiver cryptographique, a conduit à une cible particulière contre les entreprises minières canadiennes, soumises à des politiques sectorielles extrêmement injustes. En substance, les décideurs publics à tous les niveaux ont fait des choix erronés, distinguant intentionnellement les équipements miniers d’autres types d’ordinateurs afin de leur imposer des taxes spécifiques, des tarifs électriques distincts et des règles d’interconnexion particulières. En 2023, l’industrie canadienne du minage est donc passée en mode défensif total, s’engageant à créer des institutions sérieuses, durables et coordonnées pour défendre activement le secteur.
Malheureusement pour l’économie canadienne, ces mauvaises politiques publiques entraînent des pertes d’emplois, d’investissements et de recettes fiscales. Au niveau national, le gouvernement canadien a fait preuve d’un « talent » remarquable pour générer de l’incertitude, nuisant ainsi aux emplois et aux investissements. En février 2022, le ministère des Finances a proposé un amendement dit de « clarification », sans préavis auprès du secteur minier, affirmant que l’extraction d’actifs numériques ne constituait pas une « activité commerciale » au Canada. Cette proposition aurait privé toutes les entreprises minières du crédit d’impôt sur les ventes aux intrants dont bénéficient normalement les autres exportateurs. Une telle mesure inédite aurait imposé une taxation implicite de 5 % à 15 % sur les coûts du minage de Bitcoin au Canada, causant des dommages irréparables aux entreprises canadiennes compétitives sur les marchés mondiaux.
Heureusement, grâce aux efforts du nouvellement créé Digital Asset Business Council et de membres comme Hut8, Hive, Bitfarms, Iris Energy, Argo et DMG, une solution a émergé. Bien que la proposition ait été adoptée, les législateurs y ont apporté une modification permettant aux mineurs de conserver potentiellement droit au crédit d’impôt sur les ventes aux intrants, à condition que l’Agence du revenu du Canada (ARC) constate, cas par cas, qu’ils vendent leur puissance de calcul à des pools miniers étrangers de manière similaire aux services informatiques offerts par des centres de données traditionnels — ce qui devrait concerner pratiquement tous les acteurs canadiens. Des crédits fiscaux de plusieurs centaines de millions de dollars, ainsi que des emplois et investissements, étant en jeu, le secteur attend toujours les retours de l’ARC et ses décisions cas par cas. Une mise à jour est attendue début 2024.
En Colombie-Britannique, au Manitoba, au Québec, au Nouveau-Brunswick et à Terre-Neuve-et-Labrador, l’interdiction d’interconnexion instaurée en 2022 demeure effective. Ces régions possèdent parmi les ressources électriques les plus propres, abordables et abondantes au monde, attirant des investissements du secteur minier mondial. Pourtant, elles ont choisi curieusement de fermer cette porte aux affaires plutôt que de saisir l’opportunité pour simplifier les processus d’évaluation des demandes et renforcer la flexibilité de leurs réseaux électriques. Toutes expriment des craintes face aux pics de consommation, ignorant (ou méconnaissant) la flexibilité inhérente au minage en matière d’utilisation énergétique. Quoi qu’il en soit, ces interdictions ne s’appliquent à aucun autre secteur informatique.
En Colombie-Britannique, Conifex Timber a cherché à investir dans le minage et a intenté une action en justice contre l’interdiction provinciale. Dans un livre blanc publié publiquement, Conifex a souligné que les actions du cabinet provincial violent la loi, perturbent le cadre réglementaire, et contredisent en pratique les objectifs économiques, environnementaux et de réconciliation fixés par le gouvernement lui-même.
Dans cet environnement difficile, l’Alberta se distingue nettement. Ses responsables électoraux reconnaissent les avantages du secteur de l’extraction d’actifs numériques, notamment en termes de création d’emplois technologiques avancés (particulièrement dans les zones rurales et éloignées), ainsi que son fort potentiel pour la durabilité environnementale et des systèmes énergétiques résilients. Ils cherchent activement à attirer les investissements et encourager le développement économique. En juillet, la première ministre Danielle Smith et le ministre Dale Nally ont participé à un salon commercial sur le minage de Bitcoin organisé par le Canadian Blockchain Alliance lors du Stampede. Le ministre Nate Glubish a quant à lui exposé les bénéfices du minage lors du « Bitcoin Rodeo ». Le ministre Dale Nally a également assisté au deuxième salon commercial annuel de l’Alliance au Texas.
En Ontario, le ministère de l’Énergie semble avoir abandonné son projet de 2022 visant à exclure les mineurs de cryptomonnaies du programme ICI. Ce programme vise à économiser l’électricité en incitant les participants à réduire leur demande durant cinq heures critiques de pointe, abaissant ainsi leurs coûts globaux d’ajustement.
Résilience des mineurs canadiens et exploration de nouveaux marchés
Les mauvaises politiques ne peuvent empêcher les entreprises canadiennes d’innover et de conquérir de nouveaux marchés.
Le cas le plus marquant est sans doute celui de Hut8, qui a conclu en novembre la plus grande fusion-acquisition de l’histoire du secteur, une fusion entièrement par actions avec US Bitcoin Corp. La nouvelle entreprise, New Hut, sera basée aux États-Unis et deviendra l’un des plus grands exploitants nord-américains de centres miniers autonomes et de calcul haute performance, avec une capacité totale d’environ 825 mégawatts.
D'autres entreprises minières axées sur les énergies propres, comme Hive et Bitfarms, ont étendu leurs activités hors du Canada. Bitfarms a obtenu une licence pour exploiter une installation minière de 100 mégawatts en Argentine et un contrat pouvant atteindre 150 mégawatts d'hydroélectricité au Paraguay, tandis que Hive a achevé à la fin de l'année l'acquisition d'un centre de données hydroélectrique en Suède.
Sur le plan du matériel, 2023 a vu naître plusieurs collaborations notables. Après des mois de planification, d'ingénierie, de mise en place de procédés industriels, de tests sur site et de collaboration mondiale, Hive a déployé en janvier le BuzzMiner, alimenté par les ASIC Blockscale d'Intel. Plus tard dans l'année, ePIC Blockchain, basée à Toronto, a annoncé un partenariat avec Chain Reaction pour produire la prochaine génération de systèmes miniers destinés à l'extraction de Bitcoin.
Les sociétés minières ont exploré en 2023 de nouveaux domaines de croissance de leurs revenus. DMG a élargi ses activités dans le domaine des inscriptions et des ordinaux, devenant un leader sur ce marché. Hut8 a signé un accord avec Interior Health, dans le sud de la Colombie-Britannique, pour lui fournir des services sécurisés de colocation, montrant ainsi son expansion au-delà du minage de Bitcoin. Par ailleurs, Iris Energy s'est lancée sur le marché de l'intelligence artificielle, illustrant son engagement à diversifier ses produits et à étendre sa stratégie de centres de calcul haute performance.
BlockLAB a introduit un système innovant : depuis le lancement d’un projet pilote en 2022, il utilise la chaleur excédentaire générée par le minage de Bitcoin pour chauffer des serres, offrant ainsi une solution écologique et peu coûteuse. De plus, des fabricants de conteneurs comme Upstream Data, CryptoTherm, Bit-Ram et Intelliflex continuent de dominer en Amérique du Nord grâce à leurs systèmes novateurs de refroidissement par air et par eau.

Figure 5 : Faits marquants du secteur canadien du minage de Bitcoin en 2023
En 2024, les mineurs de Bitcoin doivent relever des défis et saisir des opportunités
Bien que la reprise du prix du Bitcoin et des frais de transaction apporte un soulagement bienvenu aux mineurs, la halving imminente recentrera l’attention du secteur sur la rentabilité finale. Malgré l’incertitude quant à l’évolution du prix du Bitcoin, de la difficulté du réseau et des frais de transaction, la division par deux de la récompense par bloc est inéluctable, constituant un choc négatif majeur sur les revenus. Pour survivre, les entreprises devront réduire leurs coûts, accroître leur efficacité et protéger leurs marges.
Du côté des politiques publiques, hormis en Alberta, les perspectives d’amélioration ailleurs sont faibles. Malheureusement, le parti libéral fédéral ne voit pas dans l’industrie des actifs numériques une opportunité économique, mais plutôt un moyen d’attaquer son parti adverse. La remontée du prix du Bitcoin pourrait modifier certains calculs électoraux, mais selon les sondages, Justin Trudeau et les libéraux continueront d’attaquer Pierre Poilievre et le parti conservateur pour leur soutien au secteur des actifs numériques. Au niveau provincial, l’inertie bureaucratique rend improbable l’abrogation des interdictions en 2024. Il faudra encore beaucoup de temps et d’efforts pour convaincre les gouvernements provinciaux et les gestionnaires de réseau des avantages du secteur.
Néanmoins, nous pensons que la création d'institutions sérieuses, durables et coordonnées pour défendre le secteur au Canada est un investissement justifié. En dernière analyse, grâce à ses énergies abondantes, bon marché et durables, à sa main-d’œuvre hautement qualifiée, à son climat froid, à ses infrastructures industrielles sous-utilisées (notamment en zone rurale), et à son environnement politique relativement stable et sûr, le Canada est naturellement positionné pour devenir un leader dans l’extraction de cryptomonnaies et d’autres industries de calcul intensives en énergie.
Si les sondages indiquent un changement politique à venir, l’industrie du minage doit continuer à démontrer sa valeur. Les mineurs doivent créer davantage d’emplois, notamment pour les fabricants de matériel, les fournisseurs d’infrastructure et les ingénieurs logiciels. Ils doivent attirer des investissements vers les communautés locales, surtout dans les régions rurales ou éloignées où les opportunités sont limitées et les infrastructures industrielles sous-exploitées. En outre, en valorisant le gaz naturel fossile brûlé ou émis, en soutenant la stabilité du réseau électrique via des programmes de réponse à la demande, et en facilitant la construction de nouvelles installations de production d’énergies renouvelables, ils améliorent indéniablement l’efficacité et la durabilité des systèmes environnementaux et énergétiques. Peut-être plus important encore, ils exportent vers les marchés internationaux l’énergie canadienne autrement coincée, sans avoir besoin de lignes électriques ou de pipelines physiques, car la puissance de calcul est vendue via Internet.
La réussite du Canada dans l’extraction de cryptomonnaies en 2024 et au-delà dépendra de la capacité du secteur à accroître ses revenus en réduisant les coûts et en améliorant l’efficacité, ainsi que de sa persévérance à sensibiliser le public et les décideurs aux bénéfices légitimes d’un minage bien encadré.
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