
La planète entre dans une nouvelle guerre froide : quelques points de vue sur la situation du Web3 à Hong Kong
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La planète entre dans une nouvelle guerre froide : quelques points de vue sur la situation du Web3 à Hong Kong
Quelle est la logique décisionnelle derrière la nouvelle politique Web3 de Hong Kong ?
Rédaction : Meng Yan, cofondateur de Solv
Le festival Web3 à Hong Kong la semaine dernière a vivement attiré mon attention, même si je n’y étais pas présent. J’ai suivi de près les nouvelles idées et analyses qui y ont été exprimées. J’ai beaucoup appris, mais un point me laisse particulièrement insatisfait : lors des débats publics, personne n’a abordé la question la plus cruciale — quelle est la logique stratégique derrière la nouvelle politique Web3 de Hong Kong ?
Cette nouvelle politique à Hong Kong serait impensable sans le soutien, ou du moins l’aval explicite, de Pékin. Cela soulève donc toute une série de questions : pourquoi le gouvernement de Hong Kong a-t-il pris cette décision ? Pourquoi Pékin l’a-t-il tolérée ? L’attitude de Pékin résulte-t-elle d’une réflexion approfondie ou d’un simple calcul opportuniste ? À l’avenir, dans les rapports géopolitiques, économiques et technologiques internationaux, l’approche de Hong Kong et de Pékin vis-à-vis du Web3 s’intensifiera-t-elle, s’affaiblira-t-elle ou restera-t-elle instable ? Si nous ne parvenons pas à formuler une analyse claire sur ces points, le développement actuel du Web3 à Hong Kong ne pourra pas aboutir, et les progrès déjà accomplis risquent même d’être perdus. Bien sûr, ce sujet est délicat à creuser en profondeur, ce qui explique que la plupart des gens l’évitent — je le comprends parfaitement. Mais face à tant de discours optimistes et superficiels, déconnectés des réalités fondamentales, je suis convaincu que beaucoup parlent sans y croire vraiment.
J’ai donc soulevé cette question sur Twitter, où j’ai connu une situation inédite : si j’ai reçu de nombreuses réponses publiques, la majorité des échanges se sont produits via messages privés ou applications de messagerie. Plusieurs personnes m’ont même demandé : « Quelles opinions t’ont exprimées les autres en privé ? » Ces interactions renforcent mon sentiment qu’il est temps de ramener ce débat au grand jour. Je partage bien sûr certaines des réserves exprimées, mais je pense qu’il existe néanmoins de nombreuses perspectives constructives à partager.
Bien entendu, une discussion purement factuelle, focalisée sur les détails sans voir le tableau d’ensemble, serait vaine. Une analyse pertinente doit intégrer le contexte international actuel. Toutefois, un exposé exhaustif prendrait trop de temps et d’énergie. Je choisis donc une approche intermédiaire : présenter mes idées comme une longue publication Twitter, en listant les principaux arguments et leur logique sous-jacente, sans entrer dans une analyse poussée ni fournir de preuves, ni expliquer ou citer les termes utilisés. Trois raisons à cela : établir une trace écrite, susciter la réaction (« jeter une brique pour attirer un bijou »), et faciliter ultérieurement nos discussions stratégiques internes.
Tout d’abord, examinons le contexte historique.
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La situation mondiale globale entre désormais dans une phase de nouvelle guerre froide, qui durera probablement entre 10 et 30 ans, avec une durée moyenne estimée autour de 20 ans.
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Il s’agit d’une guerre froide de faible intensité, marquée par des zones grises. Les deux protagonistes, les États-Unis et la Chine, ont abandonné tout espoir de coopération étroite, mais redoutent les conséquences d’un affrontement direct. Ils cherchent donc à maîtriser l’intensité de la confrontation, adoptant une attitude hésitante, fluctuante et ambivalente, créant ainsi un large espace de compromis et de négociations indirectes.
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Le principal théâtre de cette nouvelle guerre froide est celui de l’innovation technologique et de l’économie réelle. La Chine cherche à exploiter son avantage industriel pour remonter vers l’innovation technologique et assurer l’autonomie complète de sa chaîne d’approvisionnement, de l’innovation à la fabrication. Les États-Unis, quant à eux, tentent d’utiliser leur supériorité technologique pour rapatrier certains segments clés de la production industrielle, revitaliser leur économie réelle et reconfigurer la chaîne d’approvisionnement mondiale.
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Chaque camp présente des points de vulnérabilité. Les États-Unis en ont deux principaux. Premièrement, un risque systémique lié à l’affaiblissement historique du dollar et de Wall Street. Pendant le processus de rapatriement de la chaîne logistique, les États-Unis feront face à une inflation prolongée, obligeant la Réserve fédérale à relever les taux pour la contrer. Ce relèvement attire massivement les dollars vers les États-Unis, provoquant une pénurie de liquidités en devises à l’étranger, affaiblissant ainsi le statut global du dollar et, par conséquent, l’influence de Wall Street. Ce processus pourrait toutefois renforcer l’économie réelle américaine, stimuler l’emploi et accroître l’influence du complexe militaro-industriel, mais comporte des risques de grande instabilité financière. Deuxièmement, le risque de substitution de l’emploi causé par la révolution technologique : une minorité très qualifiée progresse rapidement, tandis que la majorité de la population américaine reste largement distancée, creusant un fossé désespérant qui nourrira des contradictions sociales profondes. La Chine connaît trois risques. Premier : à l’heure où la délocalisation des chaînes d’approvisionnement et l’explosion de la bulle immobilière menacent son modèle de développement basé sur l’endettement, la nécessité de réduire son levier financier menace l’économie, l’emploi et le niveau de vie. Une tentative de résolution par la création monétaire pourrait entraîner une hyperinflation. Deuxième : l’isolement technologique imposé par l’étranger risque d’accentuer son retard dans l’innovation, conduisant à un déficit stratégique généralisé. Troisième : le risque de guerre.
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Dans une guerre froide marquée par l’hésitation mutuelle, une intensité limitée et des vulnérabilités partagées, les deux parties agiront prudemment, préservant de larges canaux de communication, des mécanismes de coordination, des marges de manœuvre et des espaces de compromis. Plus cet espace sera grand, plus il offrira d’opportunités aux économies périphériques, notamment celles situées aux frontières de la compétition.
Ensuite, quelques observations sur la révolution technologique actuelle.
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Les États-Unis sont en pleine révolution technologique. Les technologies clés incluent : l’intelligence artificielle forte, les véhicules autonomes, les robots, les nouvelles interfaces homme-machine (interfaces cerveau-ordinateur, etc.), l’informatique quantique, les nouvelles technologies spatiales, l’internet par satellite, l’ingénierie biologique et génétique, les énergies et matériaux nouveaux. La blockchain, en tant que technologie institutionnelle, jouera également un rôle important dans cette révolution, mais en raison de sa nature ouverte et de seuils d’adoption faibles, elle ne constitue pas un point central de la compétition.
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La transformation de cette révolution technologique en révolution industrielle décidera du résultat final de la compétition. La révolution technologique américaine en est encore à ses débuts. Il reste à voir si les percées simultanées dans plusieurs domaines pourront s’alimenter mutuellement pour déclencher une véritable révolution industrielle. Si celle-ci se produit aux États-Unis, la plupart des problèmes économiques et sociaux actuels seront balayés. La Chine, quant à elle, n’ayant pas encore mis en place un mécanisme d’innovation originale, est entrée prématurément dans cette course, ce qui la place en position de passivité.
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La Chine fera tout pour suivre cette révolution technologique. Elle n’a pas le choix : perdre la bataille technologique signifierait la perte de tous ses avantages acquis dans les chaînes de valeur, la forçant à une paix défavorable. Elle devra donc tout tenter pour ne pas être distancée. Les États-Unis en sont conscients et ont déjà imposé un blocus technologique à la Chine pour empêcher le transfert ou le rattrapage dans les domaines critiques. En réponse, la Chine mobilisera toutes ses ressources pour briser ce blocus, dépasser ses adversaires ou, à tout le moins, éviter un retard générationnel. Outre le renforcement interne de sa recherche, elle tentera aussi d’acquérir des technologies avancées via des contacts avec les États-Unis ou des tiers. Cette lutte entre blocus et contournement, combinée à l’ambiguïté propre à la guerre froide, créera de nombreuses opportunités technologiques et financières dans certaines régions chinoises et périphériques.
Venons-en maintenant à quelques considérations sur la monnaie et la finance.
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Le relèvement des taux par le dollar entraîne un reflux des liquidités et affaiblit effectivement sa position mondiale. L’appel des BRICS à la dédollarisation découle directement de la hausse des taux par la Réserve fédérale.
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Accélérer l’internationalisation du yuan à ce moment précis peut produire des effets disproportionnés. Toutefois, le modèle actuel basé sur les accords de swap monétaire ne générera pas, à court ou moyen terme, de recettes significatives de seigneuriage pour la Chine. En effet, la Chine accumule des excédents commerciaux vis-à-vis de la plupart des pays. Ainsi, si elle échange ses devises contre des yuans via des swaps, elle paiera en réalité plus de seigneuriage qu’elle n’en recevra, car elle est exportatrice nette. Certes, cela affaiblit le dollar, mais cela ne signifie pas que le yuan puisse le remplacer facilement.
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Un autre effet de l’accélération de l’internationalisation du yuan est la diminution des réserves en dollars de la Chine, augmentant la pression sur le dollar de Hong Kong. La baisse des réserves en dollars en Chine pourrait entraîner un prélèvement sur les réserves de Hong Kong via les mécanismes de swap entre le yuan et le dollar de Hong Kong, mettant ainsi sous tension substantielle le système de change fixe du HKD. Cette pression est particulièrement forte dans un contexte de relèvement continu des taux américains.
Après ces éléments de contexte, abordons enfin le sujet principal.
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La blockchain joue quatre rôles essentiels : premièrement, servir d’infrastructure aux monnaies numériques et aux actifs numériques ; deuxièmement, constituer la base du Web3, permettant une internet de propriété partagée ; troisièmement, fonctionner comme outil de contrôle humain sur l’intelligence artificielle pendant la coexistence pacifique entre humains et IA ; quatrièmement, servir d’infrastructure d’allocation des ressources (gouvernance, énergie, puissance de calcul, données) dans un réseau distribué massif composé d’humains, d’IA et de robots. Ainsi, la blockchain est une technologie clé de la prochaine révolution technologique, un terrain stratégique disputé.
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La compétition sur la blockchain ne porte pas principalement sur les équipements, technologies, procédés ou algorithmes, mais sur la capacité à créer de nouvelles structures et mécanismes grâce à cet outil. Il s’agit d’une concurrence d’innovation institutionnelle, non d’innovation matérielle.
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Les marchés d’actifs numériques peinent à se développer dans les grands pays, mais trouvent un terrain fertile aux frontières de la compétition entre grandes puissances. Le secteur des cryptomonnaies et actifs numériques, après plus de dix ans de développement, forme un marché gris libre, extrêmement innovant mais aussi marqué par la fraude, le chaos et l’anarchie. Dans une période de compétition géopolitique, les grandes puissances ne toléreront pas qu’un tel marché mine leur ordre financier intérieur, et opteront donc pour une régulation stricte en interne. Toutefois, à l’étranger, surtout dans les zones frontalières de la compétition, un espace économique virtuel gris, limité en taille et impact, peut favoriser des échanges, ajustements et compromis discrets entre les deux camps, chacun y trouvant son compte.
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Ainsi, les zones frontalières de la rivalité sino-américaine verront émerger des industries dynamiques de blockchain et d’économie numérique — d’où le double scénario persistant entre Singapour et Hong Kong. Leurs points communs : tous deux étant des juridictions à système juridique fort, ils refuseront de laisser se développer localement une industrie de la fraude, et réguleront donc strictement le Web3. L’ère des ICO anarchiques et des arnaques aux investisseurs est révolue. Toutefois, leurs approches divergeront quant à ce qui est permis.
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Le Web3 de Hong Kong est orienté vers les transactions. Dans la compétition sino-américaine, la Chine souhaite que Hong Kong serve de pont pour les échanges commerciaux, financiers, monétaires et technologiques avec l’extérieur, et les États-Unis acceptent, dans une certaine mesure, voire encouragent ce rôle. Par conséquent, le marché Web3 de Hong Kong sera davantage orienté transaction, tolérant mieux l’existence et le développement d’un marché gris numérique. Cela se traduira par une liberté accrue pour les services d’échange d’actifs numériques matures comme le Bitcoin, l’Ethereum ou l’USDT, ainsi qu’un traitement favorable pour la garde, la mise en gage et les opérations sur ces actifs. En revanche, les activités de financement comme les ICO resteront très surveillées, voire strictement encadrées.
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Le Web3 à Hong Kong en est encore à une phase expérimentale, avec possibilité de retournement. Hong Kong ayant récemment subi un affaiblissement sévère de son rôle de centre financier traditionnel, et son système de change liant le HKD au USD étant sous pression, il espère reconquérir une part dans les marchés financiers mondiaux via le Web3. Toutefois, le Web3 est trop nouveau, sans modèles éprouvés ailleurs, et les responsables concernés ne maîtrisent peut-être pas pleinement objectifs, stratégie, mesures et plans de gestion des risques. Ainsi, le développement du Web3 à Hong Kong reste probablement vu, tant à Pékin qu’à Hong Kong, comme une expérience pilote. Si, après un certain temps, il ne permet pas d’atteindre les objectifs escomptés, ou s’il entraîne des incidents financiers dus à une régulation défaillante, cela pourrait inverser la perception des décideurs et entraîner des changements politiques. C’est pourquoi les autorités locales ne relâcheront pas la supervision, veillant à tracer clairement les lignes rouges et à préserver les fondamentaux.
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La stratégie Web3 de Singapour est plus prudente. Contrairement à Hong Kong, Singapour, en tant que pays souverain au sein de l’ASEAN, n’a pas vu son rôle de centre logistique mondial affaibli — bien au contraire, il s’est renforcé avec la restructuration de la chaîne d’approvisionnement américaine. Son statut de centre financier régional s’est également consolidé ces dernières années. Fort de cette position de « gagnant », Singapour cherche à tirer parti de la rivalité sino-américaine pour devenir un double hub mondial, à la fois logistique et financier numérique, avec une orientation plus marquée vers l’économie réelle et une intégration plus forte avec la finance traditionnelle (TradFi), adoptant ainsi une démarche plus prudente.
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Singapour tolère moins le marché gris des finances numériques. Un corollaire de la mentalité du « gagnant » est la crainte de perdre. Après l’effondrement de Luna, 3AC et FTX l’année dernière, Singapour a pris conscience des risques élevés et destructeurs potentiels des institutions crypto mal régulées. Il cherchera donc activement à orienter le développement du Web3 vers des formes normalisées et constructives, avec une tolérance moindre pour les activités grises, se traduisant par des seuils d’entrée élevés et une surveillance rigoureuse.
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Il sera difficile pour les deux territoires de concevoir des projets Web3 mondiaux centrés sur le consommateur (2C), comme les réseaux sociaux ou les jeux. Ayant une population limitée, leur industrie Web3 repose sur leur statut de centres financiers internationaux, accentuant donc leur spécificité financière. Les projets Web3 axés sur l’acquisition massive d’utilisateurs, comme les jeux ou les réseaux sociaux, ne constituent pas leur avantage comparatif.
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Les deux territoires soutiendront activement le développement des RWA (actifs du monde réel tokenisés). Des institutions comme la BRI ou Citibank insistent récemment sur le potentiel de la tokenisation des actifs réels (RWA). Cette orientation sera donc hautement prioritaire à Hong Kong et Singapour. Hong Kong, situé à proximité de la Chine continentale, dispose d’un volume massif d’actifs RWA et peut jouer un rôle de pont financier. Singapour, positionné au cœur des chaînes d’approvisionnement mondiales, peut développer des solutions de finance commerciale basées sur des RWA transnationaux.
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