
Le fondateur de Zcash parle de confidentialité, d’intelligence artificielle et de la façon dont le ZEC pourrait devenir le « Bitcoin crypté »
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Le fondateur de Zcash parle de confidentialité, d’intelligence artificielle et de la façon dont le ZEC pourrait devenir le « Bitcoin crypté »
Le second acte des cryptomonnaies : d’un culte technologique vers la vision cypherpunk.
Rédaction : Bankless
Traduction : Baihua Blockchain

Plus de dix ans après la naissance des cryptomonnaies, nous nous trouvons à un carrefour délicat : d’un côté, l’irruption massive des capitaux de Wall Street et l’évolution accélérée des couches technologiques fondamentales ; de l’autre, l’idéal cypherpunk originel, mis à mal par des expériences utilisateur complexes et des pressions réglementaires croissantes.
Dans cet entretien, Zuko, fondateur de Zcash et pionnier de la confidentialité cryptographique, partage ses réflexions profondes sur l’état actuel du secteur. Il interroge non seulement la question de savoir si le mouvement cryptographique ne répète pas les erreurs de Linux, mais explore également comment, à l’ère de la prolifération de la puissance de calcul IA, la confidentialité cesse d’être une « fonction technique » pour devenir une « option de survie ».
En décortiquant la logique UX de Moxie et en analysant les expériences de gouvernance menées autour de Zcash, Zuko esquisse une vision future qui dépasse la simple spéculation financière pour revenir à la souveraineté numérique. Ce dialogue n’est pas uniquement technique : il s’agit aussi d’une réflexion métaphysique sur la manière dont la civilisation humaine peut préserver sa liberté de choix dans un environnement de surveillance accrue.
I. Réflexion sur l’état actuel du mouvement cryptographique : Répétons-nous les erreurs de Linux ?
Animateur : Zuko, ravi de vous accueillir à nouveau sur Bankless. Vous êtes actif dans le secteur cryptographique depuis plus de dix ans, et vous construisez Zcash depuis treize ans déjà. En regardant en arrière depuis 2026, pensez-vous que notre mouvement cryptographique a atteint ses objectifs initiaux ? Peut-on parler de succès ?
Zuko : Honnêtement, c’est une question orientée — vous ne vous attendez probablement pas à une réponse positive. L’entendre me laisse plutôt démoralisé et pessimiste. Cela me rappelle l’histoire de Linux. À l’origine, Linux était un mouvement ambitieux visant à rendre le pouvoir accessible au grand public et à abaisser les barrières technologiques. Or, aujourd’hui, il est devenu, dans une large mesure, un logiciel sous-jacent utilisé par Google pour faire fonctionner ses serveurs.
Animateur : On dirait que l’idéalisme du mouvement Linux s’est estompé.
Zuko : Parce qu’il n’a pas véritablement aidé l’utilisateur moyen, ni atteint une échelle suffisante pour doter la masse de pouvoirs réels. Certes, les ingénieurs logiciels continuent de l’adopter avec enthousiasme, mais pour les non-spécialistes, Linux n’améliore pas concrètement leur vie numérique. Si nous laissons cette tendance se poursuivre, dans quinze ans, les cryptomonnaies pourraient connaître le même sort : quelques grandes institutions financières utiliseraient la blockchain pour réduire leurs coûts, tandis que 99,9 % de la population n’en tirerait aucun bénéfice réel ni aucune autonomie. Ce serait un résultat désastreux.
Animateur : Quels progrès tangibles considérez-vous avoir accomplis au cours de la dernière décennie ?
Zuko : Je suis un technicien dans l’âme. Ce qui me remplit de satisfaction, c’est que les cryptomonnaies ont permis de financer un grand nombre de percées majeures en cryptographie. Par exemple, les preuves à divulgation nulle de connaissance (ZKP), initiées par Zcash, ont été largement adoptées et développées plus avant dans l’écosystème Ethereum. Sans le financement et les structures organisationnelles fournies par le secteur des cryptomonnaies, ni DARPA, ni les universités, ni les géants industriels n’auraient produit ces avancées au cours de la dernière décennie.
Animateur : Ainsi donc, selon vous, les progrès cryptographiques constituent la victoire la plus importante, bien plus que la taille actuelle du marché ?
Zuko : Exactement. Mais ce constat revêt une forme de « louange discrète ». C’est comme améliorer le noyau Linux sans pour autant améliorer le monde dans son ensemble.
Animateur : Certains rétorqueraient que les graphiques de prix et l’arrivée de Wall Street sont en soi des signes de victoire — par exemple, le bitcoin qui devient un « or numérique » hors contrôle étatique, ou encore les ETF et la tokenisation des actifs du monde réel (RWA) portées par Larry Fink.
Zuko : Je considère ces phénomènes comme des moyens d’améliorer Wall Street. S’ils améliorent effectivement la vie des gens ordinaires selon les critères qui me tiennent à cœur, tant mieux — mais pour l’instant, rien ne permet de le confirmer.
II. Le goulot d’étranglement de l’expérience utilisateur (UX) : Pourquoi la critique de Moxie reste-t-elle si percutante ?
Animateur : Quelles parties essentielles du domaine cryptographique pensez-vous que nous négligeons ?
Zuko : Sans conteste, l’aspect expérience utilisateur (UX) inscrit dans la vision cypherpunk. Je cite souvent les propos de Moxie Marlinspike, fondateur de Signal. Il a souligné que le rêve cypherpunk bute sur une faille logique fatale chez ses adeptes. Leur raisonnement suit deux étapes : premièrement, concevoir des outils qui leur conviennent personnellement ; deuxièmement, enseigner au reste du monde à devenir comme eux.
Animateur : Cette approche « élitiste » peine effectivement à toucher le grand public.
Zuko : Moxie affirme que cela ne réussira jamais. Il faut offrir aux gens des outils adaptés à leur situation actuelle, sans les contraindre à changer. Si votre base d’utilisateurs ne dépasse pas cent millions, vous perdez votre temps — vous n’avez tout simplement pas d’impact sur le monde. Le secteur cryptographique actuel reproduit exactement cette erreur : nous concevons des systèmes complexes destinés à protéger la liberté, la confidentialité et l’autonomie, puis nous espérons que l’utilisateur moyen apprenne à les utiliser.
Animateur : Le fardeau cognitif devient donc le principal obstacle.
Zuko : Tout à fait. Une bonne expérience utilisateur implique un fardeau cognitif quasi nul. Je me souviens que Brian Armstrong m’avait un jour confié sa stratégie face à la régulation : atteindre au moins cent millions d’utilisateurs. C’est exactement la même logique que celle de Moxie.
Animateur : À long terme, Ethereum tente de s’étendre au-delà des services financiers décentralisés (DeFi), vers des domaines comme l’identité décentralisée, le calcul distribué ou l’intelligence artificielle. Jusqu’où pensez-vous que cette vision cypherpunk peut aller ?
Zuko : J’espère qu’elle ira jusqu’au bout, car cela déterminera si nos enfants grandiront dans une société plus stable et plus civilisée. Le succès de Signal m’inspire beaucoup. Son principe est que l’interface utilisateur (UX) doit refléter fidèlement la réalité sous-jacente. Si vous discutez via un logiciel non chiffré, une interface honnête devrait afficher, dans la fenêtre de discussion, vos propres icônes, celles de vos amis, du PDG de l’entreprise concernée, ainsi que celle de l’administrateur système.
Animateur : Cela semble à la fois très intuitif… et terrifiant.
Zuko : Et si la CIA vous écoute, son icône devrait également apparaître. Signal ne fait que restaurer cette « honnêteté ». Les plateformes sociales actuelles — Twitter ou Telegram, par exemple — sont en réalité des « pièges à miel ». Si vous discutez dans un groupe Telegram avec cinq amis, comme le chiffrement de bout en bout n’est pas activé par défaut, le visage de Pavel Durov devrait apparaître dans la fenêtre de discussion. Les gens ont besoin de confidentialité, et elle est techniquement réalisable — la clé réside dans notre capacité à offrir une expérience interactive à la hauteur de celle des géants de la Silicon Valley.
III. Le paradoxe de la confidentialité à l’ère de l’IA : Quand les algorithmes lisent vos intentions financières
Animateur : Êtes-vous optimiste quant à l’avenir, notamment à l’heure où l’IA transforme tout ?
Zuko : Oui, je le suis. Bien que l’IA puisse simplifier l’installation et la configuration de Linux, rendant ainsi l’UX moins problématique, elle introduit aussi de nouveaux risques.
Animateur : Faites-vous allusion à la manipulation de l’information par l’IA ?
Zuko : Il y a quelques jours, un utilisateur a demandé à ChatGPT de corriger un tutoriel. Ce dernier expliquait comment utiliser des numéros de téléphone jetables pour protéger ses données personnelles. Outre la correction, ChatGPT a supprimé spontanément toutes les références aux numéros jetables et aux cryptomonnaies, arguant que ces outils « pourraient servir à des abus ou à des escroqueries ».
Animateur : Cela semble effectivement très dystopique.
Zuko : Voilà le cauchemar où l’IA ne vous donne pas ce que vous souhaitez. La plupart des IA actuelles suivent le modèle économique Web2 : elles reposent sur la publicité et le verrouillage des utilisateurs (lock-in). Lorsque l’IA s’intègre profondément à vos courriels, vos agendas et vos données financières, elle ne se contente plus de prédire vos comportements — elle oriente vos intentions mêmes.
Animateur : Que peuvent alors apporter les cryptomonnaies comme solution alternative ?
Zuko : Elles offrent un nouveau modèle de financement, encore expérimental certes, mais qui cherche à sortir de la logique extractive du Web2. Nous devons instaurer un cercle vertueux fondé sur « paiement à l’usage + concurrence ouverte + absence de captation ».
Animateur : La récente performance remarquable du cours du ZEC reflète-t-elle aussi un changement d’humeur du marché ?
Zuko : Oui. Un tel signal de prix à grande échelle est difficile à falsifier : il prouve que les gens se soucient bel et bien de la confidentialité. À mesure que les outils IA parviennent facilement à relier les adresses sur la chaîne, un registre autrefois transparent devient extrêmement dangereux. Les utilisateurs commencent à comprendre que la confidentialité n’est plus une « fonction optionnelle », mais une nécessité vitale.
IV. La métaphysique de la réserve de valeur : l’« option de confidentialité » et le mystère de la « valeur au repos »
Animateur : Beaucoup d’erreurs persistent quant à la protection de la confidentialité. Nombreux sont ceux qui assimilent la confidentialité à une simple « rupture de lien » lors d’un transfert — une idée similaire à celle des mixeurs (mixers).
Zuko : C’est précisément ce que je veux corriger. Beaucoup tentent de migrer depuis Ethereum vers une nouvelle adresse, pensant qu’un passage intermédiaire suffit à assurer leur sécurité. Or, à l’ère de l’IA, la « valeur en transit » est presque impossible à protéger réellement. L’IA peut aisément percer vos déguisements en reliant vos intentions et vos signaux aux deux extrémités de la transaction.
Animateur : Quelle devrait donc être la bonne approche ?
Zuko : La confidentialité ne peut être obtenue que via la « valeur au repos ». J’avance ici une hypothèse quelque peu métaphysique : si vous détenez de l’ETH dans l’intention de le transférer, votre intention est claire — et l’IA peut la lire. Mais si vous choisissez de convertir une partie de vos actifs en ZEC pour une détention à long terme, sans projet concret à venir, l’IA perd toute prise sur vous.
Animateur : Parce que le simple fait de détenir rompt la continuité de l’intention.
Zuko : Exactement. C’est ce que j’appelle l’« option de confidentialité ». Vous n’êtes pas obligé de détenir indéfiniment, mais vous devez détenir sans intention d’utilisation future. Comme votre compte chèque, vous ne le videz pas entièrement — vous maintenez un solde. Du point de vue de la théorie de l’information adversariale, garder dans un « pool de confidentialité » une somme couvrant un à deux mois de dépenses courantes est une pratique raisonnable.
Animateur : Votre exemple récent du portefeuille Zashi intégré aux « Intents » de Near illustre apparemment bien cette notion de « confidentialité statique ».
Zuko : Cet exemple m’a profondément marqué. Lorsque j’ai dû payer anonymement mon abonnement Proton Mail, je n’ai pas eu besoin de demander à l’interlocuteur d’accepter le Zcash. J’ai simplement scanné un code QR depuis mon portefeuille Zashi, puis effectué le paiement via les « Intents » de Near. Pour l’observateur extérieur, il ne s’agit que d’un transfert ordinaire, tandis que l’origine de mes fonds et mes informations personnelles restent confinées dans le pool de confidentialité. Voilà la puissance d’une approche centrée sur l’UX.
V. L’expérience de gouvernance de Zcash : fonds de développement, mécanisme Cross-link et débat autour de l’« Encrypted Bitcoin »
Animateur : Parlons maintenant de la gouvernance de Zcash. Zcash possède un célèbre « fonds de développement (Dev Fund) », considéré comme une hérésie par la communauté Bitcoin.
Zuko : Zcash reprend le plafond d’émission de 21 millions de bitcoins et le mécanisme de réduction de moitié, mais s’en distingue en attribuant 20 % de chaque nouvel émission au fonds de développement. Avec la hausse du cours du ZEC, le montant de ce fonds a considérablement augmenté, fournissant ainsi un carburant abondant au développement continu du protocole — évitant ainsi le « spiral de la mort » qui frappe tant de projets en période de marché baissier.
Animateur : Ce mécanisme a toutefois suscité de vives controverses, notamment en matière de répartition du pouvoir.
Zuko : En effet. Chaque quatre ans, le « contrat social » de Zcash fait l’objet d’un débat majeur. Nous avons connu une évolution allant du financement initial de l’équipe fondatrice, au soutien d’organisations à but non lucratif, puis à la gestion actuelle par un comité et des votes basés sur les tokens. En tant qu’expérience, je me réjouis de voir Zcash explorer différentes voies.
Animateur : Récemment, le mot-clé « Encrypted Bitcoin » a suscité beaucoup de discussions. Que pensez-vous de ce « meme » ?
Zuko : J’adore ce « meme ». Moins il y a de mots, plus la force est grande.
Animateur : Certains craignent toutefois que le mécanisme Cross-link (ajout d’un staking au-dessus du minage) que vous développez ne compromette l’image purement PoW du bitcoin.
Zuko : J’essaie d’y répondre avec une forme de « jiu-jitsu ». Le Cross-link ne vise pas à transformer Zcash en un protocole PoS, mais à renforcer la durabilité et la crédibilité du plafond de 21 millions. En effet, à long terme, la pérennité de ce plafond reste opaque pour Bitcoin, car lorsque la récompense par bloc tendra vers zéro, on ignore encore si les frais de transaction suffiront à garantir la sécurité du réseau.
Animateur : Zcash, lui, cherche à résoudre simultanément les deux problèmes — confidentialité et sécurité à long terme — directement au niveau du protocole.
Zuko : Exactement. Ethereum, en raison de sa conception fondamentale, peine à intégrer une couche de confidentialité sans exposer d’informations — comme coller du ruban adhésif sous la coque d’un bateau qui fuit. Zcash, quant à lui, a été créé pour faire de la confidentialité une caractéristique native de la blockchain.
Animateur : Zuko, merci infiniment pour cet échange. Votre attachement aux valeurs cypherpunk est admirable.
Zuko : Merci. En guise de conclusion, je lance un appel à tous les auditeurs : convertissez une somme équivalente à celle de votre compte chèque en ZEC, puis stockez-la dans votre portefeuille privé. Vous ne vous protégez pas seulement vous-même — vous contribuez activement à la construction d’un avenir meilleur. Ensemble, « Zodlons » (expression familière de la communauté Zcash pour désigner la détention de ZEC).
Animateur : Allez-y, « Zodlez » ! Bien entendu, il ne s’agit pas là de conseils financiers : les marchés cryptographiques comportent des risques importants — agissez avec prudence.
À travers cet entretien approfondi avec Zuko, il devient clair que la véritable valeur des cryptomonnaies ne réside pas dans leur capacité à réduire les coûts de règlement pour Wall Street, mais dans leur aptitude à construire, pour chaque individu, un rempart infranchissable dans l’ère numérique. À l’heure où les algorithmes d’IA, de plus en plus sophistiqués, peuvent aisément « lire dans nos pensées » et relier nos intentions financières, la confidentialité cesse d’être une obsession de quelques geeks pour devenir un outil fondamental de protection du libre arbitre.
La logique de « confidentialité statique » incarnée par Zcash remet en cause la conception traditionnelle qui réduit la confidentialité à une simple étape intermédiaire lors d’un transfert, la hissant au rang d’« option de confidentialité ». Bien qu’il subsiste encore de nombreux défis en matière d’expérience utilisateur et de gouvernance, Zuko le souligne avec force : la vision cypherpunk ne sera pleinement concrétisée que lorsque les outils de confidentialité auront un fardeau cognitif nul et seront capables de servir des centaines de millions d’utilisateurs ordinaires.
Sur cette nouvelle frontière construite par le code, « Zodler » n’est pas seulement une façon de stocker de la richesse — c’est un vote silencieux pour la souveraineté numérique.
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