
De la « technologie noire » à la « production en série », l'évolution de la production virtuelle d'iQIYI
TechFlow SélectionTechFlow Sélection

De la « technologie noire » à la « production en série », l'évolution de la production virtuelle d'iQIYI
La technologie finira par retrouver sa nature d'outil.
Auteur : Zheng Xuan

La production virtuelle, un concept technologique populaire en Chine depuis plusieurs années, entre désormais dans une nouvelle phase de développement industriel.
Depuis que la série *The Mandalorian* de Disney a suscité l'attention du secteur en 2020, les grandes plateformes chinoises de vidéo longue durée comme iQiyi, Youku, Tencent Video et Mango TV ont intensifié leurs investissements dans les technologies de production virtuelle. Des films tels que *The Wandering Earth 2* et *Sky Guardian*, ainsi que des séries populaires comme *Dà Mèng Guīlí*, *Fox Spirit Matchmaker* ou encore *The Code of Riverside*, ont déjà intégré certaines scènes tournées en studio de captation virtuelle.
Lors du récent iQiyi World Conference, Zhu Liang, vice-président d’iQiyi et responsable du département de production intelligente, a indiqué que la production virtuelle était entrée dans une phase de « production massive » : le nombre de projets a augmenté de 50 %, le studio phare de 2400 m² à Hengdian fonctionne désormais en mode opérationnel régulier, et même des séries de science-fiction ou à thème réaliste commencent à adopter cette technologie. En dehors d’iQiyi, Tencent Video a également annoncé cette année son entrée dans le domaine de la production virtuelle, afin de concrétiser davantage cette approche dans la fabrication de séries.
Une technologie qui, il y a encore un an, était jugée par certains comme une « fausse nécessité », pourquoi connaît-elle soudainement un tel succès ? S’agit-il d’une percée technologique, ou simplement d’un fort investissement impulsé par les plateformes ? Quel est l’avenir final de la production virtuelle ? Lors du iQiyi World Conference, j’ai échangé avec l’équipe d’iQiyi ainsi qu’avec plusieurs professionnels du cinéma et de la télévision, obtenant ainsi quelques éléments de réponse.
01 Une technologie sans effet spectaculaire, mais adaptée aux besoins des équipes
Commençons par une brève explication sur ce qu’est la production virtuelle (Virtual Production). Son principe fondamental consiste à combiner un studio équipé d’écrans LED avec un moteur graphique comme Unreal Engine, générant directement lors du tournage des décors numériques dynamiques, remplaçant ainsi le traditionnel fond vert et la post-production compositing. Cela permet une visualisation en temps réel et des effets visuels plus réalistes.
En termes simples, cela revient à remplacer les décors physiques par des environnements numériques, où les acteurs tournent dans un studio spécial doté d’écrans LED. Un instant, les acteurs semblent se trouver dans une plaine enneigée hivernale, puis, en un clin d’œil, ils sont transportés dans un désert brûlant sous un soleil de plomb.
Cette technologie simplifie considérablement la construction des décors et le travail post-production pour les films et séries, particulièrement adaptée aux genres fantastiques ou de science-fiction — que ce soit le monde mythologique des *Classiques des montagnes et des mers* dans *Dà Mèng Guīlí*, ou les voyages interstellaires et la planète Mandalore ravagée par une explosion nucléaire dans *The Mandalorian*. Les méthodes traditionnelles, qu’il s’agisse de construire de grands décors ou de tout réaliser en post-production, rencontrent ici d’énormes difficultés.
Bien que la production virtuelle soit très populaire en Chine, les équipes rencontrent souvent des obstacles pratiques : la technologie semble impressionnante, mais elle n’est pas toujours utilisable sur un plateau. Par exemple, les ingénieurs peuvent être fiers de leur « rendu en temps réel ultra-performant », mais les réalisateurs ne s’intéressent qu’à savoir si « les acteurs peuvent vraiment s’immerger dans l’ambiance devant les écrans LED ». De même, alors que les systèmes regorgent de paramètres techniques complexes, les assistants-régisseurs doivent encore apprendre pendant des heures comment importer correctement les médias.
La solution d’iQiyi est pragmatique : faire en sorte que des professionnels du cinéma et de la télévision pilotent la technologie, en développant un ensemble complet de systèmes répondant réellement aux besoins créatifs des équipes. Ces innovations logicielles et matérielles, bien qu’elles ne soient ni les plus spectaculaires ni les plus coûteuses, résolvent efficacement les véritables douleurs rencontrées par les équipes créatives.
1. Développement interne du système IQ Stage : plutôt que de chercher à équiper les studios des plus grands écrans LED possibles, l’accent est mis sur les aspects essentiels pour les réalisateurs, notamment la « prévisualisation en temps réel » et la « correspondance lumière/réalité », permettant une fusion fluide entre décors réels et virtuels. Cette avancée permet même de résoudre le problème des plans larges en plongée, une difficulté que Hollywood évite autant que possible, levant ainsi des contraintes créatives.
2. Installation, dans le studio, d’une première en Chine : une plateforme tournante motorisée destinée aux décors artistiques. Un problème identifié durant le tournage de *Clouds and Feathers* — à savoir la complexité de tourner des plans alternés face à face devant les écrans LED et de changer rapidement de décor — a été entièrement résolu lors du tournage de *Dà Mèng Guīlí*.
3. QClip, outil de collaboration en cloud : le temps de transfert des rushs passe de « jours » à « minutes ». Fini les producteurs courant partout avec des disques durs ! Les créateurs principaux peuvent désormais visionner instantanément les rushs à distance. Grâce à la caractéristique « ce que vous voyez est ce que vous obtenez » de la production virtuelle, cela réduit le gaspillage de prises inutilisables et augmente significativement le taux d’intégration des séquences virtuelles au montage final.
Chacune de ces innovations, loin d’être une percée radicale comparable au développement d’un « grand modèle d’IA » ou d’un « nouveau moteur de jeu », répond concrètement aux véritables problèmes rencontrés par les équipes créatives. Elles transforment progressivement ce système de production virtuelle d’un simple concept en un outil non seulement utilisable, mais véritablement pratique. C’est cette approche qui a posé les bases du décollage massif de la production virtuelle chez iQiyi cette année.
02 Le secret de la production massive : la synergie écologique
En 2023, iQiyi a lancé en Chine la première série produite entièrement en production virtuelle, *Clouds and Feathers*. Un an plus tard, la suite *Dà Mèng Guīlí*, réalisée par la même équipe, a utilisé la production virtuelle pour sept de ses principaux décors, battant tous les records du secteur tant en volume qu’en nombre de scènes, avec un taux d’intégration atteignant 16 %. En 2025, iQiyi pousse encore plus loin cette technologie, en passant à une phase de déploiement massif. Lors du World Conference, iQiyi a dévoilé des extraits de tournage virtuel de nouvelles séries comme *Tales of Tang Dynasty: Chang’an*, *The Journey of Yunxiang: A Toast to Glory*, *Fox Spirit Matchmaker: Wangquan Chapter*, *A Dream of Spring*, et *Jin and Chang’an*.
Aujourd’hui, alors que la plupart des plateformes ne peuvent encore produire qu’un ou deux prototypes de production virtuelle, iQiyi parvient à ce niveau non seulement grâce à une solution mieux adaptée aux besoins concrets des créateurs, mais aussi grâce à une coordination technologique de niveau plateforme.
Lors du World Conference, iQiyi a présenté son nouvel outil créatif basé sur l’IA, « Script Workshop ». Lors d’une rencontre avec la presse, Liu Wenfeng, président du groupe Infrastructure Fondamentale et Distribution Intelligente d’iQiyi, a expliqué que l’augmentation de 50 % des projets utilisant la production virtuelle cette année était en grande partie due à cet outil.

Zhu Liang, vice-président d’iQiyi et responsable du département de production intelligente, précise que lorsqu’un scénario est téléchargé dans Script Workshop, celui-ci peut être analysé multidimensionnellement pour identifier précisément le nombre total de scènes et de séquences.

Grâce à ce « Script Workshop », iQiyi peut identifier les scénarios susceptibles de bénéficier de la production virtuelle, et dès l’étape de l’écriture, utiliser l’IA pour évaluer quels décors sont les plus adaptés au tournage virtuel, et quel pourcentage de tournage virtuel serait optimal. Cela accroît considérablement l’efficacité de l’évaluation : là où un analyste expérimenté pouvait passer une semaine complète à étudier un seul scénario, l’outil permet désormais de multiplier par plusieurs fois la vitesse d’analyse, tout en améliorant la précision du tri des scènes et la capacité à concevoir des décors via « Image Workshop » pour guider les équipes créatives.
Par ailleurs, la production virtuelle ne se limite pas au tournage en studio ni au montage. Pour obtenir les meilleurs résultats, elle nécessite tout un écosystème technologique intelligent. Par exemple, le logiciel et le matériel dédiés QClip permettent d’enregistrer automatiquement et de téléverser les images filmées en direct. Les créateurs peuvent ainsi consulter en temps réel les images multi-caméras provenant du moniteur du réalisateur. Ces rushs sont ensuite uploadés vers le « système de gestion de production » d’iQiyi en quelques minutes, synchronisés en cloud avec les données des assistants-régisseurs et les métadonnées des fichiers bruts.
Grâce à QClip, les monteurs présents sur le tournage peuvent directement récupérer les fichiers secondaires depuis le serveur QClip, évaluer rapidement la qualité des rushs à partir des relectures multi-caméras instantanées, et retrouver facilement les plans pour vérifier la continuité. Les nombreuses scènes d’action exigeantes de *Dà Mèng Guīlí* ont pu être réalisées grâce à cette coordination fluide entre le chef cascadeur et le monteur.
Enfin, les vastes ressources numériques créées par la production virtuelle, au-delà de leur utilisation dans différents décors et pour le montage, peuvent également servir à développer davantage l’IP, ouvrant la voie à divers modèles économiques. Par exemple, les décors virtuels créés pour *Dà Mèng Guīlí* peuvent être directement réutilisés pour la série, des expériences VR, voire des parcs d’attractions thématiques. Les actifs numériques stockés dans des ordinateurs deviennent ainsi des ressources génératrices de valeur commerciale durable. Lors du World Conference, de nombreux visiteurs ont pu tester dans la zone extérieure l’« Observatoire » de la série avec Apple Vision Pro, une immersion renforcée par des décors haute précision et une interaction gestuelle fluide.
La production virtuelle n’est pas une « technologie ponctuelle », mais bien une « mise à niveau de l’industrie cinématographique ». Aujourd’hui, iQiyi n’est plus seulement une entreprise de contenu, mais ressemble davantage à un « fournisseur d’infrastructures » pour l’industrie audiovisuelle.
03 La vision d’avenir : libérer la création par la technologie
Maintenant que la production virtuelle entre dans sa phase de production massive, sa valeur finale devient de plus en plus claire.
La réutilisation transversale des actifs numériques commence déjà à se dessiner : les décors de fiction peuvent être reproduits dans des parcs à thème, transformés en expériences interactives VR, ou encore dérivés en skins de jeux vidéo… Ce modèle de « fabrication unique, usages multiples » permet non seulement de réduire les coûts de développement, mais aussi d’assurer une fidélité maximale aux éléments de l’IP.
Pour les créateurs, cette percée technologique signifie la disparition des limites physiques et la libération de l’imagination. Zhu Liang admet que certaines équipes créatives restent encore sceptiques face à ces nouvelles technologies, craignant les effets visuels ou l’adaptation des acteurs. Mais il affirme que la production virtuelle ne vise pas à remplacer le tournage traditionnel, mais à offrir une nouvelle dimension à la création.
Des franchises épiques comme *Game of Thrones*, *Star Wars* ou *The Wandering Earth*, autrefois réservées à de gros budgets car elles nécessitent des décors entièrement imaginaires, étaient inaccessibles aux petites productions. Avant, seul le CGI permettait de les réaliser, mais à un coût astronomique — des dizaines, voire des centaines de milliers de dollars la minute — ce qui rebutait les petites équipes et privait de nombreux excellents scénarios de science-fiction de toute adaptation.
Aujourd’hui, combinant IA et production virtuelle, des séries à petit budget peuvent atteindre une qualité cinématographique. Cela donne une chance supplémentaire de voir adapter à l’écran les innombrables œuvres littéraires de haute qualité issues de la floraison rapide de la littérature en ligne en Chine ces dernières décennies.
Il convient de noter que l’application de cette technologie dépasse désormais les genres spécifiques. Actuellement, la captation virtuelle est surtout utilisée pour remplacer les scènes difficiles à filmer en vrai, d’où sa forte adoption dans les séries fantastiques ou de science-fiction. Pourtant, son potentiel va bien au-delà, et peut devenir un outil puissant au service de la créativité de tout réalisateur soucieux de qualité, quelle que soit la nature du projet.
Selon des informations partagées, iQiyi utilise désormais la production virtuelle pour des contenus réalistes. Par exemple, dans une scène de « flashback » d’une série réaliste, il est possible de recréer un lieu ayant disparu depuis des décennies. Là où auparavant cela aurait exigé un coût élevé pour reconstruire physiquement le décor, la technologie de production virtuelle permet désormais d’obtenir un résultat de haute qualité à moindre coût.
04 Conclusion : redonner à la technologie son rôle d’outil
Lorsque la production virtuelle a commencé à émerger, certains se demandaient : « N’est-ce pas réservé aux tournages ultra-riches ? » Pourtant, la pratique d’iQiyi démontre que la technologie finit toujours par retrouver son essence d’outil : permettre aux créateurs de moins se soucier de « comment filmer », pour se concentrer davantage sur « quoi filmer ».
Le troisième épisode de la septième saison de *Black Mirror* fait récemment sensation : il imagine un futur où les films sont tournés sans caméra ni studio, les acteurs portant simplement un dispositif cerveau-machine qui les plonge dans un monde simulé par ordinateur. Cela ressemble fortement à la forme ultime de la production virtuelle.
Peut-être un jour, la production virtuelle remplacera-t-elle entièrement les systèmes actuels : plus besoin de studio physique ou de tournage sur site, juste un espace de quelques milliers de mètres carrés équipé d’écrans LED, accompagné d’une IA omnipotente et de logiciels numériques, suffiraient à produire toutes les séries et films.
Cependant, ce qui est intéressant, c’est que lorsque l’on pose la question à Zhu Liang, responsable de la production virtuelle chez iQiyi, il s’intéresse moins au pourcentage exact de tournage virtuel utilisé, ou à la date d’apparition du premier film ou série entièrement virtuel. Ce qui l’importe avant tout, c’est de savoir comment la technologie peut mieux soutenir l’imagination et l’expressivité, favoriser la réalisation créative avec plus d’efficacité et à moindre coût, et permettre aux réalisateurs de créer des œuvres encore plus captivantes — condition essentielle pour justifier un usage massif de la capture virtuelle.
Alors que d’autres hésitent encore à adopter la production virtuelle, iQiyi pense déjà à une question plus ambitieuse : comment utiliser cette technologie pour accélérer la naissance de la prochaine série à succès comme *The Knockout* ?
Bienvenue dans la communauté officielle TechFlow
Groupe Telegram :https://t.me/TechFlowDaily
Compte Twitter officiel :https://x.com/TechFlowPost
Compte Twitter anglais :https://x.com/BlockFlow_News











