
Transcription intégrale du discours et de la session de questions-réponses du secrétaire américain au Trésor Benest : Il faudra 2 à 3 ans pour qu'un accord commercial sino-américain soit conclu
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Transcription intégrale du discours et de la session de questions-réponses du secrétaire américain au Trésor Benest : Il faudra 2 à 3 ans pour qu'un accord commercial sino-américain soit conclu
En tant que membre potentiellement le seul du team de Trump à disposer d'une solide expertise économique, sa déclaration revêt une importance cruciale.
Rédaction : Peng You Quan, auteur invité de Tencent News
Depuis avril, la prétendue politique de « tarifs réciproques » de Trump a déclenché une tempête. Les marchés boursiers mondiaux, en particulier celui des États-Unis, ont fortement fluctué ce mois-ci en raison des volte-face incessantes de Trump. Les géants de Wall Street n'ont probablement jamais subi de pertes aussi massives en si peu de temps.
Le 23 avril, à Washington, le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, a prononcé un discours principal devant l'Institut international de finances. En tant que seul membre véritablement expert en économie au sein de l'équipe Trump, ses déclarations revêtent une importance cruciale.
Dans son intervention, il a affirmé qu'une grande entente entre les États-Unis et la Chine était possible : les États-Unis pourraient rétablir leur équilibre commercial en renforçant leur industrie manufacturière, tandis que la Chine devrait réduire sa dépendance aux exportations et s'orienter davantage vers la « circulation intérieure ». S'il constatait que la Chine s'engageait sérieusement dans cette voie, une coopération sino-américaine serait envisageable.
Voici l'intégralité du discours et de la session de questions-réponses :
Animateur :
Comme vous pouvez le constater, la salle est aujourd'hui pleine à craquer, l'ambiance est électrique. J'ai maintenant le grand honneur d'accueillir le secrétaire au Trésor des États-Unis, M. Scott Bessent (Scott Bessent), qui va nous livrer son discours principal.
Le 28 janvier 2025, M. Bessent a prêté serment en tant que 79e secrétaire au Trésor des États-Unis, assumant ainsi une série de responsabilités majeures — non seulement protéger la puissance économique nationale, stimuler la croissance et créer des emplois, mais aussi renforcer la sécurité nationale en luttant contre diverses menaces économiques et en préservant le système financier. Fort de plus de quarante ans d'expérience dans la gestion d'investissements internationaux, M. Bessent a travaillé ou échangé dans plus de soixante pays, entretenant des dialogues étroits avec des dirigeants politiques et des gouverneurs de banques centrales du monde entier. Spécialiste reconnu en monnaie et en titres à revenu fixe, il collabore régulièrement à plusieurs revues économiques et commerciales.
Monsieur le Secrétaire va maintenant prononcer son discours principal, suivi d’un échange avec Tim Adams (Tim Adams). Accueillons-le chaleureusement !
Bessent :
Merci pour cette présentation très chaleureuse. C’est un honneur d’être ici.
Vers la fin de la Seconde Guerre mondiale, les dirigeants occidentaux ont convoqué les meilleurs économistes de l’époque afin de leur confier une mission essentielle : concevoir un nouveau système financier mondial.
Dans un lieu paisible des monts du New Hampshire, ils ont jeté les bases du « Pax Americana ».
Les concepteurs du système de Bretton Woods savaient que le développement de l’économie mondiale devait reposer sur une coopération internationale coordonnée. C’est précisément pour favoriser une telle coopération qu’ils ont créé le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale.
Ces deux institutions jumelles sont nées après une profonde instabilité géopolitique et économique, avec pour objectif fondamental d’aligner les intérêts nationaux sur l’ordre international, afin d’apporter stabilité dans un monde instable.
En résumé, leur mission était — et reste — de restaurer et maintenir l’équilibre.
Cette mission demeure aujourd’hui encore au cœur de l’existence du système de Bretton Woods. Pourtant, lorsqu’on observe le système économique international actuel, on ne voit presque que des déséquilibres.
La bonne nouvelle, c’est que cela n’a pas à continuer ainsi. Ce matin, je souhaite esquisser une feuille de route pour rétablir l’équilibre du système financier mondial, et redonner force aux institutions internationales chargées initialement de veiller à sa pérennité.
J’ai passé la majeure partie de ma carrière à observer de l’extérieur le fonctionnement des cercles politiques en matière de finance. Aujourd’hui, depuis l’intérieur du système, je regarde vers l’extérieur. Je suis impatient de collaborer avec vous tous pour rétablir l’ordre dans le système international.
Pour y parvenir, nous devons d’abord ramener le FMI et la Banque mondiale à leurs missions originelles.
Le FMI et la Banque mondiale possèdent une valeur durable, mais un « glissement de mission » les a fait dévier de leur cap. Nous devons impulser des réformes clés afin que le système de Bretton Woods serve réellement ses parties prenantes — et non l'inverse.
Pour rétablir l’équilibre financier mondial, le FMI et la Banque mondiale doivent exercer un leadership clair et ferme. Ce matin, je vais expliquer comment elles peuvent assumer ce rôle afin de bâtir un système économique plus sûr, plus solide et plus prospère pour le monde entier.
Je tiens également à saisir cette occasion pour inviter nos homologues internationaux à œuvrer ensemble vers cet objectif.
Sur ce point, je veux être parfaitement clair : « L’Amérique d’abord » ne signifie pas « l’Amérique seule ». Bien au contraire, cela traduit notre volonté d’approfondir la coopération avec nos partenaires commerciaux, dans un esprit de respect mutuel.
« L’Amérique d’abord » n’est pas un retrait, mais bien la preuve que nous souhaitons assumer davantage de responsabilités et exercer un leadership accru au sein d’institutions internationales telles que le FMI ou la Banque mondiale. Grâce à ce renforcement du leadership, nous voulons rétablir l’équité du système économique international.
Déséquilibres mondiaux et commerce
Les déséquilibres que je viens d’évoquer sont particulièrement manifestes dans le domaine du commerce international. C’est précisément pourquoi les États-Unis ont décidé d’agir maintenant pour remodeler le paysage commercial mondial.
Pendant des décennies, les gouvernements américains successifs ont procédé sous une hypothèse erronée : celle selon laquelle nos partenaires commerciaux adopteraient spontanément des politiques favorables à l’équilibre économique mondial. La réalité, c’est que les États-Unis supportent depuis longtemps, dans un système commercial injuste, un déficit commercial massif et persistant.
Des choix politiques délibérés d'autres pays ont vidé la base industrielle américaine, fragilisé nos chaînes d'approvisionnement critiques, voire menacé notre sécurité nationale et économique. Le président Trump a pris des mesures fermes pour corriger ces déséquilibres et leurs effets négatifs sur le peuple américain.
Cet état de déséquilibre sévère et prolongé n’est tout simplement pas soutenable. Il ne l’est pas pour les États-Unis, ni, à long terme, pour les autres économies.
Je sais que le mot « durabilité » est aujourd’hui très à la mode. Mais je ne parle pas ici du changement climatique ou de l’empreinte carbone. Je parle de la durabilité économique et financière — cette stabilité concrète qui améliore réellement le niveau de vie des populations et assure le bon fonctionnement des marchés. Si les institutions financières internationales veulent accomplir leur mission, elles doivent faire de cette durabilité leur unique priorité.
Depuis l’annonce par le président Trump de ses mesures tarifaires, plus de cent pays ont pris contact avec nous, exprimant leur désir de participer au processus de rééquilibrage du commerce mondial. Ces pays réagissent positivement et ouvertement à la proposition du président d’établir un système international plus juste. Nous menons avec eux des discussions constructives, et espérons engager d’autres pays dans ce dialogue.
La Chine, en particulier, doit opérer un rééquilibrage. Selon les dernières données, l’économie chinoise s’éloigne de plus en plus d’un modèle fondé sur la consommation, pour se recentrer sur la production manufacturière. Si cette tendance se poursuit, le modèle chinois axé sur les exportations industrielles ne fera qu’aggraver les déséquilibres avec ses partenaires commerciaux.
Le modèle économique actuel de la Chine consiste, en substance, à « exporter » ses propres difficultés économiques. Cette approche n’est pas durable ; elle nuit autant à la Chine qu’elle représente un risque pour le monde entier.
La Chine doit changer. Elle le sait. Tout le monde le sait. Et nous sommes prêts à aider, parce que nous-mêmes avons besoin de nous rééquilibrer.
La Chine pourrait commencer par réduire sa capacité d’exportation, et orienter davantage ses efforts vers le consommateur intérieur et le marché de la demande intérieure. Ce virage contribuerait au rééquilibrage urgent dont le monde a besoin.
Bien entendu, le commerce n’est qu’une facette des déséquilibres économiques mondiaux. La dépendance prolongée de l’économie mondiale à la demande américaine a rendu tout le système de plus en plus déséquilibré.
Certains pays appliquent des politiques encourageant l’épargne excessive, au détriment de la croissance pilotée par le secteur privé ; d’autres maintiennent artificiellement les salaires bas, freinant ainsi la croissance. Ces pratiques aggravent la dépendance mondiale à la demande américaine, rendant l’économie mondiale plus fragile qu’elle ne devrait l’être.
En Europe, l’ancien président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, a clairement identifié plusieurs causes de la stagnation économique et proposé une série de solutions. Les pays européens doivent prendre ces recommandations au sérieux.
Actuellement, l’Europe a franchi un premier pas, tardif mais nécessaire, que je salue. Ces initiatives offriront de nouvelles sources de demande à l’économie mondiale, tout en signifiant que l’Europe assume davantage de responsabilités en matière de sécurité.
Je pense toujours que les relations économiques mondiales doivent aller de pair avec les partenariats de sécurité.
Entre partenaires sécuritaires, il est plus facile de construire un système économique compatible et mutuellement bénéfique. Si les États-Unis continuent d’assurer la sécurité et d’ouvrir leurs marchés, nos alliés doivent en retour s’engager plus fermement dans la défense collective. Les récents mouvements européens en matière de dépenses budgétaires et de défense illustrent justement que la politique du gouvernement Trump commence à porter ses fruits.
Leadership américain au FMI et à la Banque mondiale
Le gouvernement Trump et le Département du Trésor des États-Unis s’engagent à préserver et renforcer le leadership américain dans le système économique mondial. Cela se reflète particulièrement dans le domaine des institutions financières internationales.
Le FMI et la Banque mondiale jouent un rôle crucial dans le système international. Tant qu’elles remplissent fidèlement leur mission, le gouvernement Trump coopérera pleinement avec elles.
Toutefois, dans leur état actuel, ces deux institutions ne répondent pas aux attentes.
Les deux piliers du système de Bretton Woods doivent sortir de leur situation actuelle — dispersion des sujets, éparpillement des objectifs — et revenir à leurs missions fondamentales. Cette dilution des priorités affaiblit leur capacité à remplir leurs fonctions essentielles.
Sous l’administration Trump, nous utiliserons davantage encore l’influence et le leadership américains au sein de ces institutions pour les ramener à l’essentiel et leur permettre d’exercer pleinement leur rôle. Nous exigerons également que la direction et le personnel de ces institutions soient tenus responsables des résultats concrets obtenus.
Je vous invite sincèrement à nous rejoindre dans cet effort visant à recentrer le FMI et la Banque mondiale sur leurs missions fondatrices. Cela sert l’intérêt commun de tous.
Fonds monétaire international (FMI)
Tout d’abord, nous devons ramener le FMI à ce qu’il devrait vraiment être.
La mission fondamentale du FMI est de promouvoir la coopération monétaire internationale, encourager une croissance équilibrée du commerce international, stimuler le développement économique, et prévenir les politiques nuisibles comme la dépréciation concurrentielle des devises. Ces fonctions sont essentielles pour les États-Unis et l’économie mondiale.
Cependant, le FMI souffre aujourd’hui d’un grave « glissement de mission ». Cette institution, autrefois inébranlablement dédiée à la coopération monétaire et à la stabilité financière, consacre désormais trop de temps et de ressources au changement climatique, aux questions de genre ou sociales.
Ces thèmes ne relèvent pas de sa compétence, et cette dérive affaiblit son efficacité sur les grands sujets macroéconomiques.
Le FMI doit redevenir une institution qui dit « crûment la vérité », pas seulement à certains membres. Malheureusement, le FMI actuel choisit souvent de « regarder ailleurs ». Son rapport de 2024 sur les « balances extérieures » porte le titre « Les déséquilibres reculent », une affirmation d’optimisme aveugle qui trahit une institution plus attachée à maintenir le statu quo qu’à poser les bonnes questions.
Aux États-Unis, nous savons clairement que nous devons remettre de l’ordre dans nos finances publiques. Le gouvernement précédent a creusé le plus grand déficit budgétaire de toute l’histoire américaine en période de paix, et le gouvernement actuel travaille activement à inverser cette tendance.
Nous acceptons les critiques, mais nous ne pouvons tolérer que le FMI garde le silence face aux pays qui méritent le plus d’être critiqués — notamment ceux qui accumulent des excédents commerciaux durables.
Conformément à sa mission, le FMI doit nommer explicitement les pays qui adoptent depuis longtemps des politiques déformant l’économie mondiale, manipulant leur monnaie de manière opaque — comme la Chine.
Je souhaite également que le FMI alerte sur les comportements irresponsables de certains créanciers. Il devrait jouer un rôle plus actif en encourageant les créanciers bilatéraux officiels à intervenir tôt et de façon coordonnée avec les pays emprunteurs, afin de réduire la durée des crises de dette.
Le FMI doit recentrer sa fonction de prêt sur la résolution des problèmes de balance des paiements, en veillant à ce que ses crédits restent temporaires.
Lorsqu’ils sont bien ciblés et correctement mis en œuvre, les prêts du FMI constituent l’un des principaux leviers par lesquels il contribue à l’économie mondiale : ils interviennent lorsque les marchés dysfonctionnent, apportant un soutien en échange de réformes économiques destinées à corriger les déséquilibres et stimuler la croissance.
Ces réformes représentent l’une des contributions les plus importantes du FMI à la construction d’une économie mondiale forte, durable et équilibrée.
L’Argentine en est un exemple typique. Plus tôt ce mois-ci, j’ai visité l’Argentine pour manifester le soutien des États-Unis aux efforts du FMI en faveur du redressement budgétaire du pays. L’Argentine mérite le soutien du FMI, car elle a réalisé des progrès tangibles vers ses objectifs budgétaires.
Mais tous les pays ne doivent pas bénéficier du même traitement. Le FMI doit tenir responsable tout pays qui ne respecte pas ses engagements de réforme, et dire fermement « non » quand cela s’impose. Le FMI n’a aucune obligation de prêter à des pays refusant de réformer.
Le critère de succès du FMI ne doit pas être le montant total de ses prêts, mais la capacité des pays aidés à retrouver stabilité et croissance.
Banque mondiale
Comme le FMI, la Banque mondiale doit aussi redéfinir son rôle et revenir à ses racines.
Le groupe de la Banque mondiale a pour mission d’aider les pays en développement à accroître leur croissance économique, réduire la pauvreté, attirer les investissements privés, créer des emplois dans le secteur privé, et diminuer leur dépendance à l’aide extérieure. Elle fournit un financement à long terme, transparent et abordable, aligné sur les priorités de développement nationales.
À l’instar du FMI, la Banque mondiale apporte un large appui technique aux pays à faible revenu, les aidant à atteindre une viabilité de la dette, ce qui leur permet de mieux résister aux clauses de prêt abusives et opaques imposées par d’autres créanciers.
Ces fonctions essentielles complètent parfaitement les efforts du gouvernement Trump, aux États-Unis comme à l’échelle mondiale, pour bâtir un système économique plus sûr, plus fort et plus prospère.
Mais la réalité est que, sur certains plans, la Banque mondiale s’est aussi écartée de sa mission initiale.
Elle ne doit plus chercher à obtenir un « chèque en blanc » grâce à des campagnes de communication tapageuses remplies de termes à la mode, ni se contenter de promesses floues de réforme.
Dans son retour à la mission, la Banque mondiale doit utiliser ses ressources plus efficacement et créer une valeur tangible pour tous ses membres.
Un axe clé pour améliorer l’efficacité de ses ressources consiste à se concentrer sur l’accès à l’énergie.
De nombreux chefs d’entreprise soulignent que l’instabilité de l’approvisionnement électrique est l’un des principaux obstacles à l’investissement. L’initiative conjointe de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement, baptisée « Mission 300 », qui vise à fournir une électricité fiable à 300 millions de personnes supplémentaires en Afrique, est une démarche louable.
Mais la Banque mondiale doit aller plus loin : répondre aux priorités énergétiques réelles des pays, en se concentrant sur les technologies capables de soutenir réellement la croissance économique, plutôt que de poursuivre des indicateurs distordus liés au financement climatique.
Nous saluons l’annonce récente de la Banque mondiale levant l’interdiction de financer l’énergie nucléaire. Ce changement pourrait transformer radicalement la structure énergétique de plusieurs marchés émergents. Nous l’encourageons à aller plus loin, en garantissant aux pays un accès équitable à toutes les technologies capables de produire une électricité de base stable et abordable.
La Banque mondiale doit rester technologiquement neutre et donner la priorité à l’« accessibilité » dans ses investissements énergétiques.
Dans la plupart des cas, cela implique d’investir dans le gaz naturel ou d’autres projets énergétiques fossiles ; dans d’autres, cela inclut aussi les énergies renouvelables couplées à des systèmes de stockage ou de régulation.
L’histoire humaine nous enseigne une vérité simple : l’abondance d’énergie conduit à la prospérité économique.
Par conséquent, la Banque mondiale devrait promouvoir une approche énergétique « multi-pistes ». Cette stratégie améliorera non seulement l’efficacité de son financement, mais la ramènera aussi à sa mission fondamentale : stimuler la croissance économique et réduire la pauvreté.
Outre l’amélioration de l’accès à l’énergie, la Banque mondiale peut mieux utiliser ses ressources en appliquant strictement sa politique de « graduation ».
Cette politique vise à rediriger davantage de prêts vers les pays les plus pauvres, aux notations de crédit les plus basses — là où l’impact de la Banque mondiale sur la réduction de la pauvreté et la croissance est le plus fort.
Pourtant, en pratique, la Banque continue chaque année de prêter à des pays qui remplissent déjà les critères de « graduation ». Ces prêts injustifiés détournent des ressources des projets prioritaires, freinent le développement du capital privé, et sapent la motivation de ces pays à devenir autonomes, à s’émanciper de leur dépendance à la Banque mondiale, et à passer à une croissance tirée par le secteur privé.
À l’avenir, la Banque mondiale doit fixer des calendriers de sortie clairs pour les pays déjà éligibles à la « graduation ».
Considérer la Chine, deuxième économie mondiale, comme un « pays en développement », est absurde.
Oui, l’ascension de la Chine est impressionnante, même si elle s’est faite en partie au détriment des marchés occidentaux. Mais si la Chine souhaite jouer un rôle à la hauteur de sa puissance dans l’économie mondiale, elle doit aussi achever sa « graduation ».
Nous l’accueillerions favorablement.
En outre, la Banque mondiale devrait promouvoir une politique d’achat transparente fondée sur la « meilleure valeur », aidant ainsi les pays à sortir du modèle actuel où le seul critère est le « prix le plus bas ».
Les achats basés uniquement sur le prix le plus bas encouragent souvent des politiques industrielles subventionnées et déformantes ; ils peuvent étouffer les entreprises privées, favoriser la corruption et les ententes, et finalement alourdir les coûts globaux.
À l’inverse, une politique d’achat axée sur la « meilleure valeur » est supérieure tant en termes d’efficacité que de développement ; son application rigoureuse bénéficiera pleinement à la Banque mondiale et à ses actionnaires.
Sur ce sujet, je dois formuler une déclaration extrêmement ferme concernant les achats liés à l’aide à la reconstruction de l’Ukraine : toute entité ayant financé ou fourni des matériaux à la machine de guerre russe, quel qu’en soit le nom, sera exclue sans exception des appels de fonds pour la reconstruction de l’Ukraine.
Conclusion
Pour terminer, j’adresse une invitation sincère à nos alliés : joignez-vous à nous pour rééquilibrer le système financier international et ramener le FMI et la Banque mondiale à leurs missions originelles.
« L’Amérique d’abord » ne signifie pas notre retrait, mais bien notre engagement plus ferme dans le système économique international, y compris en jouant un rôle plus actif au sein du FMI et de la Banque mondiale.
Un système économique international plus durable servira mieux les intérêts communs des États-Unis et de tous les pays participants.
Nous espérons œuvrer sans relâche à vos côtés pour atteindre cet objectif commun.
Merci à tous !
Session de questions-réponses :
Tim Adams :
Monsieur le Secrétaire, merci pour ce discours remarquable, et merci à tous d’être présents. Votre phrase « L’Amérique d’abord ne veut pas dire l’Amérique seule » a été particulièrement forte, et a rassuré beaucoup de monde ici. Peut-on comprendre que, tant que ces institutions retrouvent leur mission première et se concentrent sur l’essentiel, les États-Unis resteront pleinement engagés ?
Bessent :
Tout à fait. Lors de mon audition de nomination, j’ai été très clair : les États-Unis doivent participer activement à ces institutions multilatérales — pas seulement participer, mais agir et obtenir des résultats. Pas seulement pour nous-mêmes, mais véritablement pour le monde entier.
Tim Adams :
Vous avez mentionné la reconstruction de l’ordre financier mondial. Il y a vingt ans, un haut responsable du Trésor disait déjà que le FMI « n’était pas assez armé pour traiter les déséquilibres mondiaux », mais chaque nouveau secrétaire au Trésor a eu ses priorités différentes. Qu’est-ce qui fera la différence avec vous ? Quelles sont vos idées et méthodes concrètes ?
Bessent :
La première chose, c’est de fixer des priorités claires. Nous devons redéfinir la direction et les indicateurs de performance de ces institutions, pour les ramener à leur mission initiale. Je viens du secteur privé, j’ai l’habitude de mesurer les résultats et les délais. Vous savez, on parle de ces problèmes depuis vingt ou trente ans ; certains pays pensent peut-être pouvoir attendre encore cent ans, mais nous, nous n’avons pas ce luxe.
Tim Adams :
Sur ce point, C est incontournable. Vous allez bientôt rencontrer vos homologues chinois. Comment pouvez-vous les convaincre que parler ne suffit plus, qu’il faut passer à l’action ?
Bessent :
Il n’y a plus besoin de longs discours. Ils savent très bien, mais il leur manque une impulsion externe et la volonté d’agir. Je suis allé au Japon pour la première fois en 1990, juste après l’éclatement de leur bulle économique ; en 2012, j’ai rencontré Abe avant son élection, et il a rapidement lancé l’« Abenomics ». Dix ans plus tard, l’économie japonaise s’est nettement redressée. Je crois que nos homologues chinois arriveront aussi à cette conclusion.
J’ai déjà dit qu’une grande entente sino-américaine est possible : les États-Unis renforcent leur industrie pour rééquilibrer le commerce, la Chine réduit sa dépendance aux exportations et s’oriente vers la « circulation intérieure ». Si la Chine s’engage sérieusement dans cette voie, nous pouvons coopérer. Bien sûr, comme vous l’avez dit, tout repose aussi sur notre propre discipline budgétaire. Actuellement, notre déficit représente 6 % du PIB — ce n’est pas viable à long terme.
Tim Adams :
Quelle est l’importance d’intégrer l’ajustement budgétaire dans le cadre du rééquilibrage mondial ? Pouvez-vous développer ?
Bessent :
C’est une pièce essentielle du puzzle. La plupart d’entre vous avez une formation économique solide, vous savez que le déficit commercial provient de trois facteurs clés : premièrement, la politique commerciale elle-même — tarifs, barrières non tarifaires, manipulation des changes, subventions aux travailleurs et aux facteurs de production ; deuxièmement, le déficit budgétaire — plus il est élevé, plus l’attrait pour les biens importés augmente, et plus les taux d’intérêt montent ; troisièmement, le taux de change du dollar. Les États-Unis restent fidèles à la politique du « dollar fort », dont la valeur est déterminée par le marché. Un « dollar fort », ce n’est pas un taux de change élevé, c’est un dollar soutenu par des politiques saines, qui attirent les capitaux et inspirent la confiance des marchés.
Notre problème n’est pas un manque de revenus, mais une dépense excessive. Je recommande au président Trump de ramener le déficit structurel à environ 3 % du PIB, en phase avec une inflation ou une croissance nominale de 2 %, et d’atteindre une croissance plus élevée grâce à de bonnes politiques.
Tim Adams :
Vous avez de nouveau évoqué la notion de « privilège du dollar », avancée dans les années 60 par Bob Rubin et Valéry Giscard d’Estaing. Certains y voient un fardeau plus qu’un privilège. Comment percevez-vous le statut du dollar en tant que monnaie de réserve mondiale ? Ce statut risque-t-il de s’effacer avec le temps ?
Bessent :
Je suis convaincu qu’encore de mon vivant, le dollar restera la première monnaie de réserve mondiale. Et franchement, je ne crois pas qu’un autre pays veuille vraiment le remplacer. L’euro a longtemps suscité des espoirs, mais sa récente appréciation rapide pèse sur les économies orientées vers l’exportation. Pour préserver la position du dollar, la clé est de reconstruire la confiance dans les institutions internationales.
Tim Adams :
Vous êtes récemment allé en Europe, et beaucoup sentent que l’Europe est en train de connaître un « renouveau ». Qu’en pensez-vous ? Est-ce une opportunité pour l’Europe de porter davantage la demande mondiale ?
Bessent :
C’est effectivement une excellente opportunité, malgré des défis substantiels. Permettez-moi de le dire : nous devons remercier le président Trump, car il a réussi à faire ce que plusieurs dirigeants européens n’avaient pu accomplir pendant vingt-six ans : convaincre l’Allemagne d’augmenter ses dépenses budgétaires pour relancer l’économie européenne. C’est à la fois un stimulus fiscal et une contribution accrue à la sécurité européenne. Comme je le dis souvent : la sécurité économique, c’est la sécurité nationale, et la sécurité nationale, c’est la sécurité économique. Si ce nouveau plan européen fonctionne, je le soutiendrai pleinement. J’ai récemment parlé en privé avec le ministre espagnol des Finances, qui est très confiant quant aux futurs investissements de l’UE dans la défense — un point que je partage totalement.
Tim Adams :
Monsieur le Secrétaire, vous pilotez actuellement plusieurs chantiers majeurs : le rééquilibrage sino-américain, l’opportunité européenne, et le rééquilibrage de la demande intérieure américaine (y compris le déficit budgétaire). Qu’attendez-vous concrètement du FMI ? Que devraient faire Mme Georgieva et son conseil d’administration ?
Bessent :
Une seule phrase : revenir à l’essentiel. Ces dernières années, le FMI s’est égaré, avec trop de sujets dispersés. Il faut « désherber », recentrer clairement sur les balances des paiements et la croissance équilibrée, et fixer des objectifs et indicateurs de résultats précis.
Tim Adams :
Parlons maintenant de l’énergie. Vous avez spécifiquement mentionné l’énergie nucléaire dans votre discours. Les États-Unis sont aujourd’hui le plus grand producteur de pétrole au monde, avec environ 13 millions de barils par jour. Où devrions-nous intensifier nos efforts ? Et comment la Banque mondiale peut-elle mieux soutenir les énergies fossiles, le nucléaire et d’autres formes d’énergie ?
Bessent :
Une énergie abondante est l’âme de la croissance économique. Nous devons aider chaque pays à trouver son propre rythme : d’abord « ramper », puis « courir », enfin « sprinter ». Le vrai développement durable commence par un approvisionnement électrique de base fiable. Certains rêvent encore qu’une énergie renouvelable suffirait à tout résoudre, mais la réalité, c’est que les pompes doivent tourner, le chauffage électrique fonctionner, les hôpitaux ne doivent jamais être coupés. Même un pays à revenu intermédiaire comme l’Afrique du Sud connaît des coupures fréquentes. Nous devons d’abord stabiliser l’électricité de base, puis envisager progressivement l’intégration des énergies renouvelables — et non l’inverse, ce qui paralyserait l’industrie.
Tim Adams :
Pour finir, parlons des intermédiaires financiers. Sans capital, le capitalisme n’est qu’un « isme » vide. Les marchés américains et les intermédiaires financiers sont cruciaux, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Quelle est votre vision de la régulation future ? Comment ce secteur devrait-il évoluer ?
Bessent :
Le crédit privé attire beaucoup d’attention ces temps-ci. Je le vois comme une diversification positive du système financier américain, mais il fonctionne actuellement en partie hors supervision, en partie parce que la réglementation post-crise de 2008 a trop compressé l’espace des institutions traditionnelles. Nous comptons
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