
Wang Yongli : Il ne faut pas assimiler le bitcoin, les monnaies stables et les monnaies numériques des banques centrales
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Wang Yongli : Il ne faut pas assimiler le bitcoin, les monnaies stables et les monnaies numériques des banques centrales
Wang Yongli estime que le bitcoin ne peut être qu'un actif, et non une véritable monnaie, et que les stablecoins ne peuvent être que des jetons adossés à une monnaie.
Par Wang Yongli
Dans la phase actuelle de monnaie fiduciaire, sans création monétaire par crédit, il ne peut exister de véritable monnaie fiduciaire. Imaginer un retour au système monétaire basé sur un étalon métallique ou chercher à réancrer la monnaie relève d'une méconnaissance ou d'un malentendu fondamental quant à l'essence et à la logique du développement monétaire : ce serait un recul, non un progrès, et cela ne pourrait réussir !
Récemment, plusieurs experts et chercheurs ont commencé à regrouper les cryptomonnaies décentralisées comme le bitcoin, les stablecoins indexés sur des monnaies souveraines (à taux fixe) — tels que l’USDT ou l’USDC liés au dollar américain — ainsi que les monnaies numériques des banques centrales (CBDC, comme le yuan numérique), sous le terme commun de « monnaie numérique » ou « cryptomonnaie ». Selon eux, ces différentes formes reposeraient toutes sur des technologies avancées de chiffrement et de registre distribué blockchain, permettant un fonctionnement efficace et globalisé sur Internet, chacune présentant simplement des caractéristiques propres.
En réalité, le bitcoin, les stablecoins et les CBDC sont fondamentalement différents. Les traiter comme équivalents et les désigner tous deux comme « monnaies numériques » ou « cryptomonnaies » risque fortement de créer des malentendus théoriques et pratiques. En particulier dans les recherches académiques et les analyses écrites, il est essentiel de bien les distinguer.
Qu’est-ce qu’une monnaie ?
Pour comprendre clairement les différences entre le bitcoin, les stablecoins et les CBDC, il faut d’abord définir précisément ce qu’est une « monnaie », en saisissant correctement son essence et sa logique de développement.
L’histoire humaine de plusieurs millénaires montre quatre grandes phases successives du développement monétaire : les monnaies naturelles en objets physiques (coquillages, etc.) ; les monnaies métalliques standardisées (or, argent, cuivre, etc.) ; les billets papier sous étalon métallique (titres représentatifs de la monnaie métallique) ; et enfin la monnaie fiduciaire pure, totalement détachée de toute matière concrète. Globalement, la monnaie suit une trajectoire progressive de désincarnation (détachement des objets matériels) vers une forme abstraite, immatérielle et numérique. Cependant, elle demeure toujours au service des échanges. Son attribut fondamental est d'être une unité de mesure de valeur, sa fonction principale un intermédiaire des échanges, et sa garantie essentielle repose sur la protection assurée par la plus haute autorité ou crédibilité (pouvoir divin, royal ou souverain), ce qui en fait dans une zone donnée un jeton de valeur hautement liquide (justificatif négociable de droit à une valeur). Pour devenir un tel jeton de valeur à liquidité maximale, la monnaie doit impérativement bénéficier de la protection de la plus haute autorité ou crédibilité au sein de son espace de circulation — une condition constante et indispensable depuis l’origine, et non pas seulement apparue à l’ère de la monnaie fiduciaire.
Il convient de souligner particulièrement ceci : coquillages, pièces frappées ou billets papier (espèces) ne sont que des supports ou formes d’expression de la monnaie, pas la monnaie elle-même. Ces supports peuvent être continuellement améliorés afin d’accroître l’efficacité opérationnelle, réduire les coûts et renforcer le contrôle des risques, soutenant ainsi mieux les échanges et le développement socio-économique. Toutefois, l’attribut fondamental de la monnaie — unité de mesure de valeur — et sa fonction principale — intermédiaire des échanges — n’ont ni changé ni pu changer.
La stabilité relative de la valeur monétaire constitue la condition minimale pour que la monnaie puisse jouer pleinement son rôle d’unité de mesure. Cela implique que la masse monétaire doive varier proportionnellement à la valeur totale des richesses échangeables disponibles, afin de maintenir une correspondance globale entre ces deux grandeurs. Sous cet angle, prendre un objet physique spécifique (coquillages, bronze, or, etc.) comme monnaie entraîne inévitablement une limitation due à la rareté naturelle de cette matière. La quantité pouvant être mise en circulation reste donc insuffisante face à la croissance potentielle illimitée de la valeur des richesses échangeables. Cette pénurie croissante finit par freiner gravement les échanges et le développement économique et social : c’est ce qu’on appelle le « sortilège de la pénurie monétaire matérielle ». C’est précisément pourquoi les matières ayant servi de monnaie ou d’étalon (comme l’or) doivent nécessairement quitter la scène monétaire pour retrouver leur statut originel de richesse échangeable. La monnaie, quant à elle, doit se libérer complètement de tout support matériel concret pour devenir une mesure de valeur et un instrument de transfert de valeur des richesses échangeables, tout en maintenant une offre suffisante fondée sur une correspondance globale avec la valeur totale des richesses. Ainsi, la monnaie évolue inéluctablement vers une forme immatérielle, numérique, comptabilisée (ce qu’on appelle souvent « cryptomonnaie » consiste en réalité à chiffrer les comptes ou adresses de portefeuille) et intelligente. On peut donc affirmer avec certitude que les espèces disparaîtront un jour, tout comme les coquillages ou les pièces anciennes : assimiler la monnaie aux espèces est une erreur !
Cette évolution conduit nécessairement à la monnaie fiduciaire, entièrement déliée de tout support matériel concret et développée selon la logique objective d’une correspondance globale entre masse monétaire et valeur totale des richesses. Pour maintenir cette correspondance, il devient crucial de surveiller étroitement la stabilité de la valeur monétaire et de réguler activement la masse monétaire, ce qui suppose désormais une protection accrue par la plus haute autorité ou crédibilité (nécessitant une double protection : celle de la monnaie et celle des richesses).
Aujourd’hui, la plus haute autorité ou crédibilité ne peut être que la souveraineté nationale (ou celle d’un ensemble d’États). Ainsi, la masse monétaire d’un pays doit correspondre globalement à la valeur totale des richesses échangeables présentes dans son territoire et protégées par son cadre juridique. C’est pourquoi la monnaie fiduciaire est aussi appelée « monnaie souveraine » ou « monnaie légale ».
Le « crédit » de la monnaie fiduciaire repose sur la richesse globale du pays, il s’agit donc d’un crédit national, et non plus du crédit propre à l’institution émettrice (comme la banque centrale). Dire encore aujourd’hui que « la monnaie est la dette ou le passif de la banque centrale » est inexact : cette affirmation n’était valable qu’à l’époque des billets papier sous étalon métallique. D’ailleurs, l’indépendance de la banque centrale a été fortement affaiblie depuis, et la politique monétaire, tout comme la politique budgétaire, est devenue l’un des deux grands outils de régulation macroéconomique de l’État, devant servir l’intérêt national supérieur. Le « crédit » de la monnaie fiduciaire n’est pas non plus celui du gouvernement lui-même (le gouvernement n’étant pas synonyme d’État), ni garanti par les recettes fiscales (qui ne peuvent soutenir que la dette publique).
Dans un monde où chaque État dispose d’une souveraineté indépendante, toute tentative de dénationalisation (privatisation) de la monnaie ou de création d’une monnaie supranationale (indexée structurellement sur plusieurs monnaies souveraines et accompagnée de réserves multinationales, coexistant avec celles-ci) est vouée à l’échec. L’euro n’est pas une monnaie supranationale, mais une « monnaie régionale souveraine » : après son lancement officiel, les monnaies nationales des États membres ont totalement disparu, sans coexistence. Même si une gouvernance mondiale unifiée voyait le jour à l’avenir, menant à une monnaie unique planétaire, celle-ci ne serait jamais une monnaie « supranationale mondiale », mais simplement une « monnaie souveraine mondiale ».
Une fois complètement libérée des contraintes matérielles, la manière de création, de gestion et de fonctionnement de la monnaie fiduciaire connaît une transformation fondamentale :
Premièrement, le crédit devient le canal principal de création monétaire. Le principe est le suivant : lorsqu’un agent économique a besoin de monnaie, il peut l’emprunter auprès d’une institution émettrice en garantissant cette demande par la valeur actuelle ou future de ses richesses échangeables. Il s’engage alors à rembourser le montant emprunté avec intérêts selon des modalités convenues. Une fois l’emprunteur approuvé et le contrat signé, l’institution procède à la création monétaire. Ce processus inclut les prêts bancaires, les découverts autorisés, l’escompte de lettres de change ou l’achat d’obligations. Contrairement à un don, ce prêt doit être remboursé intégralement avec intérêts, ce qui limite l’expansion monétaire arbitraire. Ainsi, tant qu’un agent possède de véritables richesses échangeables, la monnaie nécessaire peut être fournie dans la limite de leur valeur réalisable, brisant ainsi le « sortilège de la pénurie matérielle » et permettant une correspondance globale entre masse monétaire et valeur totale des richesses. En somme, sans création monétaire par crédit, il ne peut y avoir de véritable monnaie fiduciaire.
Deuxièmement, les pertes potentielles sur les crédits non remboursés doivent être identifiées rapidement et provisionnées. Les crédits sont accordés en fonction de la valeur future réalisable des richesses, mais cette valeur est fortement influencée par l’offre et la demande, donc cyclique et non figée. Si le principal ou les intérêts ne sont pas récupérés, cela signifie que la monnaie créée excédait la valeur réelle des richesses, entraînant une surcréation monétaire effective. Cette perte doit être compensée par des provisions prélevées sur les bénéfices de l’institution émettrice.
Troisièmement, les comptes bancaires et les virements remplacent progressivement les espèces et les paiements en espèces comme forme principale de la monnaie et des paiements. La monnaie créée par crédit peut être directement versée sur le compte courant de l’emprunteur, sans nécessiter d’espèces physiques. Une fois l’authenticité du compte vérifiée, les paiements peuvent être effectués directement par débit du compte expéditeur et crédit du compte du bénéficiaire. Cela réduit considérablement les coûts et volumes liés à l’impression, la distribution, la collecte et le stockage des espèces, tout en rendant les transactions traçables et facilitant la surveillance de leur légalité. Ainsi, le dépôt (le compte) devient la nouvelle forme d’expression de la monnaie, dont la masse totale se définit comme « monnaie en circulation + dépôts des agents économiques dans les banques ». Aujourd’hui, la mise en circulation d’espèces n’est plus le principal canal de création monétaire : les espèces ne sont fournies qu’en échange de dépôts lorsque les détenteurs en font la demande. Par ailleurs, les virements bancaires évoluent constamment grâce aux progrès technologiques, passant des supports papier et traitements manuels aux supports électroniques en ligne, puis aux systèmes intelligents de traitement numérique.
Quatrièmement, le système de gestion monétaire subit une profonde transformation. Par exemple, pour éviter qu’un seul établissement bancaire assure l’ensemble du crédit (ce qui supprimerait toute contrainte de liquidité interbancaire et favoriserait la surcréation monétaire, menaçant la sécurité du système), il convient de distinguer clairement banque centrale et banques commerciales. La banque centrale ne traite pas directement avec les entreprises, ménages ou administrations publiques, mais supervise la gestion des espèces et contrôle la masse monétaire (surveillance de la stabilité des prix, ajustements anticycliques via la politique monétaire, rôle de prêteur en dernier ressort pour stabiliser la liquidité du marché, garantie de la stabilité du système financier). Les banques commerciales, elles, traitent directement avec les agents économiques. En cas de surendettement conduisant à une crise de liquidité grave voire à l’insolvabilité, elles doivent faire l’objet d’une faillite ordonnée ou être reprises par la banque centrale. Il est essentiel d’avoir plusieurs banques commerciales en concurrence, soumises à des contraintes de liquidité interbancaire, et non une seule.
Lorsque le crédit est principalement octroyé par les banques commerciales ou d’autres institutions financières, la banque centrale cesse d’être le principal émetteur de monnaie. Ce sont les banques commerciales qui deviennent les véritables agents de création monétaire, tandis que la banque centrale devient le gestionnaire de la monnaie de base et du contrôle de la masse monétaire globale.
La monnaie fiduciaire a permis de rompre le « sortilège de la pénurie », mais en pratique, on observe de graves problèmes de surcréation monétaire, d’inflation galopante et de crises financières. Toutefois, ces difficultés ne proviennent pas de la nature même de la monnaie fiduciaire, mais plutôt d’une compréhension insuffisante (restant largement ancrée dans le modèle du billet sous étalon métallique) et de graves erreurs de gestion. Imaginer aujourd’hui un retour à l’étalon métallique ou chercher à réancrer la monnaie relève d’une ignorance ou d’un malentendu sur l’essence et la logique du développement monétaire : c’est un recul, non un progrès, et cela ne peut réussir !
Par ailleurs, en théorie, une monnaie fiduciaire peut parfaitement maintenir une stabilité de valeur et une bonne crédibilité dès lors qu’elle respecte la correspondance globale entre masse monétaire et valeur des richesses. Elle n’a donc aucunement besoin d’un support en réserve (ni or, ni bitcoin, etc.). Même les États-Unis, qui possèdent plus de 8 100 tonnes d’or, ont abandonné l’étalon-or en 1971 sans modifier significativement leurs réserves, tandis que la masse monétaire en dollars n’a cessé d’augmenter, notamment depuis 2001, atteignant aujourd’hui plus de 9 000 milliards de dollars — largement détachée du soutien de l’or.
Le bitcoin ne peut être qu’un actif, pas une véritable monnaie
Techniquement, le bitcoin utilise des techniques avancées de chiffrement et de registre distribué blockchain. Mais sur le plan monétaire, il reproduit étroitement le principe de l’or (l’étalon-or étant historiquement le plus ancien, le plus répandu et le plus influent au monde) : la quantité naturelle d’or est limitée (bien que son volume exact soit encore inconnu), et à vue d’œil, son extraction devient de plus en plus difficile. Sans tenir compte des progrès technologiques, la production marginale diminue progressivement jusqu’à l’épuisement total. De même, le bitcoin génère environ un bloc toutes les dix minutes, avec 50 bitcoins alloués au premier bloc du premier quadrennal (attribués à celui qui calcule le premier la valeur unique du bloc), puis 25 au second quadrennal, et ainsi de suite, jusqu’à une fin programmée en 2140, pour un total de 21 millions de bitcoins. Ainsi, la quantité totale et l’apport marginal de bitcoins sont entièrement verrouillés par le système, sans possibilité d’ajustement humain. Le contrôle est encore plus rigoureux que pour l’or. Comme monnaie, il serait donc incapable de suivre la croissance illimitée de la valeur des richesses échangeables. Puisque l’or a déjà quitté la scène monétaire, un actif comme le bitcoin, qui l’imite si fidèlement, ne peut non plus devenir une véritable monnaie. Le prix du bitcoin doit être exprimé en monnaie souveraine, et il est très difficile d’utiliser le bitcoin comme unité de compte ou moyen de règlement pour les échanges. En juin 2021, le Salvador a adopté une loi reconnaissant le bitcoin comme monnaie légale sur son territoire, mais les résultats pratiques ont été loin des attentes, générant de nombreux nouveaux problèmes et suscitant une opposition croissante. Le 30 janvier 2025, la législation a dû être modifiée, retirant au bitcoin son statut de monnaie légale.
Le fait que le bitcoin ne soit pas une monnaie ne signifie pas qu’il n’a aucune valeur. Tout comme l’or, qui conserve une importance après avoir perdu son rôle monétaire, en tant que métal précieux faisant l’objet de marchés au comptant, à terme, de produits dérivés variés, et connaissant depuis longtemps une tendance générale à la hausse face aux monnaies légales, devenant ainsi un actif refuge important. Le bitcoin, en tant qu’actif numérique ou actif cryptographique entièrement nouveau créé grâce à la blockchain, peut également connaître des marchés au comptant, à terme, des produits dérivés sophistiqués, avec des transactions transfrontalières, numériques, continues 24 heures sur 24, et une potentialité de hausse face aux monnaies légales supérieure à celle de l’or. Cependant, en tant qu’actif numérique purement né de la chaîne, et la blockchain du bitcoin en tant que réseau hautement fermé (limité au minage, aux transferts peer-to-peer internes et à la validation distribuée, très séparé du monde réel, incapable de résoudre efficacement les problèmes concrets), bien que sécurisé, son efficacité opérationnelle est faible et ses coûts augmentent constamment. Il sert surtout à des activités grises visant à contourner la réglementation. Sans soutien de la souveraineté nationale, voire sous surveillance stricte, son champ d’application reste limité. S’il perd la confiance ou les investissements futurs, son prix peut chuter fortement, voire devenir nul. Sur le plan du risque d’investissement, le bitcoin dépasse largement l’or et n’est absolument pas un « or papier ». En raison de la volatilité extrême et de l’incertitude à long terme du prix du bitcoin, l’utiliser comme réserve monétaire est extrêmement dangereux !
Le réseau blockchain du bitcoin, hautement fermé et décentralisé (transfrontalier), pourrait-il servir de plateforme centrale pour les virements transfrontaliers des monnaies souveraines (remplaçant SWIFT) ? C’est une question qui mérite d’être examinée attentivement.
Depuis son lancement officiel début 2009, le réseau bitcoin fonctionne en continu depuis plus de 15 ans, restant sécurisé. Comparé aux systèmes monétaires nationaux, il présente des avantages uniques : transfrontalier, numérique, disponible 24h/24. À première vue, il semble pouvoir devenir une plateforme centrale pour les virements transfrontaliers. Mais cela suppose que les systèmes monétaires nationaux soient connectés au réseau bitcoin, et qu’on résolve les problèmes de conversion entre bitcoin et monnaie souveraine aux points d’envoi et de réception (actuellement, cela nécessite des plateformes commerciales indépendantes, souvent avec des stablecoins indexés sur les monnaies souveraines comme intermédiaires), ainsi que ceux du risque de change. Il faudrait aussi intégrer dans les transferts bitcoin des messages normalisés mondiaux similaires à ceux de SWIFT, pour que les règlements correspondent aux transactions sous-jacentes. Enfin, la vitesse des transferts bitcoin devrait être fortement améliorée (actuellement limitée à quelques dizaines de transactions par seconde, ce qui est insuffisant). De ce point de vue, de nombreuses résistances internes et externes rendent difficile l’adoption du bitcoin comme plateforme centrale de virement transfrontalier.
Même si le réseau bitcoin pouvait devenir une telle plateforme centrale, il ne deviendrait pas pour autant une véritable monnaie, restant un simple intermédiaire similaire à SWIFT. Strictement parlant, le bitcoin et autres actifs similaires devraient être appelés « actifs numériques » ou « actifs cryptographiques ».
Les stablecoins ne sont que des titres représentatifs de la monnaie de référence
Des stablecoins numériques comme l’USDT ou l’USDC sont en réalité des titres représentatifs de leur monnaie de référence. Ils sont nés comme intermédiaires dans un contexte où les actifs cryptographiques comme le bitcoin sont reconnus comme légaux et peuvent être échangés en ligne 24h/24 transfrontalièrement, mais où les systèmes existants des monnaies souveraines ne peuvent répondre à ces besoins. Leur apparition est donc justifiée.
En tant que titres représentatifs de monnaie souveraine, ils ne peuvent, contrairement au bitcoin, être décentralisés (c’est-à-dire échapper à la réglementation). Ils doivent être strictement supervisés par les autorités monétaires et les organismes de régulation : les réserves doivent être pleinement couvertes et déposées auprès d’institutions agréées ; leur usage doit rester limité aux domaines autorisés, sans libre circulation illimitée (sinon ils menaceraient la monnaie de référence) ; ils ne peuvent accorder de crédit ni créer de nouveaux titres au-delà de leurs réserves ; leurs transactions (y compris dérivés) doivent être soumises à une réglementation financière appropriée.
Le problème actuel est que, comme le bitcoin, les stablecoins sont une nouveauté. Les réglementations et contrôles restent insuffisants. Leurs échanges s’étendent rapidement à divers produits dérivés, ce qui représente un risque élevé.
La monnaie numérique de banque centrale devrait être la numérisation complète de la monnaie souveraine
Après le lancement en 2013 du système Ethereum, qui a accéléré le développement des ICO (offres initiales de cryptomonnaie) et fait grimper rapidement les cours du bitcoin et de l’ether, l’idée que la blockchain deviendrait « la machine à confiance » ou « l’internet de la valeur », que les cryptomonnaies bouleverseraient les monnaies souveraines et que la finance internet remplacerait la finance traditionnelle, a provoqué un grand émoi international. Comment répondre à l’impact des cryptomonnaies est devenu un sujet central lors du sommet G20 des ministres des Finances et des gouverneurs de banques centrales en 2013. Plusieurs gouverneurs ont estimé qu’il fallait accélérer le lancement de « monnaies numériques de banque centrale (CBDC) ». Depuis, plusieurs pays (dont la Chine) ont lancé des recherches sur les CBDC.
Cependant, les CBDC ont été proposées précipitamment sous l’effet du choc des cryptomonnaies, sans préparation préalable. Des questions fondamentales restent floues : relation avec les monnaies souveraines et le système financier existant, possibilité d’utiliser la technologie blockchain, etc. Les CBDC sont donc restées à l’étape exploratoire, et beaucoup ont inconsciemment tenté d’utiliser la blockchain Ethereum. Or, cela risquait de perturber gravement le système bancaire dual existant (« Banque centrale - Banques commerciales »), obligeant plusieurs pays à suspendre leurs recherches. La banque centrale chinoise a annoncé dès 2017 qu’elle travaillait sur le « yuan numérique », en le définissant comme une version numérique des espèces en circulation (M0), tout en conservant le système dual d’émission. Mais en limitant le yuan numérique aux espèces, en imitant strictement la gestion des espèces (pas de création par crédit, y compris par la banque centrale pour la monnaie de base), en rendant tous les échanges gratuits et en ne versant aucun intérêt sur les soldes des portefeuilles numériques, on freine fortement l’accumulation et l’utilisation du yuan numérique. Depuis le début des recherches en 2014, plus de dix ans se sont écoulés sans calendrier clair pour son lancement officiel. Quant au président nouvellement élu des États-Unis, Donald Trump, il a clairement déclaré qu’il n’appuierait pas le développement d’un « dollar numérique ».
En réalité, le yuan numérique doit représenter la numérisation complète du yuan, pas seulement celle des espèces. L’appellation « monnaie numérique de banque centrale » est d’ailleurs inappropriée : la monnaie fiduciaire n’est plus le passif ou le crédit de la banque centrale, mais celui de l’État, une monnaie souveraine ou légale. Par ailleurs, la monnaie n’est plus uniquement des espèces, mais surtout des dépôts (y compris dans des portefeuilles électroniques). Même la création de monnaie de base par la banque centrale ne se fait pas uniquement en espèces, mais surtout par crédit directement inscrit sur le compte du bénéficiaire. Ainsi, limiter la CBDC à M0 reflète une mauvaise compréhension de la monnaie fiduciaire, ce qui rend le rapport coût-bénéfice du yuan numérique très défavorable et empêche son lancement effectif.
Par conséquent, la « monnaie numérique de banque centrale » devrait plutôt s’appeler « monnaie numérique souveraine ». Il s’agit de numériser entièrement la monnaie souveraine et de remplacer rapidement l’ancien système, plutôt que de se limiter à la numérisation des espèces et de maintenir longtemps deux systèmes parallèles.
En tant que monnaie numérique souveraine, elle ne peut pas utiliser intégralement les systèmes décentralisés comme ceux du bitcoin ou d’Ethereum, mais doit former un système centralisé conforme aux exigences de régulation de la souveraineté nationale. Étant donné que les stablecoins indexés sur les monnaies souveraines (en réalité des titres représentatifs) existent depuis près de dix ans, devenant de plus en plus stables et perfectionnés, une voie possible consisterait à adapter leur infrastructure technologique pour transformer la monnaie souveraine, permettant ainsi un lancement rapide de la monnaie numérique souveraine et le remplacement des stablecoins (rendant ces derniers inutiles).
En conclusion, il convient d’examiner avec rigueur les définitions du bitcoin, des stablecoins et de la monnaie numérique souveraine, en tenant compte précisément de l’essence et de la logique du développement monétaire, en particulier de la nature de la monnaie fiduciaire. À défaut, des confusions conceptuelles risquent d’entraîner de graves erreurs de gestion.
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