
Pardoner le fondateur de Silk Road n'est qu'une transaction politique de Trump
TechFlow SélectionTechFlow Sélection

Pardoner le fondateur de Silk Road n'est qu'une transaction politique de Trump
Les grandes affaires dépendent de la politique, les affaires moyennes dépendent de l'impact, seules les petites affaires dépendent de la loi.
Rédaction : Zuo Yeye Waibo Shan
Des fous derrière et devant les barreaux
Dès l'investiture de Trump, Musk a publié un tweet suggérant que le nouveau président gracierait Ross Ulbricht, fondateur du « Silk Road », aussi connu sous le nom de « Dread Pirate Roberts ». Un bref rappel de ses faits d'armes : à partir de 2011, Ross a fondé Silk Road, une plateforme e-commerce sur le dark web permettant d'acheter et vendre librement divers stupéfiants, y compris marijuana et héroïne, encaissant ainsi plus de 170 000 bitcoins.

Ross Ulbricht a été condamné à la prison à perpétuité. En 2025, il aura purgé 11 ans de détention, soit exactement 4 125 jours. Il atteint désormais l’âge de la maturité.
Normalement, cette affaire aurait dû rester un simple fait divers entre police et trafiquant. Mais en raison des liens avec Bitcoin et la personnalité de Ross Ulbricht, la situation dérape progressivement :
-
Ross utilisait Bitcoin et une plateforme e-commerce non pas pour s'enrichir personnellement, mais pour s'opposer aux monnaies fiduciaires et à la Réserve fédérale. Étant donné le prix extrêmement bas du Bitcoin à l'époque, son modèle opérationnel « réglementé » imposait aux acheteurs et vendeurs une conduite honnête, garantissant qualité et sécurité. Ce système créait ainsi un modèle commercial plus sûr que celui des rues, protégeant les droits humains et incarnant les principes du marché libre.
-
Ross se revendique comme un partisan du « libertarisme ». Il suit fermement les idées de penseurs comme Hayek, estimant que chacun a le droit de choisir ses actes et d’en assumer les conséquences, sans nuire fondamentalement à autrui.
Progressivement, le récit passe de « trafiquant arrêté » à quelque chose de bien plus complexe. Après sa condamnation en 2015, sa femme et ses parents ont lancé une campagne, s’alliant au troisième parti américain de fait — le Parti libéral, ou Parti libertarien (Libertarian Party) — pour lancer le mouvement Free Ross, demandant sa grâce ou une réduction de peine.
Grâce à leurs efforts soutenus, plusieurs figures politiques libérales ont exprimé leur soutien. Ross a pu transmettre ses pensées et articles via sa femme, dont le compte X géré par elle rassemble plus de 230 000 abonnés. Plus de 600 000 personnes ont signé une pétition en faveur de sa grâce.

Comme on dit : « Les grandes affaires relèvent de la politique, les moyennes de l’opinion, seules les petites dépendent de la loi. » L’arrestation et la condamnation de Ross sont des faits juridiques ; le mouvement Free Ross est une question d’influence ; désormais, tout devient politique — or, le cœur de la politique américaine, c’est l’élection.
C’est ainsi que Trump entre en jeu. Ross est devenu l’un des sujets clés pour les électeurs libertariens. Bien que les États-Unis soient dominés par l’alternance entre Démocrates et Républicains, le Parti libertarien dispose de plus de 600 000 voix. Dans un contexte où les deux grands partis sont souvent ex aequo, chaque vote devient précieux.
D’où la déclaration de Trump en faveur d’une politique stricte antidrogue, tout en affichant paradoxalement un discours pro-libertarien. En mai 2024, lors d’un discours au congrès national du Parti libertarien, Trump a promis publiquement de gracier Ross Ulbricht dès son premier jour de mandat.
Un détail amusant : Robert Francis Kennedy Jr., antivaccin et membre de la famille Kennedy, nommé par Trump, était originaire du Parti libertarien. Après avoir été éliminé lors des primaires internes du parti, il a décidé de rallier Trump.
La promesse de grâce de Trump envers Ross Ulbricht n’est donc qu’un calcul électoral. Selon ses propres positions sur les drogues, il est peu probable qu’il porte un véritable intérêt au « libertarisme ». Quant à savoir s’il tiendra sa promesse, cela dépendra de l’efficacité des pressions exercées par Musk, véritable idéaliste libertarien.
Le libertarisme
Comme mentionné précédemment, Ross, bien qu’en prison, reste actif dans le débat public. À travers divers canaux, il a exprimé continuellement ses idées. Une chose est sûre : il n’a jamais plaidé coupable, restant fidèle à ses convictions libertariennes.

Il convient donc d’expliquer ce qu’est précisément ce courant. Selon les classifications classiques, le libéralisme se divise en trois grandes branches : le libéralisme classique, le néolibéralisme et le libéralisme social — bien qu’il existe d’autres courants, ces trois-là sont les plus représentatifs.
Le libéralisme classique, incarné par Rousseau durant les Lumières, s’oppose au féodalisme et à la monarchie, mettant l’accent sur la liberté individuelle. Le néolibéralisme, quant à lui, a été largement diffusé par les États-Unis après la guerre froide, prônant un État minimal et un marché libre. Reagan, idole de Trump, en fut l’un des artisans dans la lutte idéologique contre l’URSS.
Le libéralisme social, lui, s’apparente davantage à une variante de la pensée politique de gauche combinée à l’économie keynésienne, insistant sur la protection sociale et l’égalité. Il occupe aujourd’hui une place marginale dans le paysage politique occidental.

Ross Ulbricht adhère au libertarisme (libertarianism), une doctrine encore plus radicale, pouvant être qualifiée de libéralisme absolu. Son principe central est le suivant : chaque individu a le droit d’accomplir toute action qui ne nuit pas à autrui, agissant pleinement selon sa volonté, y compris vendre son corps ou des parties de celui-ci.
Selon ce programme libertarien, les actions de Ross Ulbricht ne contiennent aucun élément de coercition. On pourrait même dire qu’il aidait autrui à réaliser leur libre arbitre.
C’est pourquoi Vitalik le soutient : lui aussi croit au droit de chacun de tirer profit de la vente de son propre corps.
C’est pourquoi Musk le soutient également : comparé aux expériences biologiques ou aux implants cérébraux, tenir une boutique en ligne paraît bien inoffensif.
Toutefois, notons que Trump n’a pas formellement promis une « grâce totale » à Ross Ulbricht. Une simple réduction de peine suffirait à tenir sa promesse. À l’heure où les présidents américains usent largement de leur droit de grâce, accorder celle-ci à une personne non politique ne rencontrerait pas de résistance insurmontable — tout dépend de l’importance que Trump accorde au Parti libertarien et à ses électeurs.
Conclusion
À première vue, la grâce potentielle de Trump envers le fondateur du Silk Road semble une capitulation face au crime. En réalité, il ne s’agit que d’un jeu électoral banal. D’ailleurs, lorsque Trump se présente comme libertarien, les membres du Parti libertarien présents éclatent de rire, ne croyant pas un instant à sa sincérité.
Bref, la question de la grâce de Ross Ulbricht est devenue un cas d’école de perception subjective. Les passionnés de Bitcoin y verront un soutien implicite de Trump au Bitcoin ; les libertariens y verront un appui au libertarisme.
Chacun projette ses propres désirs. La conviction intime est effectivement le fondement théorique du libertarisme. Mais dans un contexte où le pouvoir de grâce présidentiel a été « abusé » par les prédécesseurs de Trump, l’autorité judiciaire s’affaiblit. Qu’il accorde ou non la grâce à Ross Ulbricht, cela ne constituera ni un signal fort ni un avantage décisif pour Bitcoin ou le mouvement libertarien.
Bienvenue dans la communauté officielle TechFlow
Groupe Telegram :https://t.me/TechFlowDaily
Compte Twitter officiel :https://x.com/TechFlowPost
Compte Twitter anglais :https://x.com/BlockFlow_News












