
Analyse approfondie : la crise de FlowBank en Suisse gèle les réserves du stablecoin AEUR, Circle propose le cadre TCAF pour faire face à des risques multiples
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Analyse approfondie : la crise de FlowBank en Suisse gèle les réserves du stablecoin AEUR, Circle propose le cadre TCAF pour faire face à des risques multiples
Circle a récemment publié un livre blanc présentant un nouveau cadre appelé « Token Capital Adequacy Framework » (TCAF). Ce document en propose une analyse.
Rédaction : Aiying 艾盈

Récemment, un rapport de recherche de JPMorgan a suscité une large attention. Ce rapport indique que, avec le renforcement de la réglementation – notamment l'adoption du cadre MiCA en Europe [Voir notre analyse approfondie sur MiCA] – les émetteurs de stablecoins comme Tether pourraient faire face à d’importants défis. Cette législation exige que 60 % des réserves des stablecoins soient détenues dans des banques européennes. Pour Tether, se conformer à ces exigences strictes pourrait nécessiter un réajustement majeur de sa stratégie de gestion des réserves. Cela impliquerait non seulement une reconfiguration des fonds, mais pourrait aussi affecter sa position dominante sur le marché. Si Tether ne parvient pas à s’adapter à ces nouvelles règles, sa part de marché pourrait être menacée, voire subir davantage de pressions réglementaires et de troubles sur le marché.
Dans le même temps, la liquidation judiciaire récente de la banque suisse FlowBank a provoqué des répercussions en cascade dans l'industrie cryptographique. Anchored Coins AG, l'entreprise émettrice du stablecoin indexé sur l’euro (AEUR), avait placé une partie de ses réserves dans cette banque. Lorsque FlowBank est entrée en procédure de liquidation, les fonds d’Anchored Coins ont été gelés, forçant l’entreprise à suspendre l’émission et le retrait de AEUR. À mesure que l'affaire progresse, les détenteurs de AEUR risquent de ne pas pouvoir échanger leurs jetons intégralement contre leur valeur nominale. Cet incident confirme les inquiétudes exprimées la semaine dernière par Aiying 艾盈 dans son article « L’examen fédéral de Customers Bank, une banque amie des cryptos : regard sur l’interdépendance entre secteur crypto et système bancaire ». Actuellement, quelle que soit la région – Hong Kong, Singapour, Europe – les émetteurs de stablecoins doivent conserver des réserves suffisantes dans des comptes bancaires. Si ces réserves sont à 100 %, alors tous les risques reposent entièrement sur les banques : si une banque fait face à un problème de liquidité, tout le système dérape. En dessous de 100 %, l’émetteur de stablecoin agit en réalité comme une « banque ombre », ajoutant une couche de levier supplémentaire au-delà du multiplicateur monétaire basé sur les réserves bancaires, amplifiant ainsi encore davantage les risques de liquidité inhérents au système bancaire.
En raison de la préférence au risque des institutions bancaires traditionnelles, celles-ci nourrissent généralement des préjugés, voire une aversion, envers les acteurs du secteur crypto. Par conséquent, les liquidités des émetteurs de stablecoins, des plateformes OTC, des sociétés de custody, etc., sont concentrées dans quelques rares comptes bancaires accessibles, souvent détenus auprès de petites banques peu connues. En période de crise de liquidité, la capacité de résistance de ces banques est extrêmement faible, rendant très plausible un retour brutal à zéro pour tout le marché des stablecoins.
C’est pourquoi, dans ce monde que beaucoup croient gouverné par une élite compétente, mais qui fonctionne en réalité comme un système improvisé, il devient crucial d’établir des règles capables de contrer les faiblesses humaines afin d’équilibrer les risques liés à la croissance fulgurante des actifs numériques. Récemment, Circle a publié un livre blanc proposant un nouveau cadre appelé « Token Capital Adequacy Framework » (TCAF), ou « Cadre de solidité patrimoniale pour les jetons ». Ce cadre vise à répondre aux risques spécifiques auxquels sont confrontés les stablecoins aujourd’hui, tels que la volatilité du marché, les pannes techniques ou les erreurs opérationnelles. Selon Aiying 艾盈, cette proposition présente un intérêt certain. Voici un résumé des principaux points tirés du livre blanc :
1. Le cadre TCAF
Dans son livre blanc, Circle souligne que les cadres réglementaires bancaires traditionnels ont été conçus pour les institutions financières classiques, reposant souvent sur des ratios de risque fixes et des pondérations prédéfinies. Or, ces méthodes ne reflètent pas fidèlement les risques réels auxquels le secteur des stablecoins est exposé. C’est pourquoi Circle propose un nouveau dispositif, le « Token Capital Adequacy Framework » (TCAF), un cadre de gestion des risques plus flexible et dynamique, spécialement conçu pour les stablecoins et autres actifs numériques, afin de mieux faire face aux défis posés par ces nouveaux produits financiers.
1. Gestion dynamique des risques
Un des traits clés du TCAF est sa capacité à gérer dynamiquement les risques. Contrairement aux approches basées sur des critères fixes, le TCAF ajuste continuellement l'évaluation des risques en fonction des conditions réelles du marché. Par exemple, il utilise des tests de stress pour évaluer si les réserves d’un stablecoin sont suffisantes pour résister à des fluctuations extrêmes du marché. Ces tests simulent des scénarios de crise pour vérifier si le stablecoin peut maintenir sa stabilité de valeur même dans les circonstances les plus défavorables.
De plus, le TCAF adapte en temps réel les exigences de capital selon l’environnement de marché. Si les risques augmentent – par exemple en cas de ventes massives ou de dysfonctionnements techniques sur un réseau blockchain – le TCAF peut réagir rapidement en exigeant des émetteurs qu'ils renforcent leurs réserves de capital, garantissant ainsi la sécurité du stablecoin. Ce mécanisme d’ajustement souple permet au TCAF de mieux faire face à l’incertitude et aux événements imprévus, évitant ainsi la rigidité et le décalage temporel induits par des normes fixes.
2. Comparaison avec les méthodes traditionnelles
À l’inverse, les cadres réglementaires bancaires traditionnels reposent majoritairement sur des ratios de risque fixes. Par exemple, les banques doivent détenir un certain niveau de capital proportionnel à leurs actifs risqués. Bien que simple, cette méthode manque de flexibilité face à un environnement en mutation rapide. Les standards fixes peuvent ne pas refléter à temps les nouveaux types de risques, particulièrement dans le domaine des actifs numériques où les menaces apparaissent souvent de façon soudaine et complexe.
Le TCAF compense ces lacunes en introduisant des ajustements dynamiques et des tests de stress. Il adapte les exigences de capital en fonction des risques réels, assurant que les émetteurs de stablecoins restent toujours à un niveau de capital sécurisé. Cette dimension dynamique rend le TCAF plus adapté aux évolutions du marché, limitant ainsi l’accumulation de risques et l’impact des événements imprévus.
3. Gestion des risques technologiques et opérationnels
Au-delà des risques de marché, le TCAF accorde également une attention particulière aux risques technologiques et opérationnels. Dans le domaine des actifs numériques, les risques technologiques sont cruciaux : performance du réseau blockchain, cybersécurité, vulnérabilités des contrats intelligents, etc. S’ils ne sont pas correctement maîtrisés, ils peuvent entraîner de fortes variations de la valeur du stablecoin, voire compromettre la stabilité de l’ensemble du marché.
Le TCAF inclut explicitement ces risques technologiques dans ses exigences de capital. Plus précisément, les émetteurs doivent évaluer régulièrement la performance et la sécurité de leur réseau blockchain, puis adapter leurs réserves de capital en conséquence. Si des failles de sécurité ou des goulets d’étranglement sont identifiés, le TCAF exige un renforcement des réserves afin de garantir qu’il existe suffisamment de fonds pour absorber d’éventuelles pertes en cas de problème technique.
En outre, le TCAF exige des émetteurs une solide capacité de gestion des risques opérationnels, englobant une large gamme de problèmes allant des systèmes de gestion aux erreurs humaines, tels que les fuites de données ou les mauvaises manipulations. Grâce à une surveillance rigoureuse de ces risques, le TCAF aide les émetteurs à maintenir la sécurité et la fiabilité de leurs stablecoins tant sur le plan technique qu’opérationnel.
2. Les cinq objectifs du cadre TCAF
Le cadre TCAF (Token Capital Adequacy Framework) a été conçu pour aider les émetteurs de stablecoins à mieux gérer les risques, tout en offrant aux autorités de régulation un outil de supervision plus efficace. Ses cinq objectifs abordent différents aspects essentiels de la gestion des risques liés aux stablecoins. Voici les cinq grands objectifs du cadre TCAF :
1. Distinguer les risques « potentiels » des risques « éliminés »
Le premier objectif du TCAF est d’aider les émetteurs à différencier les risques encore présents – les « risques potentiels » – de ceux qui ont été efficacement maîtrisés et donc « éliminés ». Cette distinction est cruciale, car elle permet aux émetteurs de concentrer leurs efforts sur les menaces réelles pesant sur le stablecoin, sans gaspiller de ressources sur des problèmes déjà résolus.
Concrètement, le TCAF recourt à une évaluation continue des risques et à une surveillance active pour identifier les points sensibles subsistants dans l’environnement de marché, les opérations techniques et les menaces externes. Pour les risques potentiels, le TCAF exige des mesures complémentaires, telles qu’une augmentation des réserves de capital ou une amélioration des systèmes techniques. Quant aux risques éliminés, ils sont exclus des mesures de gestion ultérieures, rendant ainsi le processus global plus efficace.
2. Soutenir la régulation et simplifier les procédures
Le second objectif du TCAF est d’aider les organismes de régulation à mieux superviser les risques opérationnels, tout en maintenant des processus simples et efficaces. Les cadres réglementaires bancaires traditionnels impliquent souvent des procédures complexes et une volumineuse paperasse, ce qui augmente les coûts et nuit à l’efficacité.
Grâce à des rapports simplifiés et à un mécanisme d’ajustement dynamique, le TCAF permet aux régulateurs de surveiller plus facilement l’état de gestion des risques des émetteurs. Par exemple, le TCAF introduit des outils automatisés d’évaluation des risques, fournissant en temps réel aux autorités des données actualisées sur la situation patrimoniale des émetteurs. Cette simplification réduit la complexité de la régulation tout en accélérant la réactivité, permettant aux superviseurs d’intervenir plus rapidement face aux changements du marché.
3. Une méthode standardisée applicable à toutes les régions et institutions
Étant donné que les environnements réglementaires et les conditions de marché varient fortement d’une région à l’autre, le troisième objectif du TCAF est de proposer une méthode normalisée de gestion des risques pouvant être appliquée globalement. Les cadres réglementaires traditionnels peinent souvent à s’appliquer transfrontalièrement, chaque pays ayant ses propres lois et pratiques.
Le TCAF, en concevant un ensemble de normes flexibles, permet aux différentes juridictions de s’adapter à leurs réalités locales tout en conservant des principes fondamentaux communs. Cette approche standardisée permet aux émetteurs de stablecoins d’opérer à l’échelle mondiale avec un niveau homogène de gestion des risques, facilitant également la coopération entre régulateurs locaux et assurant la sécurité des flux financiers transnationaux.
4. Instaurer des mécanismes d’incitation et de responsabilisation
Enfin, le quatrième objectif du TCAF est de promouvoir de meilleures pratiques de gestion des risques grâce à des mécanismes d’incitation et de responsabilisation. Aux émetteurs qui excellent dans la gestion des risques, le TCAF pourrait offrir des avantages, tels qu’une réduction des exigences de capital ou un meilleur accès au marché.
En revanche, pour les émetteurs qui ne parviennent pas à gérer efficacement les risques, le TCAF met en place des mécanismes stricts de responsabilité. Grâce à des audits et évaluations réguliers, ces émetteurs font l’objet de contrôles renforcés, voire de sanctions. Ce système dual d’incitation et de sanction vise à orienter l’ensemble du secteur vers une trajectoire plus sûre et plus régulée.
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