
Les stablecoins ne devraient-elles pas être anonymes ? Que révèle le guide suisse sur les stablecoins ?
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Les stablecoins ne devraient-elles pas être anonymes ? Que révèle le guide suisse sur les stablecoins ?
Les monnaies stables sont la version numérique des livrets au porteur suisses.
Rédaction : JP Koning
Traduction : Luffy, Foresight News
Avant que la Suisse n'adopte ses lois contre le blanchiment d'argent, n'importe qui pouvait entrer dans une banque suisse et ouvrir un compte sans présenter aucune pièce d'identité. La banque remettait alors un livret d'épargne au porteur, appelé « inhabersparheften ». À l’époque, les banques considéraient que détenir ce livret constituait la preuve de propriété des fonds sous-jacents sur le compte. Le titulaire du compte pouvait conserver ce livret ou, s’il le souhaitait, le transférer à une autre personne sans en informer la banque, cette dernière pouvant alors retirer les fonds du compte.
En réalité, les banques suisses émettaient leur propre forme d’espèces.
Au fil du temps, la sensibilisation croissante aux risques de blanchiment a conduit à encadrer juridiquement l'utilisation des livrets d'épargne au porteur en Suisse. En 1977, les banques ont été tenues pour la première fois d'identifier leurs clients. Par ailleurs, toute personne souhaitant retirer plus de 25 000 francs suisses devait être identifiée par la banque. Toutefois, les livrets conservaient un certain niveau d’anonymat. Entre l’ouverture du compte et le retrait des fonds, ces livrets pouvaient continuer à circuler librement, sans vérification d’identité.
En 2003, le gouvernement suisse a interdit l’émission de nouveaux livrets d’épargne au porteur. Les livrets existants devaient être annulés dès lors qu’ils étaient présentés aux guichets bancaires. Ces livrets pouvaient néanmoins continuer à circuler anonymement entre particuliers comme des espèces, mais du fait de leur annulation progressive, ils ne représentaient plus en 2019 que 0,002 % du total des actifs détenus dans les comptes bancaires suisses.
Les livrets d’épargne au porteur suisses appartenaient désormais au passé. Mais parallèlement, un nouvel instrument financier similaire est apparu : les stablecoins.
Pour obtenir un stablecoin, vous devez déposer des fonds auprès de l’émetteur, qui vérifie alors votre identité. Cependant, une fois émis, le stablecoin peut circuler librement sans aucune vérification supplémentaire. Vous pouvez l’envoyer à un ami, qui peut le transmettre à un parent à l’étranger, qui lui-même peut le céder à un trafiquant de drogue. Aucun de ces participants ultérieurs n’a besoin de fournir une pièce d’identité à l’émetteur. Comme les anciennes banques suisses émettant des livrets au porteur, les émetteurs de stablecoins ignorent avec qui ils traitent réellement.
Alors, si les livrets d’épargne au porteur sont depuis longtemps interdits en Suisse, pourquoi les stablecoins connaissent-ils une croissance aussi rapide ?
C’est précisément la question abordée le mois dernier par l’autorité suisse de surveillance financière, la FINMA, qui a annoncé qu’elle ne tolérerait plus les transferts anonymes de stablecoins. Selon ses nouvelles lignes directrices, l’identité de toute personne détenant un stablecoin doit être « pleinement vérifiée » par l’émetteur. Ainsi, non seulement vous-même, mais aussi votre ami, son parent, et même le trafiquant de drogue figurant dans la chaîne de transactions doivent fournir une pièce d’identité.
Pour justifier cette nouvelle politique, la FINMA invoque le principe de neutralité technologique. Selon moi, ce principe signifie que le fait qu’un produit financier (ici, un produit de paiement) apparaisse sur un nouveau support ou substrat (à savoir la blockchain) ne l’exempte pas des règles déjà applicables aux produits équivalents émis sur les supports traditionnels (comme les livrets bancaires). Même fonctionnalité, mêmes réglementations.
Jusqu’à présent, les émetteurs de stablecoins comme Tether ont tenté d’échapper à ces obligations d’identification en arguant que seul le détenteur initial (celui qui a déposé des fonds pour obtenir les stablecoins) était leur client, et qu’ils n’avaient donc l’obligation de diligence que vis-à-vis de ce groupe. Les détenteurs secondaires, tertiaires et suivants ne seraient pas des « clients », affirment-ils, et ils n’ont donc pas besoin de connaître leur identité.
Mais la FINMA rejette catégoriquement ce raisonnement — et elle a raison. Elle affirme que tous les détenteurs (et pas seulement les premiers) entretiennent une « relation commerciale permanente » avec l’émetteur, et doivent donc tous être identifiés. On comprend aisément pourquoi la FINMA souhaite régler ce point : si les banques suisses ordinaires voyaient les stablecoins bénéficier d’un traitement de faveur, elles se précipiteraient toutes vers ce nouveau système monétaire.
Les nouvelles directives de la FINMA peuvent sembler mineures. Actuellement, seules deux stablecoins libellées en francs suisses y sont soumises, et toutes deux sont de petite taille. La capitalisation de XCHF de Bitcoin Suisse est inférieure à un million de francs suisses, tout comme celle de CCHF de Centi.
Toutefois, en tant qu’autorité régulatrice jouant un rôle clé dans le système financier mondial, la FINMA est susceptible d’être imitée par d’autres régulateurs. Plus important encore, la FINMA fait partie du Groupe d'action financière (GAFI), une organisation coopérative représentant les autorités anti-blanchiment de 38 pays importants. Le GAFI promeut l’adoption de normes mondiales contre le blanchiment en mettant sur liste noire les pays qui n’appliquent pas ces standards. Si la politique de la FINMA en matière de stablecoins reflète une nouvelle orientation du GAFI, on peut s’attendre à ce qu’elle soit largement adoptée.
Ce qui me surprend, c’est qu’il ait fallu si longtemps à une grande autorité de régulation mondiale pour rendre une décision claire sur l’anonymat des stablecoins. Il est grand temps : les pratiques standard de lutte contre le blanchiment exigent que les institutions financières vérifient l’identité des utilisateurs de leurs plateformes. Les émetteurs de stablecoins ne doivent pas bénéficier d’un passe-droit.
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