
Les oligarques de Web3 exploitent les utilisateurs : d'une économie basée sur les tokens à une économie basée sur les points
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Les oligarques de Web3 exploitent les utilisateurs : d'une économie basée sur les tokens à une économie basée sur les points
Il est temps que les dégens Web3 prennent au sérieux cette exploitation.
Introduction
Nous venons de traverser le cycle cryptographique le plus rapide de l'histoire, passant d'un marché baissier à un marché haussier extrême en moins de deux trimestres. Le prix du BTC est passé de moins de 30 000 dollars à un niveau historique record. Ce mouvement a été principalement impulsé par l'approbation massive de nombreux ETF Bitcoin dans un contexte macroéconomique marqué par la fin imminente du cycle de resserrement de la Réserve fédérale américaine (Fed), injectant ainsi d'importantes liquidités sur le marché. Pendant cette grande phase spéculative, le monde Web3 a également subtilement évolué : d'une part, de nouvelles narratives sont apparues sans discontinuer — des Ordinaux aux couches 2 Bitcoin, puis au Restaking — créant successivement plusieurs mythes de création de richesse ; d'autre part, le gène fondamental des projets Web3 lui-même a commencé à changer discrètement. C'est précisément ce sujet que nous souhaitons approfondir aujourd'hui : la roue magique dont les projets Web3 sont si fiers semble progressivement passer d'une logique de « Tokenomics » à une logique de « Pointomics ». Et selon mon point de vue, ce changement n'a rien de particulièrement réjouissant !
Commençons par expliquer ce concept. Le terme « Tokenomics » désigne la combinaison de « Token » et « Economics », c’est-à-dire un modèle économique construit autour d’un jeton émis sur une blockchain comme actif central. En général, les objectifs principaux de ce modèle économique sont les suivants :
1. Encourager la croissance du projet en récompensant avec des tokens les comportements utilisateurs favorables au développement du projet ;
2. Résoudre les besoins de financement du projet grâce à la conception du ratio d’émission des tokens ;
3. Attribuer aux tokens certains droits de gouvernance afin de mettre en place un mécanisme de gestion décentralisée entre les utilisateurs et l’équipe du projet.
La réussite ou l'échec de la plupart des projets Web3 dépend généralement de la réalisation du premier objectif. Une bonne conception de tokenomics permet souvent d’assurer pendant une longue période une incitation stable aux comportements clés du projet, tout en maintenant faible le coût de maintenance pour l’équipe du projet. Pour les meilleurs exemples, on parle souvent d’une « roue vertueuse » capable de s’autoalimenter en continu, générant ainsi l’élan nécessaire pour amorcer le projet.
« Pointomics » est un mot que j’ai inventé. Il désigne un modèle économique centré non pas sur un token blockchain mais sur un système de points de fidélité (Loyalty Points) comme principal levier d’incitation. Bien qu’il vise les mêmes objectifs que la tokenomics — stimuler la croissance du protocole via l’incitation aux comportements clés des utilisateurs — son schéma de conception s’inspire largement de la partie incitative de la tokenomics, mais remplace le jeton blockchain par un simple nombre stocké sur un serveur centralisé du projet (généralement appelé Loyalty Point).
Ces dernières semaines, il est facile d’observer que la majorité des nouveaux projets phares Web3 ont choisi d’utiliser la « Pointomics » plutôt que la « Tokenomics » lors de leur lancement, et que ces projets affichent généralement de bons résultats. Prenons quelques exemples représentatifs pour illustrer cette tendance : les projets les plus populaires tels que Blast (une couche 2 Ethereum), EigenLayer et EtherFi (dans le domaine du Restaking). Tous ont adopté les Loyalty Points comme moteur principal de leur dynamique, et leurs TVL (valeur totale verrouillée) ainsi que leurs taux de croissance dépassent largement ceux des projets ayant opté pour une stratégie de lancement basée sur la tokenomics.



Peut-on alors affirmer que la nouvelle roue vertueuse du Web3 est passée de la tokenomics à la pointomics ? Je pense qu’il est encore trop tôt pour tirer une telle conclusion.
La pointomics, un choix contraint imposé par le marché baissier
Il faut d’abord souligner que, selon moi, remplacer le token par des Loyalty Points centralisés comme pilier du système d’incitation — autrement dit adopter la « pointomics » — n’est pas une condition suffisante ni nécessaire au succès d’un projet Web3. Ce choix découle en réalité d’une nécessité imposée par les conditions du marché baissier.
Examinons les différences entre pointomics et tokenomics. Bien que leurs objectifs soient similaires, leurs réalités diffèrent fortement :
1. Droits flous : contrairement à la tokenomics, les projets basés sur des Loyalty Points ne formulent généralement aucune promesse claire quant à leur valeur. Ils se contentent d’engagements vagues, tels que la possibilité d’un airdrop futur ou de certains effets de boost. Cette pratique est rare dans les projets utilisant la tokenomics, car l’actif récompense étant dès le départ coté publiquement, sa valeur spéculative est immédiatement quantifiée par le marché, offrant ainsi une référence utile aux participants.
2. Mécanismes d’incitation opaques : de nombreux projets ne précisent même pas comment sont attribués les Loyalty Points. Comme ceux-ci sont stockés sur des serveurs centralisés, le système d’incitation devient une boîte noire pour les utilisateurs. Ceux-ci voient seulement un nombre augmenter, sans connaître ni les raisons ni le calcul exact de cet accroissement, rendant difficile toute évaluation de l’équité ou de la précision du système. En revanche, dans la tokenomics, les incitations sont exécutées via des contrats intelligents, garantissant transparence et capacité d’autovérification pour chaque utilisateur.
3. Absence de liquidité des gains : une fois obtenus, les Loyalty Points ne peuvent généralement pas être échangés. Pour convertir ces points en bénéfices, les utilisateurs doivent attendre que l’équipe du projet honore ses engagements implicites — un processus souvent long et incertain. En revanche, dans la tokenomics, les récompenses sont distribuées sous forme de tokens, donnant aux utilisateurs la liberté de « voter avec leurs pieds » en vendant directement leurs gains. Cela oblige indirectement l’équipe du projet à améliorer continuellement le produit pour retenir ses utilisateurs.
Tout cela semble peu attrayant. Alors pourquoi cette tendance se développe-t-elle ? À mon avis, c’est parce que les équipes de projet, confrontées aux difficultés du marché baissier, ont dû adopter la pointomics pour réduire leurs coûts opérationnels. Un an plus tôt, Blur et Friend.tech étaient des projets phares : Blur, un exchange NFT, et Friend.tech, une plateforme de médias sociaux décentralisée. Contrairement à la majorité des projets de l’époque, ils ont tous deux utilisé des points centralisés comme outil d’incitation, avec un certain succès. Ils ont ainsi largement défini le paradigme actuel de la pointomics.
Leur réussite s’explique en partie par une conception et une gestion efficaces, mais surtout par le fait que le marché cryptographique était encore en fin de marché baissier, avec une liquidité réduite et une faible volonté d’achat des utilisateurs. Distribuer massivement des tokens aurait exercé une pression importante sur le marché, rendant le coût de maintien du taux de rendement très élevé. La pointomics permettait de contourner ce problème, car durant la phase d’amorçage, l’équipe n’avait pas à gérer de capitalisation boursière. Les gains ne seraient payés qu’après le succès du lancement, ce qui réduisait considérablement les coûts initiaux. Mais ce gain pour les équipes se faisait au détriment des utilisateurs, pénalisant leur motivation à participer. Lorsque le nouveau cycle haussier a commencé, la volonté des utilisateurs de participer aux projets et d’acheter des tokens s’est rétablie. En raison de l’inertie du marché, les utilisateurs ont toléré temporairement la pointomics, ce qui explique les performances apparentes satisfaisantes récentes. Toutefois, considérer la pointomics comme une condition essentielle au succès des projets Web3 serait excessif. Si le marché se retrouve saturé de points centralisés non honorés, les utilisateurs fatigués finiront par rejeter l’écosystème cryptographique.
La valeur intrinsèque des Loyalty Points repose sur la crédibilité de l’équipe du projet
Abordons maintenant la question suivante : quel est le facteur clé d’une conception réussie de la pointomics ? Autrement dit, quelle est la valeur réelle des Loyalty Points ? Selon moi, la réponse est : la crédibilité de l’équipe du projet. Comme mentionné précédemment, les projets utilisant la pointomics n’attribuent généralement aucun droit précis à leurs Loyalty Points, se contentant de descriptions vagues. Cela donne plus de flexibilité à l’équipe, qui peut ajuster dynamiquement les modalités d’échange en fonction de l’évolution du projet, trouvant ainsi un équilibre entre coûts et efficacité.
Dans ce contexte, la passion des utilisateurs pour ces Loyalty Points immatériels repose entièrement sur la confiance qu’ils accordent à l’équipe du projet pour attribuer ultérieurement des récompenses appropriées. La force de cette confiance détermine directement le succès de la pointomics dans l’incitation à la participation. Or, cette confiance est étroitement liée au statut du projet : une équipe soutenue par de grands fonds de capital-risque (VC), appuyée par un écosystème influent ou disposant d’un solide pedigree inspire naturellement davantage de confiance. En revanche, les projets communautaires ou portés par des « degen » (spéculateurs audacieux) peinent généralement à susciter cette confiance au démarrage. Cela explique pourquoi les projets ayant réussi avec la pointomics sont souvent de grands oligarques Web3. On trouve facilement des exemples, notamment dans le secteur du Restaking.
Je pense donc que choisir la pointomics implique un coût de confiance plus élevé que d’utiliser directement des tokens. Elle convient mieux aux projets monopolistiques, mais fournit aussi à ces oligarques un outil plus commode pour exploiter les utilisateurs grâce à leur avantage d’échelle.
Les oligarques Web3 exploitent les utilisateurs via les Loyalty Points, sacrifiant au passage l’effet réseau
En quoi consiste concrètement cette exploitation des utilisateurs Web3 ? Principalement en trois aspects :
1. Coût temporel : en reportant habilement les récompenses réelles à un avenir indéterminé, les grands acteurs obligent les utilisateurs à immobiliser leurs actifs dans le projet pour espérer des gains futurs. Cela augmente considérablement le coût temporel pour l’utilisateur, qui doit rester engagé dans l’attente d’une reconnaissance future. Plus le temps passe, plus il devient difficile de décider de partir.
2. Coût d’opportunité : en période de marché haussier, la liquidité est cruciale, car les opportunités lucratives (alpha) abondent. Or, les capitaux bloqués dans un projet pour accumuler des points privent l’utilisateur d’autres rendements potentiels. Par exemple, imaginez que vous puissiez placer vos 10 ETH dans le projet A et obtenir immédiatement un APY de 15 %, mais que vous choisissiez plutôt le projet B pour gagner des points en espérant un retour futur, pour découvrir finalement que ce retour n’est que de 1 %. Un tel scénario tragique s’est récemment joué au sein de la communauté du projet star EtherFi.
3. Risque élevé, rendement potentiel faible : les projets en phase de lancement sont fragiles, surtout dans le monde Web3. Nous avons vu de nombreux projets phares atteindre rapidement un TVL élevé, puis perdre tous les fonds à cause d’un bug de contrat intelligent ou d’une erreur opérationnelle, erreurs toujours assumées par les premiers utilisateurs. Ces derniers encourent donc un risque bien supérieur à celui des projets matures. Toutefois, grâce à la souplesse offerte par la pointomics, l’équipe peut aisément abandonner les premiers contributeurs une fois le projet stabilisé, car ceux-ci sont devenus inutiles voire pesants. Si le projet échoue, elle minimisera les coûts en réduisant drastiquement les récompenses promises. Pour l’utilisateur, il s’agit donc d’un jeu dangereux à haut risque et faible rendement potentiel.
Mais cette exploitation est-elle idéale pour le projet ? Non plus. Car dans ce processus, le projet ignore l’effet réseau. La valeur fondamentale du Web3 réside dans la décentralisation, la co-gouvernance et la transparence. En transformant des bases de données fermées en plateformes publiques et transparentes via la blockchain, et en utilisant des incitations équitables (souvent sous forme de tokens), la puissance communautaire a permis de créer de nombreux miracles. La clé de ces réussites ? L’effet réseau. Or, en choisissant des Loyalty Points centralisés, on referme tout le système d’incitation, ce qui constitue un recul notable et une négligence de l’effet réseau. J’affirme donc que tout projet utilisant la pointomics qui ne parviendrait pas à effectuer une transition réussie vers la tokenomics — ou dont cette transition ne satisferait pas les utilisateurs — ne pourra jamais construire une communauté dynamique ni un écosystème plein d’espoir. Ce serait une perte bien plus grave.
Accorder de la liquidité aux Loyalty Points des projets Web3 est crucial et inévitable
La situation est-elle figée ? Je pense que la communauté cryptographique a déjà pris conscience du problème et agit. En effet, la nature centralisée des Loyalty Points leur fait perdre liquidité et transparence, plaçant les utilisateurs en position passive. Trouver des moyens de leur redonner de la liquidité devient donc un enjeu passionnant. Contrairement aux programmes de points Web2, les comportements clés des utilisateurs dans les projets Web3 étant majoritairement des actions sur chaîne (on-chain), ces données sont ouvertes et transparentes. Cela ouvre la voie à des solutions techniques permettant de transformer ces points hors chaîne en actifs traçables sur chaîne — quelque chose d’extrêmement difficile à réaliser dans le monde Web2.
Des projets intéressants émergent déjà pour résoudre ce problème, comme WhaleMarkets, Michi Protocol et Depoint SubDAO. Sur le marché des points de WhaleMarkets, on observe déjà de nombreuses transactions autour de comptes générant des points. Michi Protocol a même remporté un prix lors du hackathon ETH Denver, preuve que ce besoin existe bel et bien et offre un fort potentiel. En résumé, ces projets reposent sur deux grandes approches :
1. Créer un intermédiaire on-chain (comme un portefeuille) et le transformer en NFT, permettant ainsi d’encapsuler sur la chaîne le droit à tous les futurs revenus associés à ce compte. En achetant la propriété de cet intermédiaire, un utilisateur acquiert tous les droits futurs du compte, tandis que le vendeur peut anticiper ses gains futurs, sécuriser ses profits et réduire ainsi son coût temporel et son coût d’opportunité. C’est la voie empruntée par WhaleMarkets et Michi Protocol. Toutefois, cette méthode présente des limites : les NFT ayant une liquidité médiocre, il est difficile d’en faire un marché secondaire efficace. De plus, les innovations financières autour des NFT manquent encore de cas concluants, limitant ainsi leur potentiel d’effet réseau.

2. Similaire à la première approche, mais consiste à tokeniser directement les Loyalty Points hors chaîne en émettant un jeton ERC-20 sur chaîne qui reflète numériquement les points, et à lier la valeur du jeton à celle des points via un mécanisme spécifique. Ainsi, posséder le token équivaut à détenir le droit aux futurs gains des points correspondants. C’est la stratégie de Depoint SubDAO. Comparée à la première, cette méthode offre une meilleure liquidité sur le marché secondaire et un potentiel d’innovation financière plus élevé. Toutefois, la difficulté majeure réside dans la mise en place d’un lien fiable entre la valeur des Loyalty Points et celle du token. Bien que les comportements incités dans les projets Web3 soient souvent des actions on-chain, certains sont hors chaîne (comme suivre un compte X ou rejoindre une communauté), ce qui complique la couverture complète du mapping de valeur.

En conclusion, il est temps que les « degens » du Web3 prennent conscience de cette exploitation. Après avoir lutté sans relâche pour reprendre possession du réseau et échapper à la surveillance et à l’exploitation impitoyables des géants du Web2, ne perdons pas ce qui fait la fierté fondamentale du Web3.
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