
Les « killmo » américains font fureur sur Solana
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Les « killmo » américains font fureur sur Solana
Les mèmes-coins politiques de Solana en 2024 ressemblent étrangement à l'ère des « Sha Mat » avec leurs cheveux teints et leur langage martien, il y a quinze ans.
Par : Peng SUN, Foresight News
Avez-vous remarqué que, ces derniers jours, une culture politique populaire est née parmi les nombreux jetons spéculatifs (« shitcoins ») sur Solana ? Leurs hausses spectaculaires ont attiré l'attention de personnalités comme les fondateurs de zkSync, Phantom ou encore Ryan Selkis de Messari.
Ces mèmes prennent leur source chez des figures politiques avant de s'étendre au divertissement, à la culture, aux affaires et même à la religion. Ils reposent sur un jeu de mots humoristique et déformé autour des voyelles (a, e, i, o, u), rappelant fortement les « caractères martiens » de l'époque « Shamate » il y a quinze ans. Sur le plan artistique, ils sont caractérisés par des personnages tendus, la tête penchée, avec un effet visuel exagéré – véritablement l’archétype du jeune homme farceur.
Presque chaque jour, de nouveaux jetons inspirés de ce style apparaissent sur Solana, en nombre infini, connaissant souvent des gains allant jusqu’à cent ou mille fois leur valeur initiale. Par exemple : olen mosk (Musk), doland tremp (Trump), jeo boden (Biden), Killary Clenton (Hillary), JFK (Kennedy), berik obema (Obama), whoren (Elizabeth Warren), Puten (Poutine), keem (Kim Jong-un), gery gaysler (Gary Gensler, président de la SEC américaine), LEREY (Larry Fink, fondateur de BlackRock), Benance (Binance), Chungpingzao (Changpeng Zhao), taylur et TelorSwif (Taylor Swift), YEEZUS (chaussures Adidas Yeezy), Kenye East (Kanye West), sidny zwine (l’actrice américaine Sydney Sweeney), juses crust (Jésus), etc. J’ai observé que ce style de mème s’est désormais étendu d’abord à Solana, puis aussi à Ethereum.

D’où vient donc ce style artistique et culturel des memecoins ? Pourquoi est-il devenu un phénomène culturel partagé ? Aujourd’hui, Foresight News décrypte ce phénomène culturel à travers les prismes de la mémétique, de la science politique et de l’histoire.
Le Shamat et les mèmes internet
Le « Shamat » incarne une époque révolue. À l’ère médiévale d’internet en chinois dominée par Tencent QQ, le style « Shamat », les courants « non-conformistes » et les « caractères martiens » étaient pour de nombreux adolescents un moyen d’affirmation identitaire et d’expression sociale. Ce n’est qu’aujourd’hui, des années plus tard, que je réalise soudainement qu’il s’agissait là d’une forme précoce de « mème internet ».
Dans le dictionnaire Merriam-Webster, le terme « mème » a deux significations : premièrement, un contenu amusant, notamment des images ou vidéos populaires diffusées massivement sur les réseaux sociaux ; deuxièmement, une idée, un comportement, un style ou une pratique transmis entre individus au sein d’une culture.
Contrairement aux simples GIFs accompagnant les discussions sur les réseaux sociaux actuels, le langage (les « caractères martiens ») et les coiffures du mouvement Shamat ont influencé l’internet précoce pour former une identité collective. Le linguiste américain Edward Sapir disait : « Derrière le langage se cachent des choses profondes. Le langage ne peut exister indépendamment de la culture. » Quant au mème culturel derrière Shamat, il reflète probablement l’autodérision des jeunes face à la pauvreté dans le processus d’urbanisation, ainsi que leur rébellion contre la famille et l’autorité.
En réalité, le « mème » est un concept issu de la théorie évolutionniste culturelle, initialement introduit par le zoologiste de l’université d’Oxford Richard Dawkins dans son livre *Le Gène égoïste*. Pourquoi parler d’évolution culturelle ? Examinons d’abord ce qu’est un « gène ». Dawkins considère le gène comme l’unité fondamentale de l’évolution biologique, les « gènes réplicateurs » étant les ancêtres de la vie. Entre eux, c’est la loi du « survival of the fittest » – le plus apte survit – tandis que les organismes vivants servent uniquement à transmettre et reproduire les gènes.
Ces dernières années, beaucoup d’entre nous ont probablement dit : « L’essence humaine, c’est de répéter en boucle. » Cette phrase semble moquer l’imitation et le manque d’originalité chez autrui, mais en y réfléchissant, on constate que l’humain est effectivement fait pour répéter. La transmission du savoir, depuis l’Antiquité jusqu’à aujourd’hui, repose largement sur la tradition orale, de génération en génération. Par exemple, une anecdote entendue lors d’un repas devient demain le sujet de conversation avec un ami.
Ce processus de transmission du savoir et de la culture ressemble à la théorie de l’évolution : seuls les éléments adaptés survivent et se propagent largement. C’est précisément ce que Dawkins définit comme un « mème ». Il prolonge ainsi la théorie darwinienne de l’évolution, attribuant aux mèmes les mêmes caractéristiques que les gènes : fidélité (variabilité), capacité de reproduction et durée de vie. On peut d’ailleurs noter que « meme » et « gene » ont une prononciation similaire.
Du point de vue évolutionniste, internet et les mèmes sont faits l’un pour l’autre. La nature hautement virale du réseau dépasse les limites spatiales, conférant aux mèmes une puissance de diffusion et de reproduction inédite. Les mèmes « adaptés » perdurent, les autres disparaissent rapidement.
Prenons un autre exemple : la religion est elle aussi un cas typique de mémétique. L’islam, né dans la lignée du judaïsme, insiste particulièrement sur la propagation de la doctrine, l’élargissement du nombre de fidèles, et cette capacité de reproduction qui effraie parfois l’Europe. Comprendre la mémétique, c’est déjà bien comprendre ce qui se passe avec les memecoins politiques à la mode sur Solana.
« S’intéresser à la politique, commence par un mème »
« S’intéresser à la politique, commence par un mème » – tel est le reflet, ces dix dernières années, de la politisation ludique et divertissante de la société américaine.
Le 5 mars dernier, les États-Unis ont connu leur « Super Tuesday », jour quadriennal marquant les primaires présidentielles. C’est le jour où le plus grand nombre d’États organisent leurs primaires ou réunions de caucus, fournissant un indicateur fort des futurs candidats probables des deux partis.
Parmi les premiers memecoins politiques, on trouve tremp et boden. Trump et Biden sont respectivement les candidats les plus en vue du Parti républicain et du Parti démocrate pour l’élection présidentielle de 2024. Au 11 mars, Trump menait largement avec 1075 voix côté républicain, mais sans atteindre le seuil de 1215 ; Biden comptait lui aussi 1866 voix côté démocrate, loin devant, mais toujours en deçà du seuil de 1969. (Suivi en temps réel : Politico)

Pourquoi voir émerger des memecoins basés sur des portraits politiques ? Je pense que cela découle de la « mémétisation de la politique américaine » (The Meme-Ification of American Politics, The New Yorker).
Cette histoire remonte probablement à Pepe the Frog, vers 2015-2016, bien avant l’apparition du jeton PEPE dans la crypto-sphère.
Pepe the Frog a été créé par Matt Furie en 2005 dans la bande dessinée *Boy's Club*. Il devient un mème internet à partir de 2008, puis divers mèmes à partir de 2014. Mais dès 2015, Pepe est progressivement perçu comme un symbole de l’extrême droite alternative : nazisme, Ku Klux Klan, suprémacie blanche, etc. Durant la campagne présidentielle américaine de 2016, les mèmes Pepe commencent à être associés à l’élection. L’extrême droite alternative, conservatrice et marginalisée, prône la suprématie blanche, soutient Trump, et rejette l’immigration et la société multiculturelle.
En octobre 2015, Trump retweete une image de Trump en version Pepe provenant de l’extrême droite, accompagnée du message « You can't Stump the Trump », exprimant ainsi sa position politique.

Peu après, fin septembre, lorsque ce Pepe devient une actualité médiatique, Hillary Clinton qualifie la majorité des partisans de Trump de « déplorables », suggérant implicitement des traits racistes et sexistes. En réponse, le fils de Trump partage sur Instagram une affiche détournée du film *Expendables*, où Pepe, Trump et d’autres conservateurs portent l’étiquette « déplorables ».

Peu de temps après, l’équipe de Clinton publie un article intitulé « Trump, Pepe et les suprémacistes blancs : une explication » (depuis supprimé), affirmant que « Pepe est plus sinistre que vous ne l’imaginez ». À partir de là, Pepe devient un symbole du suprémacisme blanc dans le consensus social américain.
En 2020, durant la campagne entre Biden et Trump, les conservateurs utilisent des mèmes de Biden âgé de 78 ans pour le présenter comme « vieillissant », « lent », « faible », créant ainsi l’image d’un président trop âgé pour gouverner. Pourtant, Trump n’a que quatre ans de moins que Biden. La différence tient au fait que Biden appartient à l’aile modérée blanche, prônant une « politique apaisée », tandis que l’extrême droite alternative vit dans un monde binaire, noir ou blanc, homme ou femme, opposition raciale.
Dans *La Psychologie des foules*, Gustave Le Bon explique que la raison pour laquelle les foules tombent dans l’inconscience tient à ce que chaque individu en groupe éprouve facilement une opposition binaire, simplifiant le monde en termes extrêmes. C’est aussi pourquoi l’informatique binaire a vaincu l’informatique ternaire : comprendre le monde en binaire est plus simple, voire plus efficace. De plus, le binaire fait partie intégrante du monde et permet d’expliquer certains phénomènes.
Plus encore, sur les réseaux sociaux de l’ère internet, plus un contenu est tranchant et radical, plus il se diffuse facilement. Le choix importe peu ; ce qui compte, c’est que le réseau offre aux individus un espace d’expression émotionnelle, favorisant ainsi la naissance d’un mème viral.
C’est ainsi que naissent les histoires de mèmes comme Pepe liés à l’élection présidentielle américaine. Mais le mème, en tant que forme de bande dessinée, a ses racines dans la caricature politique américaine apparue dès la deuxième moitié du XIXe siècle. Thomas Nast, père de la caricature américaine, a influencé cinq élections présidentielles grâce à ses dessins satiriques acerbes, soutenant Lincoln, Grant, Hayes et Cleveland tout en ridiculisant les candidats battus. L’expression « lutte entre l’âne et l’éléphant » symbolisant les deux partis américains provient justement des bandes dessinées de Thomas Nast publiées en 1874 et 1877 dans *Harper’s Weekly*.

Source de l'image : Helen Kampion, The Donkey and Elephant, The White House.
À l’ère d’internet, le support de la caricature politique devient le mème. Quelle que soit la forme, elles réduisent la politique complexe à des symboles simplifiés, flattant la curiosité morbide et le goût du laid du public, transformant par la satire, l’ironie, la moquerie ou l’humour acerbe la politique nationale ardue et l’image des dirigeants en spectacle divertissant. Voilà la particularité de la démocratie à l’américaine, qui permet à tous de participer à la politique, même si cela fragmente davantage la société américaine.
Revenons maintenant à nos memecoins sur Solana. Observons d’abord tremp, dont la valeur a augmenté près de mille fois depuis le 28 février, avec une capitalisation actuelle d’environ 29 millions de dollars.

Le mème de tremp représente un homme blond d’un certain âge, plein d’énergie, avec pour slogan : « mek memes gret agen ».

tremp transforme en mème les revendications politiques de la campagne présidentielle de Trump :
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Il est le président milliardaire de Solana
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Son travail consiste à gagner de plus en plus d’argent
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Il veut détruire joe boiden
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Il veut unifier les mèmes sur Solana
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Enfin, donnez votre vote à Trump en 2024 !


À l’inverse, boden paraît vieux et fatigué, mais peut-être s’agit-il d’un trait d’humour de ses partisans, exprimant ainsi leur soutien à Biden, et utilisant le memecoin pour lui faire campagne.

boden a été lancé le 4 mars et a également connu une hausse de plus de 1000 fois en une semaine, avec une capitalisation actuelle d’environ 40 millions de dollars.

En réalité, tremp et boden sont tous deux des symboles politiques de cette période, résultats de la mémétisation de la politique américaine. Par exemple, hier, Ryan Selkis, fondateur et PDG de Messari, a tweeté que la capitalisation de tremp avait dépassé celle de boden. Mais aussitôt, le portefeuille cryptographique Phantom a demandé en commentaire si Ryan avait voté pour boden.

Portés par les primaires présidentielles américaines, d’autres mèmes politiques mondiaux ont fait leur entrée sur la scène Solana : Hillary, Obama, Kim Jong-un, Kennedy, Warren, Poutine, Hitler, etc. Parallèlement, ce type de mème s’étend des figures politiques aux domaines du commerce, du divertissement, de la culture, de la religion, voire des criminels.
En résumé, les thèmes Trump et Biden sur Solana ont intrinsèquement une nature divertissante. Toutefois, les mèmes dérivés de tremp et boden ont largement abandonné toute dimension politique pour se tourner vers un « divertissement jusqu’à la mort ». Dépourvus de fondamentaux solides, ils connaissent souvent des hausses et baisses violentes. Mais en tant que mèmes, ils ont réussi.
Retour en 2012 : Spider-Man mal orthographié, Spoderman devenu viral
D’où viennent exactement ces memecoins basés sur des erreurs d’orthographe de Trump et Biden ? C’est la question que beaucoup se posent.
Actuellement, le prototype animé au cou penché semble provenir de Spoderman. Selon le site Know Your Meme, Spoderman est une mauvaise orthographe de Spider-Man, apparu pour la première fois le 29 mars 2012 sur FunnyJunk sous forme d’image Microsoft Paint. Il s’agit d’une version particulièrement laide d’un dessin de Spider-Man, publié par l’utilisateur vilfederation, qui a recueilli en cinq ans plus de 770 mentions « J’aime » et 64 000 vues.

Initialement, les internautes partagent l’image Spoderman et ajoutent des commentaires, incluant volontairement des fautes d’orthographe dans « Spider-Man », transformant aussi Mary Jane et Green Goblin en « mari jene » et « grn gublyn ».

Le 30 mars, Spoderman apparaît dans une bande dessinée de Dolan, publiée elle aussi sur FunnyJunk :

Le 12 avril, un vidéaste nommé Dolan Duk publie sur YouTube « The Uncle Dolan Show Episode 1 », dans lequel Dolan et Gooby croisent Spoderman.

Le 23 juillet, la chaîne YouTube Spodermen est créée. Elle compte désormais 317 000 abonnés. Sa dernière vidéo date de 2018, et la première, « Spoderman Theme Song », a dépassé 680 000 vues en cinq ans.

Le 10 septembre 2016, Behind The Meme publie sur YouTube « Qu'est-ce que Spoderman ? L'histoire du mème Spider-Man expliquée », visionné plus de 1,25 million de fois.

Il est clair que le mème Spoderman a très tôt acquis une reconnaissance forte sur internet. Si vous explorez la chaîne YouTube Spoderman, vous verrez que ce mème était déjà lié à la politique américaine et aux élections présidentielles vers 2014.
Nous avons retracé l’histoire de Spoderman. Revenons maintenant aux memecoins tremp et boden. Si notre recherche est correcte, leur origine remonte à Spoderman, car son influence sur internet a été extraordinaire ces dix dernières années.
Le 24 janvier 2024, le jeton Spoody, thème Spodermen sur Solana, est officiellement lancé, atteignant une hausse maximale proche de 100 fois, avec une capitalisation actuelle de 2,3 millions de dollars. À noter que le 5 mars, Spoody annonce avoir acquis les droits d’auteur de Spodermen auprès de l’héritier de l’auteur original.


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