
Pourquoi Nostr est important : la liberté d'être libre de la domination des serveurs
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Pourquoi Nostr est important : la liberté d'être libre de la domination des serveurs
Le pouvoir du serveur (Relais) est affaibli, tandis que les droits du client sont renforcés.
Merci à Nostr de nous offrir l'occasion de nous réunir et d'échanger quelques idées sur les réseaux sociaux. Je suis Digi Monkey, auteur du client Nostr flycat.club et utilisateur Digi Monkey. Flycat est un client Nostr proposant des fonctionnalités telles que le changement de groupe de relais, un fil d'information combinant publications longues et courtes, les communautés, la connexion via JoyID ou MetaMask, entre autres.
Aujourd'hui, j'aimerais parler de ma vision de Nostr, et expliquer pourquoi il est important pour l'espace cybernétique.
Retour en 1996
Je voudrais d’abord partager une citation :
Nous créerons une civilisation de l'Esprit dans l'espace cybernétique. Puisse-t-elle être plus humaine et plus juste que le monde que vos gouvernements ont créé jusqu’ici.
Certains d’entre vous reconnaîtront peut-être cette phrase. Elle provient de la conclusion de la « Déclaration d'indépendance du cyberspace », un texte publié sur Internet le 8 février 1996 par un certain John Perry Barlow. En 1996, Internet était encore très nouveau. Pour référence, le navigateur Netscape avait été lancé deux ans plus tôt. À cette époque, le concept même d’espace numérique – ou « cyberspace » – restait flou pour la plupart des gens. Pourtant, cette déclaration utilisait un ton catégorique pour décrire une vision utopique et fortement idéalisée de ce que pourrait être une communauté internet.
Dans cet article fondateur, deux principes fondamentaux sont affirmés :
1. L’espace numérique et le monde physique sont dualistes, entièrement indépendants. Il n’y a ni frontières, ni discrimination, ni matérialité dans le cyberspace.
2. Le cyberspace n’a pas besoin de la gouvernance du monde réel, ni de lois coercitives. L’ordre y émerge spontanément à travers des « codes » non écrits : code informatique, morale, éthique, intérêt personnel éclairé, bien commun.
Ce dont nous parlons aujourd’hui sous le terme général de « réseau social » (social network) correspond précisément à cet espace cybernétique, à ce nouveau continent numérique, à toute la vie en ligne – une grande communauté où les individus échangent informations et services.
C’est exactement ce dont parlait la Déclaration. Relisons quelques extraits du texte original pour mieux comprendre l’attente qu’on plaçait alors dans cette nouveauté :
Le monde du réseau est composé de transmission d’informations, d’interactions relationnelles et de la pensée elle-même… Notre monde est à la fois omniprésent et insaisissable, mais ce n’est certainement pas un monde fait de matière.
Nous créons un monde où chacun peut participer, sans privilèges ni préjugés liés à la race, à la puissance économique, à la force ou au lieu de naissance.
Nous créons un monde où n’importe qui, n’importe où, peut exprimer ses croyances sans craindre d’être contraint au silence ou à l’obéissance, peu importe combien ces croyances peuvent paraître bizarres.
Vos concepts juridiques sur la propriété, l’expression, l’identité ou la migration ne s’appliquent pas ici. Tous reposent sur la matérialité, or nous n’avons pas de matérialité.
Nos membres n’ont pas de corps. Contrairement à vous, nous ne pouvons donc imposer l’ordre par la force matérielle. Nous croyons que notre gouvernance émergera de l’éthique, de l’intérêt personnel éclairé et du bien commun. La seule loi reconnue dans notre culture interne est la « règle d’or » (ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse). C’est sur cette base que nous espérons construire nos propres solutions.
On voit bien que l’imaginaire de l’époque était profondément idéaliste. La gouvernance y était conçue de manière floue. Comparé au monde numérique actuel – devenu une réalité concrète intégrée à notre quotidien – il y a désormais un écart considérable. On peut même dire que les choses ont bifurqué. De nombreuses communautés web3/blockchain affirment d’ailleurs qu’Internet a pris un mauvais chemin, s’éloignant de ses intentions premières.
Le monde cybernétique aujourd’hui
Les deux principes fondamentaux énoncés dans la « Déclaration d’indépendance » ont été largement violés par l’Internet actuel :
1. La puissance d’Internet aujourd’hui vient justement du fait qu’il est étroitement lié au monde réel, et non indépendant. Des services comme la livraison, les taxis ou la location d’hébergement enveloppent totalement la vie quotidienne. Internet a envahi la réalité, voire la guide désormais. À l’époque, Internet ressemblait davantage à une nouvelle terre purement intellectuelle. On croyait alors pouvoir créer un foyer libre pour la pensée humaine.
2. Ce foyer devait être entièrement autonome, sans ingérence des lois ni des gouvernements. Cette idée aussi a été balayée. Aujourd’hui, tous les États régulent activement Internet, adoptant diverses lois sur les télécommunications, généralement selon le principe de territorialité : un service internet, son opérateur, l’emplacement de ses serveurs et de ses données déterminent quel gouvernement et quelles lois s’appliquent.
Je ne juge pas ici si ces évolutions sont bonnes ou mauvaises, ni si la vision de la Déclaration était nécessairement juste. Je constate simplement qu’il existe un grand écart entre l’idéal initial et la réalité actuelle.
La question qui m’intéresse est : comment ce changement s’est-il produit ?
1. Selon la narration dominante, on assiste à l’avènement d’un cyberpunk : grandes entreprises, gouvernements, développement technologique incontrôlé, produisant une réalité de « haute technologie, basse vie » (high tech, low life).
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Exemple 1 : les livreurs sont comme des chasseurs de primes de science-fiction, employés par un système, vivant sous la gestion d’algorithmes. Beaucoup veulent s’en libérer, mais en dépendent souvent.
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Exemple 2 : sur le plan purement spirituel – proche des réseaux sociaux – la vie sur Twitter illustre bien cela. Vous n’avez aucun droit fondamental, pas même celui de propriété de votre compte. Les utilisateurs n’ont qu’un droit d’usage temporaire. Encore moins le droit de parole libre. Tout cela appartient à Musk et à l’entreprise Twitter.
2. D’un autre point de vue, en observant la relation homme-machine, je pense que ce changement reflète aussi une guerre de pouvoir entre humains et machines.
a civilization war between machines and humans
Ici, « machine » désigne surtout les serveurs. Un service en ligne, notamment un produit de type plateforme, se compose généralement d’un serveur (contrôlé par une entreprise privée ou un développeur, accessible via API autorisée) et d’un client (logiciel utilisé localement par l’utilisateur, via navigateur ou application mobile). L’utilisateur utilise le client pour accéder au serveur, lire/écrire des données, effectuer des calculs, consommer un service.
Dans ce processus, le serveur détient un pouvoir maximal :
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Identité (nom, identité, compte – « qui suis-je, comment prouver que je suis moi » – et en corollaire : le réseau relationnel)
Votre identité est demandée au serveur lors de l’inscription. Il décide de vous l’accorder ou non, voire de la transférer à quelqu’un d’autre. Par exemple, sur Weibo, les noms d’utilisateurs sont uniques. Qui obtient les bons noms ? Le serveur décide. Comme il contrôle « qui vous êtes », il contrôle aussi vos amis – le fameux réseau social – souvent vu comme un produit dérivé de l’identité. Le cas typique est WeChat : le carnet d’adresses est son actif le plus précieux.
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Données (moyens de production – où sont stockées les données, qui a le droit de les gérer, possibilité de falsification, propriété, droits d’usage)
Bien que la majorité des données soient produites par les utilisateurs, elles sont stockées sur les serveurs. Le serveur garantit aussi qui a produit quoi, et empêche la falsification. Dans la plupart des cas, vous n’avez qu’un droit d’usage sur vos données ; la propriété appartient à la plateforme.
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Transactions (rapports de production – qui peut fournir ou consommer des services, quelles règles, commissions éventuelles)
Les règles sont codées dans le serveur, qui peut les modifier à tout moment. Ayant accès aux données, il peut ajuster leur usage à sa guise.
On voit que le processus par lequel le serveur fournit un service rappelle fortement la manière dont un État gouverne ses citoyens.
S’inscrire sur Twitter revient à s’enregistrer à la police, qui vous attribue un numéro d’identité. Ce numéro est votre passeport, indispensable pour louer un logement, produire, consommer. Tout cela s’accompagne de règles sociales (lois, morale) encadrant votre comportement.
Sur Twitter, il existe des « conditions d’utilisation » analogues aux lois. Si votre compte enfreint certaines règles, Twitter peut le suspendre. Mais comparé au droit réel, ce système est bien pire. Les citoyens peuvent participer à l’élaboration des lois, disposer de tribunaux et d’avocats pour défendre leurs droits, assurer une justice procédurale. Rien de tout cela en ligne : Twitter décide seul.
Il faut donc réaliser que, dans l’espace cybernétique, les droits fondamentaux – les « droits de l’homme » – sont encore plus faibles qu’en monde réel. Si dans la vie réelle nous sommes entrés dans une ère de civilisation moderne avec des États souverains, dans le cyberspace, nous en sommes encore à l’ère de l’esclavage ou du féodalisme. Le serveur est le roi, le monarque, l’empereur.
Quel rôle joue Nostr dans ce contexte ?
Nostr occupe une position très particulière. J’aime utiliser ce spectre pour le situer : de gauche (centralisé) à droite (décentralisé), Nostr se place légèrement à droite du centre :
Notez que ce spectre décrit différentes approches techniques pour fournir des services en ligne, et n’a aucun lien avec les identités politiques hors ligne. « Gauche » et « droite » ne sont ici que des métaphores.
Aile droite (centralisation)
À l’extrême centralisé, on retrouve le modèle où le serveur concentre tout le pouvoir. Appelons cela l’aile droite, conservatrice. Elle inclut :
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Entreprises commerciales (forces principales : grandes entreprises, startups)
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Individus ou petits groupes (auto-hébergement geek / développeurs indépendants)
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Gouvernements (portails officiels, services publics, administration en ligne)
L’aile droite construit beaucoup de serveurs, beaucoup de machines, et nous vivons sous la domination de ces machines.
Notons que certains développeurs indépendants proposent des logiciels uniques et beaux, mais restent dans le modèle centralisé : un seul développeur décide de tout.
Prenons l’exemple de https://tilde.town/, une communauté hébergée sur un serveur Linux. L’initiateur fournit les ressources ; vous pouvez demander à rejoindre, obtenir des identifiants SSH pour accéder au serveur, y écrire, dessiner, créer, et partager avec les autres membres.
Cette communauté est typiquement gérée par une personne : les demandes d’entrée sont validées manuellement, et un mauvais comportement peut entraîner une expulsion. Avec près de 1000 membres, c’est une petite communauté agréable, mais toujours basée sur le modèle décrit plus haut.
Souvent, cette approche est raisonnable. Tant que les membres acceptent la gouvernance du serveur et que la communauté progresse sans obstacle, il n’est pas nécessaire de remplacer ce modèle centralisé par un modèle décentralisé. Les services centralisés ont leur légitimité. C’est pourquoi je rejette l’idée que « la blockchain mangera tout ».
Aile gauche (décentralisation)
L’aile gauche représente l’extrêmement décentralisé. Elle inclut :
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Réseaux pair-à-pair (nœuds volontaires : BitTorrent, Tor, SSB)
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Blockchain (le code comme loi coercitive, nécessitant incitation et consensus)
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Logiciels libres (pas de service fourni, open source, financement par dons)
L’aile gauche veut que chacun exécute sa propre petite machine maison, reliant tous les appareils sous une loi cybernétique mondiale unique : le code de la loi, la couche de consensus du réseau blockchain.
L’aile gauche radicale est aujourd’hui une force importante. Prenons la blockchain : elle cherche à créer un système équitable, rigoureusement codifié. Par exemple, l’offre totale de bitcoins est limitée à 21 millions, chaque unité extraite après un calcul complexe, et tous les nœuds doivent respecter les mêmes règles.
Comment modifier ces règles ? Il existe des mécanismes spécifiques. Certaines blockchains utilisent des DAO pour voter des propositions. Bitcoin, lui, repose davantage sur une gouvernance hors-chaîne, où les mises à jour dépendent de l’adoption par les mineurs.
La blockchain construit donc un système hautement idéalisé, proche de la démocratie athénienne antique, où tous participent intensément. Nostr, en revanche, n’a pas une telle ambition. Il se contente de quelques règles simples, laissant le reste libre – proche du libéralisme moderne, où la vie personnelle et politique sont clairement séparées, et où la loi ne doit pas intervenir au-delà de cette ligne.
Regardons de plus près les différences de Nostr.
Nostr : une voie modérée et pragmatique
Le protocole Nostr est minimaliste, occupant une position singulière, ni trop à gauche ni trop à droite, mais modérée. Comparons selon trois axes : identité, données, transactions.
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Identité : une simple paire de clés publique/privée, entièrement contrôlée par l’utilisateur. Le serveur ne peut pas lui retirer son identité. Seul « moi » peut prouver que « je suis moi ».
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Données (moyens de production) : Nostr définit le format des données (JSON très simple) et leur diffusion (standard de communication entre client et serveur)
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Format des données : norme commune, avec une règle cruciale : tout message doit être signé.
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Diffusion des données : utilisation forcée de WebSocket pour la communication client-serveur, avec format standard défini. Pourquoi imposé ? Pour faciliter le démarrage – une décision pragmatique.
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Transactions (rapports de production) : possibilité d’intégrer le réseau Lightning de Bitcoin pour des paiements natifs en cryptomonnaie, mais optionnel (très important). Sinon, aucune règle supplémentaire : tout ce qui n’est pas interdit est permis.
Dans l’écosystème Nostr, le serveur est appelé Relay. Les données produites par les utilisateurs y sont seulement stockées temporairement. Chaque donnée étant signée, le serveur ne peut ni falsifier ni nier la paternité d’un utilisateur.
La diffusion des données dépend de requêtes vers des Relays publics. Une donnée peut être présente sur plusieurs Relays, et un utilisateur peut récupérer la même donnée depuis plusieurs Relays. Ce mécanisme permet aux utilisateurs de changer librement de Relay. Le serveur perd ainsi le pouvoir de définir l’identité, de posséder les données ou d’imposer des règles. Il ne reste qu’un simple stockage temporaire, comme un disque dur connecté via API, payé uniquement pour ce service. Son rôle devient bien plus neutre.
Conclusion : le pouvoir du serveur (Relay) est affaibli, celui du client renforcé.
Certains craignent que le client ne devienne trop puissant, dominant au point d’enfermer les utilisateurs. La réponse est non. Le pouvoir du serveur ayant été déconstruit, le coût de changement de client est très bas. Ce risque est donc minime.
Toutefois, une vigilance est nécessaire : certains clients pourraient introduire trop de fonctionnalités personnalisées sous prétexte de « cache/optimisation », allant au-delà du protocole Nostr. Si ces « optimisations » deviennent trop nombreuses, on retombe sous la domination d’un client spécifique, au détriment du standard Nostr. L’écosystème serait alors capturé par un produit.
Mais actuellement, comme le passage d’un client à un autre est quasi gratuit, le vrai défi pour les développeurs est de proposer des produits différenciés (tout en restant compatibles) et de trouver un modèle économique viable – plus difficile encore que pour les Relays. Ce sujet reste ouvert.
Par ailleurs, je trouve que l’architecture relay-client de Nostr reflète bien le fonctionnement réel de la société humaine.
- Relay comme cache gratuit ou stockage long terme payant
Dans l’écosystème Nostr, un Relay peut être vu comme un service de cache gratuit ou de stockage long terme payant (free to cache, pay to save). Beaucoup de nouveaux utilisateurs demandent : que se passe-t-il si un Relay tombe en panne ? Mes données sont-elles perdues ? Oui, elles le seront. Mais ce n’est peut-être pas un problème.
Le réseau social Nostr ressemble à une conversation dans un café. Un Relay public gratuit ne fait que mettre en cache vos messages, comme un médium de diffusion. Vos paroles voyagent par l’air, comme les messages passent par le Relay. Une fois la discussion terminée, chacun rentre chez soi, et les mots s’évanouissent dans l’air.
Si vous jugez vos propos précieux, vous pouvez lancer votre propre Relay pour les archiver durablement – comme tenir un journal après une conversation. La plupart n’en feront rien. Si vos données vous tiennent à cœur, vous pouvez utiliser un Relay payant. C’est comme louer un garde-meuble quand votre maison est pleine.
- Relay comme communauté autonome locale
Les réseaux sociaux actuels sont globaux, ce qui pose problème. Le cerveau humain n’est pas fait pour traiter une information mondiale. Nous avons vécu longtemps dans de petits villages de quelques centaines de personnes. Quand Internet vous inonde d’informations mondiales, vous devenez anxieux : guerres, conflits commerciaux, blocages technologiques… Le modèle Relay permet de revenir à de petites communautés autonomes. Chaque Relay est une communauté, avec une autonomie locale. Changer de Relay revient à changer de communauté.
Pourquoi dis-je que Nostr est pragmatique ? C’est précisément cela. On recule d’un pas, on abandonne le rêve P2P pour chercher une solution de « multi-centralisation » et d’autogestion communautaire à petite échelle. Pourquoi abandonner le P2P ? Parce que « ça ne marche pas » (ce sont les mots de fiatjaf, et je suis d’accord). Après toutes ces années, le P2P n’est pas devenu un service social utilisable par tous. Il est trop compliqué. Opter pour plusieurs Relays interchangeables est bien plus réaliste, et fonctionne déjà.
Une erreur fréquente : croire que Nostr est décentralisé et exempt de censure. En réalité, chaque Relay est un centre. Chaque Relay choisit quelles données stocker, ce qui constitue une forme de censure. Mais cette censure me semble acceptable : le Relay assume des risques juridiques réels, est exploité par une personne physique supportant des coûts, et a donc le droit de choisir ses utilisateurs et données. Ce que nous refusons, c’est d’être tous obligés de suivre les règles d’un seul serveur. Si vous n’aimez pas un Relay, changez-le.
Différence entre l’écosystème Nostr et la blockchain
La blockchain est un système très coûteux et strict. Ses données doivent atteindre un consensus entre nœuds, garantissant une cohérence finale (consistance éventuelle). La blockchain offre de la confiance : un contrat intelligent fonctionnera comme codé. Pour l’utilisateur, cela signifie que la chaîne Bitcoin est digne de foi pour enregistrer les soldes. Mais cette confiance a un prix élevé : chaque mineur Bitcoin dépense de l’énergie pour le PoW.
À l’inverse, Nostr est très bon marché. Son système est lâche. Sur Nostr, on garantit seulement que chaque message envoyé est signé par un compte. La confiance est mince : on sait juste qu’un message provient bien d’une clé publique donnée. Rien d’autre n’est garanti : disponibilité des données, ordre des messages, etc.
En contrepartie, Nostr est souple et flexible. Les parties non réglementées par le protocole laissent de l’espace à l’écosystème pour évoluer librement. Cette liberté permet facilement de connecter d’autres systèmes, de devenir une norme pour les identités décentralisées (DID), car Nostr est suffisamment mince et simple. Contrairement aux blockchains, il n’a pas de biais systémique (ex. : BTC vs ETH).
Sur le plan méthodologique, Nostr diffère fondamentalement de la blockchain. Cette dernière exige une conception rigoureuse : protocole bien défini, logiques d’acteurs, incitations économiques, mécanismes de mise à jour. Nostr, lui, fixe seulement quelques règles essentielles, laisse le reste évoluer naturellement. Par exemple, le modèle économique des Relays n’est pas son problème. Que les acteurs trouvent leurs propres solutions. Seuls survivront ceux qui apportent une valeur réelle.
En résumé, la blockchain est formidable. Elle pourrait résoudre 5 % des problèmes humains – des questions cruciales comme la monnaie et la finance. Mais elle est coûteuse, et on ne peut pas compter sur elle pour les 95 % restants. Tous les problèmes n’ont pas besoin d’une confiance aussi lourde. Nostr, lui, pourrait résoudre 80 % des cas, où une confiance légère suffit. Les 15 % restants peuvent garder les modèles centralisés traditionnels.
Pour moi, ce qui rend Nostr passionnant, c’est son écosystème, au-delà du protocole. Peu importe la beauté d’un protocole, sans une communauté autour, il ne peut pas évoluer. La vraie richesse de Nostr n’est pas le protocole, mais les personnes qui s’y rassemblent. Beaucoup sont des BTC maxi, mais d’autres s’en moquent. En observant l’évolution de cet écosystème, on est frappé par sa vitalité, qui résonne étrangement avec les principes des créateurs de TCP/IP (IETF) :
We reject: kings, presidents and voting.
Nous rejetons : rois, présidents et votes.
We believe in: rough consensus and running code.
Nous croyons : au consensus approximatif et au code opérationnel.
C’est-à-dire que notre credo est de ne pas laisser une seule personne dicter les décisions (roi ou président), ni de décider par vote, ni dans le vide théorique. Au contraire, nous cherchons à décider avec le consentement général, malgré quelques désaccords (consensus approximatif), et privilégions le code fonctionnel aux conceptions théoriques.
L’écosystème Nostr partage ces traits :
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Structure organisationnelle : aucune organisation officielle, financement léger (ex. Jack)
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NIPs : adhésion libre, tout est optionnel, débats ouverts, le fondateur n’a pas peur d’exprimer son opinion
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Développement rapide : tout se passe publiquement (lancement, discussion, retour, débat)
La plupart des ajouts au protocole Nostr suivent ce chemin : des développeurs de clients/relais introduisent une fonctionnalité, la testent avec des utilisateurs, recueillent des retours, d’autres développeurs s’engagent, des NIPs sont proposés, discutés, puis finalisés — c’est exactement à quoi ressemble le « consensus approximatif et code opérationnel ».
Conclusion
L’imaginaire initial du cyberspace a divergé de la réalité. L’évolution technologique – P2P ou blockchain – pousse à redécouvrir ces rêves initiaux. C’est là que Nostr, par sa position modérée et pragmatique, propose une alternative. En essence, Nostr est un compromis : P2P et blockchain sont trop lourds pour des scénarios nécessitant une simple confiance légère. Nostr possède un écosystème unique, axé sur le consensus approximatif et le code fonctionnel. Sa simplicité extrême laisse de l’espace à l’évolution libre, pouvant en faire un point de convergence universel.
Cet article expose des réflexions éparses. Faute de temps, de nombreux sujets n’ont pu être approfondis. J’espère avoir l’occasion d’explorer plus tard les défis et opportunités de Nostr.
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