
Carnet Crypto de Davos : le fantôme cryptographique qui hante l'Europe
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Carnet Crypto de Davos : le fantôme cryptographique qui hante l'Europe
Crypto, plus un acteur extérieur.
Rédaction : John, correspondant spécial de TechFlow, depuis Davos, Suisse
Note : Le Forum économique mondial s'est tenu le 23 mai 2022 dans la station alpine suisse de Davos, d'où son surnom de « Forum de Davos ». L'événement a réuni 2500 personnalités politiques et économiques du monde entier, dont de nouveaux acteurs issus du monde des cryptomonnaies : Circle, FTX, Ripple, Polkadot... La présence du « crypto » flottait littéralement à Davos. Ce texte est un compte-rendu personnel de John, correspondant spécial de TechFlow, suite à sa participation au forum.

Un « fantôme » erre à travers le continent européen.
À peine arrivé dans la zone centrale du Forum de Davos, un gigantesque panneau publicitaire pour Circle Financial attire immédiatement l’œil. Si vous suivez le fondateur de Circle, Jeremy Allaire, sur Twitter, vous remarquerez qu’ils ont tout fait pour placer leurs affiches aux emplacements les plus visibles : aéroport de Zurich, première étape du trajet en bus vers Davos, juste en face de la gare principale de Davos. Ainsi, chaque visiteur, qu’il vienne du monde traditionnel de la finance ou du monde aventureux des cryptos, ne peut manquer cette forte exposition médiatique du secteur crypto à Davos.

Quel changement notable a eu lieu concernant la place du monde crypto à Davos ?
Les anciens participants réguliers du forum n’en sont pas particulièrement surpris. Un « vétéran » m’a confié que dès 2018, des slogans promotionnels pour Bitcoin et Ethereum apparaissaient déjà dans les rues de Davos. Mais cette année, une grande différence saute aux yeux : les espaces publicitaires premium et les boutiques ne sont plus réservés uniquement à Bitcoin et Ethereum, mais de plus en plus occupés par des entreprises du secteur crypto.
Il suffit de se promener sur la Promenade pour voir le site CNBC recouvert du logo de Filecoin, le Crypto Pub où l’on peut entrer boire un verre à tout moment, ou encore le Blockchain Hub de Casper Labs. À toute heure, on y croise des gens discutant verre en main. On trouve également les pavillons d’entreprise de Circle et de Polkadot, où sur un mur rose tape-à-l’œil est écrit en gros caractères : « WEB 3 IS HERE ».


Des annonces liées aux cryptos émergent aussi régulièrement pendant la conférence.
Lockheed Martin a annoncé un partenariat avec la Fondation Filecoin afin de créer dans l’espace un réseau de nœuds blockchain hautement décentralisé et open source. Les deux parties envisagent d’utiliser un satellite ou une autre plateforme spatiale capable d’héberger des nœuds du système de fichiers interplanétaires (IPFS). Une mission-test devrait être définie avant août 2022.
Richard Nash, vice-président de PayPal, a déclaré que PayPal faisait tout son possible pour intégrer sur sa plateforme toutes les blockchains et cryptomonnaies possibles.
L’une des figures centrales sur place était Francis Suarez, maire de Miami, connu pour toucher son salaire en bitcoins et avoir lancé la célèbre MiamiCoin.
Toutefois, avec l’arrivée du marché baissier, le bitcoin a perdu plus de 30 % ces deux derniers mois, et la MiamiCoin a chuté de 90 % le 12 mai.
Durant ses interventions, Suarez a affirmé continuer à percevoir son salaire en bitcoin, sans projet d’arrêter, car ce n’est pas sa seule source de revenus.

Par ailleurs, Suarez travaille actuellement avec l’émetteur City Coin pour tenter de remédier à la chute dramatique de la valeur de la MiamiCoin. Si aucune solution n’est trouvée, la ville de Miami et City Coin pourraient devoir rembourser les citoyens ayant investi dans la MiamiCoin.
Comparé au terme « crypto », celui de « Web3 » reste rare à Davos. Peut-être le monde traditionnel, qui commence seulement à accepter lentement la notion de « crypto » après l’avoir longtemps observée avec suspicion, n’est-il pas encore prêt à accueillir un nouveau concept.
Les sessions officielles abordant les cryptos restent prudentes dans leurs thèmes : l’après-midi du 23 mai, une discussion sur les monnaies numériques portait sur les transferts transfrontaliers au service de la relance économique ; le 24 mai, deux événements : une intervention en ligne du maire de Miami, et une autre sur l’empreinte carbone du minage du bitcoin. Sur ces trois événements, seul le dernier s’est déroulé au centre de conférence principal ; les deux premiers ont eu lieu au centre média.
Cela constitue toutefois un progrès non négligeable. Coindesk a ainsi publié un article intitulé « À Davos, les cryptos ne sont plus tenues à l’écart ». L’article mentionne qu’au cours d’un débat sur la macroéconomie internationale, le sujet des cryptomonnaies a pu être abordé : David Rubenstein, cofondateur du groupe Carlyle, a déclaré : « La jeune génération dit que l’ancienne fait perdre de la valeur au dollar et aux monnaies fiduciaires. Peut-être qu’un peu de nouveauté ne ferait pas de mal. »
J’étais justement présent lors de cette session, mais cet article ne retient que les propos les plus positifs. En réalité, la situation est peut-être moins optimiste.
La directrice du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva, a déclaré que les monnaies numériques traversaient une phase de repli, appelant à un renforcement de la régulation mondiale pour éviter une fragmentation croissante du système de paiement. Le gouverneur de la Banque de France a qualifié les stablecoins non adossés de « pyramide escaladante » (terme financier désignant un investissement où un petit apport permet d’obtenir un rendement très élevé) : « Quel est le résultat de ce type de structure ? Elle finit en morceaux. »

On observe donc toujours une réalité paradoxale et conflictuelle. Comme dans les fêtes privées organisées près du forum, où chacun trinque joyeusement, discutant avec enthousiasme de l’avenir (même sous l’atmosphère morose du marché baissier), tandis que quelques jours avant l’ouverture du forum, la présidente de la BCE, Christine Lagarde, critiquait violemment les cryptomonnaies, les jugeant dénuées de valeur. Pourtant, quelques jours plus tard, elle reconnaissait dans une émission télévisée que son fils investissait dans les cryptos : « Je n’ai aucun droit d’intervenir, je peux seulement surveiller de près. »
Les cryptomonnaies sont désormais une réalité incontournable, une frontière entre générations. Mais il reste encore un long chemin avant qu’elles soient pleinement reconnues. Cela rejoint bien ce célèbre mème de la communauté : We Are Still Early !
Dans l’ensemble, le Forum économique mondial (WEF) de Davos reste le domaine des « vieux argent », mais les nouveaux riches du monde crypto s’affirment de plus en plus, cherchant à exister, à être reconnus. Ce n’est pas seulement une nouvelle force économique, mais pourrait bien devenir à l’avenir une puissante force politique.
À mes yeux, le mouvement crypto demeure une force de déconstruction difficilement contrôlable. Si même la présidente de la BCE ne peut empêcher son fils d’investir dans les cryptos, comment l’ordre mondial sera-t-il redessiné lorsque la génération Z, véritablement native du monde crypto, prendra le pouvoir ?
À la fois prometteur… et préoccupant !
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