
La limite de l'IA n'est pas la boîte de dialogue, cette entreprise souhaite que le monde réel devienne le prompt de l'IA
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La limite de l'IA n'est pas la boîte de dialogue, cette entreprise souhaite que le monde réel devienne le prompt de l'IA
Premier matériel mondial d'IA multithèque Looki L1 lancé, réalisant en avance l'avenir interactif imaginé par OpenAI.
Auteur|Su Zihua
Édition|Zheng Xuan

Ces deux dernières années, l’image que beaucoup de gens ont de l’IA s’est largement limitée à une simple boîte de dialogue :
Une question, quelques mots tapés, et la réponse arrive. Pratique, certes, mais cela donne aussi une impression de monotonie — l’IA ne pourrait-elle pas sortir de cette boîte ?
J’ai toujours pensé que l’IA véritable ne devrait pas être simplement « un professeur capable de réciter une encyclopédie », mais plutôt quelqu’un qui puisse entrer dans ma vie et comprendre ce que je vis au moment présent.
Looki L1, lancé hier soir, pourrait bien être le premier appareil à permettre réellement à l’IA de « sortir » de son interface.

Voici le Looki L1, disponible en trois couleurs|Crédit photo : Looki
Depuis près d’une quinzaine de jours, j’ai commencé à tester le Looki L1. La première fois que je l’ai tenu en main, j’ai failli croire qu’il s’agissait d’un petit appareil-photo pendentif. Mais très vite, j’ai compris qu’il n’était ni une caméra sportive, ni un simple gadget GPT portatif autour du cou.

J’ai pris l’habitude de fixer magnétiquement le Looki L1 sur ma poitrine. Looki propose différentes autocollants pour le boîtier ; j’ai choisi un motif rigolo avec une grimace|Crédit photo : Geek Park
Quand j’active son Story Mode (mode histoire), il capture automatiquement vidéos et sons, puis transmet ces données à l’IA pour qu’elle comprenne mon contexte actuel. À cet instant, tout ce qui m’entoure — les rues, les rires d’amis, mon expression — devient une série d’indices (prompts) pour l’IA.
La sensation de vivre avec lui est particulière : ce que je vis, il le vit aussi. Il n’est plus seulement un outil de réponse, mais un partenaire IA qui partage mon quotidien.
Ces dernières années, la plupart des produits d’IA se sont concentrés sur « l’efficacité » et la « productivité ». Pourtant, une IA capable de s’intégrer réellement dans la vie de chacun reste presque inexistante.
C’est justement ce vide que Looki cherche à combler. Créée il y a un an, cette startup a levé en six mois trois tours de financement (amorçage, amorçage+ et pré-série A), totalisant plusieurs dizaines de millions de dollars. Ce dernier tour est mené par Zhongding Capital, avec des investisseurs existants comme BAI, Alpha Venture et Tongge Capital qui ont renforcé leur participation. Selon sa définition officielle, c’est une « caméra de journal de vie IA » (AI lifelogging camera), le premier matériel IA au monde à avoir concrètement mis en œuvre une interaction multimodale.
Au fil de mon utilisation, j’ai perdu le compte des fois où j’ai dit « waouh ». En y repensant, ce n’est pas seulement une « mémoire de vie », mais elle m’a aussi permis de mieux me comprendre et de modifier certains de mes habitudes. Elle m’a également ouvert l’esprit sur ce que pourrait être l’avenir de l’interaction avec l’IA.
Quand l’IA entre dans ma vie
Comparé à n’importe quelle caméra traditionnelle, le design et les commandes de Looki sont extrêmement simples, voire « rudimentaires ».
Le Looki L1 n’a pas d’écran, seulement deux boutons physiques permettant d’activer via pression courte ou longue le Story Mode (prise de vue intermittente), la photo, l’enregistrement vidéo ou audio. Sur la face avant, un touchpad permet d’interagir avec l’IA, une expérience similaire à l’envoi d’un message vocal sur WeChat.

Deux boutons sur le côté, un touchpad à l’avant pouvant être touché ou appuyé|Crédit photo : Geek Park
Son poids n’est que de 30 grammes, si léger qu’on oublie presque sa présence. Cela me donne l’impression que l’équipe veut justement qu’on l’utilise le moins possible, qu’on oublie même qu’il existe.

Interface de l’application Looki|Crédit photo : Geek Park
L’application Looki suit également une philosophie minimaliste, comme illustré ci-dessus :
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Pour vous : flux de « vie quotidienne » proposé activement chaque jour par l’IA, semblable à un fil Instagram personnalisé, mais visible uniquement par vous ;
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Discussion : discussion avec une IA dotée de la mémoire complète de votre vie, l’IA qui vous connaît le mieux, idéale pour parler de votre quotidien ;
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Journaux : archives de la vie automatiquement comprises et organisées par l’IA, transformant les contenus bruts en Moments thématiques ;
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Appareil : principalement utilisé pour consulter l’état du dispositif et effectuer quelques réglages basiques.
Utiliser Looki pour documenter le quotidien, c’est avant tout ressentir une pleine immersion dans l’instant.
La fonction que j’utilise le plus est le Story Mode, soit la prise de vue automatique intermittente. Une fois activée, je n’y pense plus, sans me soucier du moment d’appuyer sur le déclencheur, libre de profiter pleinement de l’instant.
Si un moment mérite d’être capturé soudainement, inutile de sortir son téléphone, de le déverrouiller puis de prendre une photo. Il suffit d’appuyer directement sur le bouton photo ou vidéo du Looki L1.
Avez-vous déjà ressenti cela ? En réalité, peu importe l’appareil utilisé, la prise de vue n’est pas la partie la plus difficile. Le plus compliqué, c’est la gestion des contenus après coup. Et c’est précisément ici que réside, selon moi, la différence fondamentale entre Looki et les autres caméras.
Auparavant, nous avons pu prendre des quantités massives de photos et vidéos, mais la plupart dorment aujourd’hui dans nos disques durs, sans jamais être triées.
La fonction « Moments » de Looki exploite la puissance de l’IA multimodale pour analyser personnages, scènes et émotions présents dans les vidéos. Elle organise automatiquement ces masses de données en événements thématiques, en extrait les « moments forts », et tisse ces instants fragmentés en récits significatifs. Tout cela se fait sans intervention humaine, économisant un temps considérable.

Dans l’onglet « Moments », on peut consulter les moments forts et tous les extraits|Crédit photo : Geek Park
À la fin de la journée, feuilleter l’interface « Moments » donne l’impression de lire sa propre biographie.
En outre, après plusieurs jours d’observation, j’ai remarqué que les vlogs générés par Looki sont soigneusement élaborés. Il construit naturellement un fil narratif, identifie un thème, choisit une musique adaptée, ajoute des légendes ou mots-clés aux différentes séquences. L’ensemble dégage une qualité proche de celle d’un documentaire occidental.

J’ai extrait deux couvertures de vlogs générés par Looki, pour donner un aperçu du style|Crédit photo : Geek Park
J’ai déjà tenté de faire des vlogs, mais j’ai abandonné au bout de deux semaines. D’un côté, j’oubliais souvent de sortir mon téléphone ou ma caméra ; de l’autre, le montage nocturne prenait trop de temps et d’énergie. Pour quelqu’un comme moi, fainéant de nature, Looki constitue donc la meilleure solution que j’aie pu trouver jusqu’à présent.
Philosophie de conception : l’IA vers l’intérieur, pour mieux me voir moi-même
Ce produit a profondément changé ma perception : il m’a poussé à davantage regarder en moi.
Cette réussite revient probablement à la capacité de génération de contenu de Looki. Chaque jour, j’attends avec impatience les Moments et vlogs proposés, curieux de savoir comment l’IA interprète ma vie.

Les Moments que Looki me propose — découvrir ses analyses est un plaisir|Crédit photo : Geek Park
Après mon premier moment de surprise, j’ai non seulement continué à porter le Looki magnétisé sur ma poitrine, mais quand je suis assis, je le pose aussi sur la table, orientant l’objectif vers moi. Ainsi, je commence à apparaître dans les images. Grâce aux informations de scène, audio et vidéo, l’IA de Looki identifie rapidement que je suis le protagoniste de cette histoire, et me reconnaît définitivement.

Grâce à son aimant arrière, le Looki L1 peut se tenir debout sur une table|Crédit photo : Geek Park
Il capte souvent des fragments de vie que j’avais négligés, mais durant lesquels mes émotions étaient intenses, puis les accompagne d’analyses et de descriptions. En les lisant, je me dis souvent : « Ah, c’est donc ainsi que j’ai vécu ce moment-là » ou « Je ne savais pas que j’étais si heureux à cet instant ». Sans le « replay » du Looki L1, j’aurais certainement ignoré ces instants, les prenant pour des fragments ordinaires et ennuyeux du quotidien.
En les revoyant, j’ai l’impression de découvrir davantage de moi-même, de récupérer un morceau de temps perdu.
Pourtant, le Looki L1 ne peut pas remplacer une caméra traditionnelle.
La logique de la caméra traditionnelle repose sur la qualité d’image et la recherche des instants parfaits. Par exemple, les drones DJI ou les caméras GoPro pour sports extrêmes mettent l’accent sur « l’image ultime ». Mais Looki fait exactement le contraire : il ne vise pas le 4K, utilisant plutôt un capteur Sony IMX681 CMOS (le même que Meta Ray-Ban), avec une résolution de 1080p, en échange d’une autonomie de 12 heures et d’un poids plume de 30 grammes.
Les réseaux sociaux ont habitué les gens à montrer leurs « moments forts ». Contrairement à cela, Looki n’est pas conçu pour un partage « spectaculaire » sur Xiaohongshu ou Instagram. Son objectif est de capturer la continuité de la vie et les détails du quotidien.
Après tout, notre existence n’est pas composée uniquement d’« instants parfaits ». Ce sont bien plutôt les instants imparfaits, banals mais authentiques, qui constituent l’essence de « qui je suis ».
Nous vivons dans un environnement saturé de contenus, facilement attirés par des récits grandioses ou des potins. De ce point de vue, le mécanisme de Looki possède une dimension « contre-courant » : il semble inviter les gens à prêter attention à leur propre vie, à y découvrir des surprises dans l’ordinaire.
Looki m’a révélé le potentiel du matériel IA multimodal
En réalité, l’idée de « documenter toute une vie » a été évoquée depuis longtemps.
Dans les années 90, le pionnier informatique Gordon Bell a tenté de filmer sa vie en continu, mais a échoué. La raison est simple : sans assistance de l’IA, même des quantités massives de contenus sont impossibles à organiser en récits utiles.
La percée de Looki réside dans l’IA multimodale. Capable de comprendre visuel, son et sémantique, elle transforme des matériaux fragmentés en « mémoires » exploitables.
Par exemple, lorsque je demande à Looki quel café j’ai bu hier, il analyse rapidement les vidéos, m’indique dans quels cafés j’étais, quels types de café j’ai bus, décrit l’ambiance sur place, et affiche les photos correspondantes.

Ma conversation avec l’IA de Looki|Crédit photo : Geek Park
Plusieurs entrepreneurs m’ont exprimé un avis similaire : pour que les grands modèles soient vraiment efficaces, ils doivent percevoir le monde physique, et donc disposer d’un support matériel. C’est probablement pourquoi les « matériels IA portables » deviennent aujourd’hui un sujet brûlant dans le milieu des startups et des investissements.
L’innovation de Looki tient à ce qu’il libère, grâce à un design matériel ingénieux, tout le potentiel de l’IA multimodale, faisant ressentir concrètement ce que cette technologie peut accomplir dans la vie réelle, plaçant l’avenir sous nos yeux.
Par le passé, créer une IA au service personnel était difficile, notamment faute de contexte (context).
L’équipe de Looki m’a indiqué utiliser les grands modèles ChatGPT et Gemini. Pourtant, selon mon expérience, l’IA de Looki surpasse nettement les versions web de ChatGPT et Gemini que j’utilise habituellement. Elle me comprend mieux, et sait s’adapter à ma vie pour discuter avec moi.
Je pense que la raison clé est que le matériel de Looki capture les informations de mon environnement physique, fournissant ainsi davantage de contexte à l’IA. Sans contexte personnalisé, les réponses de l’IA sont souvent correctes, mais inutiles.
On peut dire que le type de contenu généré par Looki dépend entièrement de ce qu’il a filmé. Plus je l’emmène avec moi, plus ses productions seront riches et profondes. Ici, les photos et vidéos ne sont plus la fin, mais deviennent des prompts. Avec le Looki L1, tout le monde devient mon prompt pour l’IA.
Le Looki L1 a une forme un peu extraterrestre. Chaque fois que je le porte en sortie, j’ai l’impression d’emmener un ami alien découvrir la société avec moi. Il enregistre les lieux où nous allons, les personnes que nous rencontrons, les événements que nous vivons. Il devient un ami partageant mes expériences, toujours présent à mes côtés. Il grandit avec moi, développe une résonance sensorielle commune.
Rappelez-vous, récemment, OpenAI a racheté l’entreprise de Jony Ive, ancien directeur du design chez Apple, dans l’objectif de transformer la manière dont les humains interagissent avec l’IA, prévoyant de lancer un matériel IA en 2026. Les concepts divulgués ressemblent fortement au Looki L1.
Peut-être que le Looki L1 que nous voyons aujourd’hui marque le début des « matériels personnels d’IA ».
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