
L'attention est un actif : le secteur InfoFi a-t-il encore du potentiel ?
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L'attention est un actif : le secteur InfoFi a-t-il encore du potentiel ?
La financiarisation de l'attention est presque inévitable, et le cœur de la prochaine vague d'innovation financière consistera à évaluer et à échanger efficacement la notoriété numérique (Mindshare).
Auteur : Marco Manoppo
Traduction : TechFlow

En 2025, l'attention est devenue la « nouvelle monnaie », plus précieuse encore que les données.
Dans l'ère actuelle, la « mindshare » (part d'esprit) est devenue essentielle au succès commercial. Si vous pensez que je commence comme un investisseur en capital-risque typique avec une évidence, vous avez raison — mais poursuivez votre lecture.

L'attention a toujours été la « monnaie » la plus importante dans le monde des affaires. C'est aussi le cœur logique de la vente de produits. Avant même l'avènement d'Internet, à l'âge d'or des médias imprimés et de la publicité, cela était déjà démontré. À cette époque, les compagnies de cigarettes augmentaient leurs ventes en s'associant à des sujets sociaux controversés ou à des mouvements, afin d'attirer l'attention du public.
En résumé, l'attention génère la mindshare, et la mindshare détermine l'efficacité de la distribution.
Puis vint l'ère des marques. Des entreprises comme Nike, Lucky Charms ou Nutella ont réussi, grâce à des stratégies marketing émotionnelles, à s’imposer dans la mindshare des consommateurs, obtenant ainsi des marges bénéficiaires plus élevées. Les consommateurs sont prêts à payer une prime de 30 % pour un produit strictement identique, simplement parce qu’il évoque une image positive dans leur esprit. J’ai moi-même été victime de ce phénomène : étudiant, j’étais obsédé par la collection des Box Logo de Supreme — aujourd’hui, j’en rougis presque, c’était mon « âge honteux ».

J’ai failli dépenser 1 000 dollars pour ces objets, alors que j’aurais dû investir dans de l’ETH.
Avançons jusqu’aux années 2020 : notre monde est désormais entièrement numérique, et la bataille pour la mindshare s’est déplacée en ligne.
Cette tendance s’est fortement accélérée pendant et après la pandémie de COVID, bien que ses racines remontent aux 15-20 dernières années, avec l’émergence des créateurs de contenu sur YouTube. Des pionniers comme Ryan Higa ou Smosh produisaient initialement de petites vidéos « amusantes », par passion. Mais l’avènement des plateformes de médias sociaux a tout changé. Facebook, Twitter et Instagram, grâce à l’effet viral composé, ont propulsé les vidéastes et créateurs indépendants à une notoriété supérieure à celle de nombreuses stars de second plan.
Par exemple, Casey Neistat a lancé ses vlogs quotidiens en 2015. À l’époque, il était rare que de grands YouTubers transforment leur influence en projets commerciaux. Aujourd’hui, MrBeast a construit un empire commercial de plusieurs millions de dollars via sa chaîne de distribution de contenu. Rhett & Link ont quant à eux acquis et développé le réseau de divertissement Mythical, grâce à leur audience YouTube.
Il est évident que désormais, toutes les entreprises se battent pour capter la mindshare.
La mindshare représente fondamentalement une prime. Dans les marchés financiers modernes, cette prime se traduit directement par le cours de vos actions ou de vos jetons. Prenons Tesla : si Elon Musk ne publiait pas régulièrement sur les réseaux sociaux, sa valorisation n’atteindrait probablement pas son niveau actuel. Je suis convaincu que cette tendance va se poursuivre et s’intensifier au cours des cinq prochaines années, allant même vers une financiarisation accrue. Cela pose les bases de ce que nous appelons aujourd’hui « InfoFi » (Information Financialisée).

Si vous comprenez cette référence, nous pouvons être amis.
Qu’est-ce que l’InfoFi ?
InfoFi (financiarisation de l’information) est un concept popularisé par Kaito, mais selon moi, son champ d’application est bien plus vaste et profond que sa définition initiale.
Selon Grok (reprenant Kaito), InfoFi est :
« Un concept émergent qui combine des incitations financières avec la création, la vérification et la diffusion d’informations, principalement dans des systèmes décentralisés. Son objectif est de résoudre, via des mécanismes de marché, de nombreux problèmes de l’économie de l’information actuelle — tels que l’opacité des données, les biais algorithmiques et une répartition injuste de la valeur — afin de garantir que l’information soit plus exacte, fiable, et efficacement organisée et diffusée. »

Cette définition est correcte, mais je pense que le cœur de l’InfoFi va plus loin.
→ En substance, l’InfoFi consiste à tokeniser la chaîne d’approvisionnement en information.
Autrement dit, l’information cesse d’être une ressource gratuite pour devenir un actif pouvant être valorisé, échangé et optimisé via des mécanismes financiers.
Depuis longtemps, la monétisation de l’attention repose sur la création d’un produit autonome, puis sur la redirection de l’attention vers celui-ci. Ce modèle a fait ses preuves, par exemple :
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Les blogueurs gastronomiques gagnent en recommandant des restaurants ou des épices (comme Uncle Roger et David Chang) ;
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Les influenceurs mode lancent leurs propres marques de vêtements (comme Alexa Chung ou les Kardashians) ;
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Les coachs fitness promeuvent des protéines ou boissons énergisantes (comme Christian Guzman) ;
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Les investisseurs et institutions financières vendent des produits financiers (comme ARK Invest ou des fonds spéculatifs destinés aux clients fortunés) ;
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Certains faux gourous financiers tirent profit de groupes de signaux de trading (vous voyez de quoi je parle) ;
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Certains influenceurs misogynes exploitent des schémas de vente pyramidale (vous voyez de quoi je parle).
Mais nous entrons maintenant dans une ère nouvelle — une ère où la mindshare peut être directement échangée.
Imaginez : à l’avenir, les gens n’auront plus besoin de créer une activité dérivée pour monétiser leur attention. Ils pourront directement investir et trader des tendances culturelles, des récits ou des cycles d’attention. Par exemple, lorsque Labubu devient tendance, il n’existe actuellement aucun moyen efficace de parier sur la pérennité de sa popularité. Certes, un memecoin nommé $LABUBU a brièvement existé, mais son cours était surtout influencé par les fluctuations globales du marché cryptographique, plutôt que par la popularité réelle de Labubu ou l’évolution de sa mindshare.
L’InfoFi propose une alternative : un mécanisme plus direct et liquide pour spéculer et échanger l’attention elle-même.


Le rôle crucial des oracles fiables dans l’InfoFi
Pour que l’InfoFi devienne un domaine véritablement mûr et fiable, des oracles de confiance sont indispensables. Leur rôle principal est d’importer en toute sécurité des données hors chaîne (telles que l’humeur du marché, les tendances sociales, etc.) dans les systèmes blockchain, tout en garantissant l’immutabilité de ces données. Étant donné que l’InfoFi repose sur le trading de récits, de tendances et d’humeurs du marché, un flux de données précis et en temps réel est crucial.
Actuellement, des solutions d’oracle comme UMA, Chainlink, Pyth ou API3 fournissent déjà des services essentiels de données hors chaîne aux applications de finance décentralisée (DeFi). Ces oracles permettent aux applications DeFi de régler des paris, de valider des tendances de marché, et d’agréger des informations de prix à partir de multiples sources.
Limites et défis actuels des technologies d’oracle
Bien que les technologies d’oracle décentralisées aient progressé, elles font face à plusieurs défis majeurs avant de pouvoir pleinement soutenir l’évolution de l’InfoFi :
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Absence d’analyse émotionnelle en temps réel. La plupart des réseaux d’oracles se concentrent principalement sur les données de prix ou les résultats d’événements structurés. Or, l’InfoFi exige la capacité de suivre et quantifier en continu les émotions sociales, les tendances d’engagement des utilisateurs et les indicateurs de viralité, avec un délai minimal.
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Problèmes de vérifiabilité et de subjectivité des données. Contrairement aux données de prix, l’analyse des émotions est souvent subjective. Comment définir une émotion « positive » ou « négative » ? Comment garantir que ces données soient objectives, fiables, et non manipulées intentionnellement ?
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Évolutivité des sources de données. Les oracles actuels reposent généralement sur un nombre limité de sources validées (bourses, sites d’actualités spécifiques, etc.). L’InfoFi nécessite une couverture beaucoup plus large, incluant articles de presse, publications sociales, marchés prédictifs et forums de niche, afin d’offrir une vision plus complète et précise.
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Risque de manipulation des données. Puisque l’InfoFi repose sur la spéculation autour de récits et de tendances, certains pourraient chercher à amplifier artificiellement certaines narrations via des fermes de robots ou des participations factices. Les oracles doivent donc être capables d’identifier et de filtrer ces comportements anormaux pour éviter toute manipulation malveillante.
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Incitations économiques pour les fournisseurs de données. Comment garantir la fiabilité des données fournies ? Il faut concevoir des mécanismes d’incitation appropriés — par exemple via le staking, le slashing et des systèmes de réputation — afin d’encourager les fournisseurs à rapporter honnêtement les données, et de sanctionner efficacement les comportements inappropriés.
Évolutions futures des oracles
Pour répondre aux besoins de l’InfoFi, la technologie des oracles doit continuer à évoluer. Les oracles futurs pourraient intégrer les caractéristiques clés suivantes :
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Regroupement de données piloté par l’IA : utilisation de l’intelligence artificielle pour extraire des informations pertinentes à partir de volumes massifs de données, puis les analyser et les agréger rapidement.
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Mécanismes de réputation alignés sur les incitations : conception de systèmes de récompense et de sanction assurant que les comportements des fournisseurs de données soient cohérents avec les objectifs du système.
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Vérification en temps réel des tendances : capacité à analyser et valider plus rapidement et précisément les tendances, soutenant ainsi la création de produits financiers basés sur des récits.
Grâce à ces améliorations, les oracles pourront mieux accompagner le développement de l’InfoFi, offrant aux produits financiers basés sur des récits et des tendances davantage de sécurité, d’évolutivité et de résistance à la manipulation.
L’élargissement du champ d’application de l’InfoFi
Les marchés prédictifs peuvent être considérés comme une première tentative d’InfoFi, permettant aux spéculateurs de parier sur des événements du monde réel en fonction de leur avantage informationnel. Des plateformes comme Polymarket, Kalshi ou Augur ont déjà démontré le potentiel de ce modèle, même si leur usage reste encore confidentiel.
De manière similaire, le concept de « marchés de données » a été avancé, notamment durant la vague ICO de 2017 (ce qui trahit mon âge), visant à marchandiser des jeux de données et à permettre leur échange. Toutefois, en raison d’une proposition de valeur floue et de modèles économiques inefficaces, ces projets n’ont jamais obtenu une reconnaissance massive.
L’InfoFi représente en revanche une version plus mature et scalable de ces idées. Contrairement aux simples paris ou échanges de données, l’InfoFi vise à transformer la « mindshare » — l’attention et l’intérêt humains — en une nouvelle catégorie d’actifs négociables.
Voici quelques cas d’usage possibles de l’InfoFi :
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ETF basés sur des récits : création de paniers d’actifs tokenisés suivant des thèmes d’intérêt spécifiques. Par exemple, un « indice tendance IA » pourrait suivre les sujets chauds liés à l’intelligence artificielle, tandis qu’un « panier métavers » se concentrerait sur l’engouement autour du métavers.
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Outils financiers liés aux influenceurs : tokenisation des revenus futurs de créateurs, permettant à leurs fans d’acheter ces jetons et de spéculer ainsi sur leur influence future.
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Dérivés de memecoins : offrir des moyens plus fins de spéculer sur des phénomènes culturels, sans dépendre des modèles économiques traditionnels des cryptomonnaies.
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Canaux médias tokenisés : transformation des plateformes d’abonnement en actifs tokenisés, permettant aux utilisateurs d’acheter et d’échanger des parts de propriété de ces plateformes.
Toutefois, une question cruciale demeure : un jour, apparaîtra-t-il une application phare capable d’établir l’InfoFi comme un domaine financier autonome, au-delà d’une simple branche de la finance décentralisée (DeFi) ?
Principales observations
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Redéfinir la valeur de l’information. L’InfoFi remet en cause l’idée traditionnelle selon laquelle « l’information est gratuite ». Elle affirme que l’attention, les récits et les données ont une valeur intrinsèque, pouvant être échangés et spéculés via la financiarisation.
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Évolution naturelle de l’économie de l’attention. Alors que la mindshare joue un rôle croissant dans les résultats financiers, les marchés développeront des moyens plus directs pour capturer et monétiser ces cycles d’attention.
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Ouverture de nouveaux marchés financiers. L’InfoFi crée un nouveau marché permettant de spéculer directement sur des phénomènes culturels, la montée en puissance d’influenceurs ou des récits populaires, sans avoir à rediriger l’attention vers des modèles commerciaux classiques.
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La clé du succès réside dans l’adéquation produit-marché. Le défi de l’InfoFi est de concevoir des outils financiers suffisamment liquides, évolutifs et attrayants pour devenir un nouveau paradigme financier, et non seulement une nouveauté supplémentaire dans l’écosystème DeFi.
Réflexions finales
Bien que l’InfoFi en soit encore à ses débuts, la financiarisation de l’attention semble inévitable. Des marchés prédictifs aux outils financiers basés sur les influenceurs, en passant par les tendances tokenisées, le cœur de la prochaine vague d’innovation financière consistera à évaluer et échanger efficacement la mindshare numérique.
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