
Grande réinitialisation du capital-risque : les VC et les LP commencent à se réveiller
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Grande réinitialisation du capital-risque : les VC et les LP commencent à se réveiller
Le capital-risque traverse un changement brutal.
Rédaction : fintechjunkie
Traduction : Block unicorn

Ces dernières années, le secteur du capital-risque a connu des transformations brutales. La loi de Darwin reprend une fois encore ses droits : l'âge d'or du début des start-ups entre 2018 et 2021 est révolu. La politique des taux d'intérêt nuls (ZIRP) avait fait exploser les valorisations, poussant les fonds de capital-risque à injecter massivement des capitaux dans toute entreprise prometteuse. Les fondateurs dépensaient rapidement ces fonds, nombreux étant ceux qui poursuivaient des objectifs spectaculaires et une croissance sans discipline, leurs comptes bancaires gonflés par l’abondance de liquidités.
Toutefois, lorsque nous sommes entrés au début de l’année 2022 dans un nouveau cycle économique marqué par des taux d’intérêt élevés, la dure réalité s’est imposée : la grande majorité des start-ups ayant prospéré durant l’ère ZIRP sont peu susceptibles de générer des rendements financiers substantiels pour leurs investisseurs et employés.
Au début de cette période d’ajustement, fondateurs, sociétés de capital-risque et partenaires limités (LP) étaient globalement en phase de déni, mais ce déni a aujourd’hui largement disparu. Pour de nombreuses start-ups, il est clair qu’atteindre la valorisation de leur dernier tour de financement sera extrêmement difficile, voire impossible. Pour de nombreux investisseurs, il est désormais évident qu’ils cherchent avant tout à récupérer leur mise initiale (priorité de remboursement), plutôt que viser des performances exceptionnelles permettant le rendement complet du fonds. Quant aux LP, ils réalisent que ce phénomène touche l’ensemble du secteur, puisque chaque gestionnaire de fonds actif participe à ce jeu.
Ce phénomène peut être qualifié de « grand réinitialisation » (big reset), où chaque acteur de l’écosystème cherche le chemin le plus clair vers un nouveau départ.
Les investisseurs en capital-risque savent qu’un ou deux de leurs fonds risquent de sous-performer, mais restent pleins d’espoir quant aux opportunités futures. Leur « nouvel accord » avec les LP consiste donc à récupérer au plus vite les capitaux possibles, à maximiser la valeur de leur portefeuille existant, et à s’engager à être plus prudents à l’avenir.
Les LP comprennent que davantage d’investissements échoueront qu’auparavant, et savent que ces pertes entraîneront une baisse des performances des fonds. Ils reconnaissent que la classe d’actifs du capital-risque est cyclique, et qu’une fois que l’écosystème aura purgé les erreurs nées d’un environnement de surabondance de capital, les meilleurs gestionnaires seront toujours capables de produire d’excellentes années d’investissement. Leur « nouvel accord » avec les VC est le suivant : s’ils peuvent leur indiquer honnêtement la « vraie valeur » de leur portefeuille actuel, agir avec davantage de prudence à l’avenir, et faire tout leur possible pour rembourser rapidement une partie des capitaux, ils accepteront de pardonner une mauvaise année de performance.
De nombreux fondateurs ont pris conscience que l’environnement de financement de l’ère ZIRP a nuancé leur start-up de plusieurs façons. Premièrement, leurs actions ordinaires sont très probablement submergées par les actions privilégiées détenues par d’autres investisseurs. Deuxièmement, trop de capitaux les ont conduits à embaucher excessivement et à lancer trop de projets, dont le désengagement s’avère particulièrement difficile. Troisièmement, lever des fonds lorsque l’entreprise est en mode contraction plutôt qu’en mode croissance est extrêmement ardu, rendant la relance de la croissance hautement risquée. Enfin, le coût d’opportunité lié à la tentative de sauver une entreprise dysfonctionnelle est bien plus élevé que celui de créer une nouvelle entreprise à partir de zéro, ce qui rend le simple fait de persévérer « coûteux ».
Le résultat final de ce « grand réinitialisation » est qu’il n’existe plus aucune incitation à maintenir l’illusion selon laquelle des entreprises médiocres pourraient atteindre une IPO milliardaire, car cela ne se produira pas. Plutôt que de poursuivre aveuglément une forte croissance, l’accent est désormais mis sur l’aide apportée aux 90 % d’entreprises incapables d’atteindre cette croissance rapide afin de trouver une sortie appropriée. Cela signifie souvent accompagner les entreprises en difficulté vers une acquihire (acquisition pour les talents), ou aider les entreprises du portefeuille « bonnes mais pas exceptionnelles » à trouver une issue via une acquisition ou une fusion, même si cela implique de vendre à une fraction de leur valorisation de pointe.
Ce changement peut sembler cruel pour les fondateurs qui rêvent d’une introduction en bourse réussie, mais pour beaucoup, c’est un électrochoc. La pression passée de « croître à tout prix » s’est dissipée, remplacée par la nécessité de se concentrer sur la création d’entreprises durables dotées de modèles de revenus réels et d’un chemin clair vers la rentabilité.
Et la « grande réinitialisation » ne signifie pas seulement vendre des entreprises survalorisées ; elle implique de repenser les attentes à tous les niveaux. Les sociétés de capital-risque réévaluent leurs thématiques d’investissement, en mettant l’accent sur des économies unitaires solides et sur l’efficacité du capital. Les fondateurs sont contraints d’adopter une approche disciplinée pour construire des entreprises viables, capables de survivre sans un soutien ininterrompu de fonds de capital-risque. Quant aux LP, ils cherchent à continuer de soutenir uniquement les fonds qui avaient de solides antécédents avant 2018 et qui disposent d’un véritable avantage compétitif dans le nouvel environnement actuel.
Cette nouvelle situation comporte aussi ses inconvénients. La liquidité facilement accessible s’est tarie, rendant plus difficile l’accès au financement pour les jeunes start-ups prometteuses. Mais elle présente également des avantages. L’accent mis sur les fondamentaux pourrait donner naissance à une nouvelle génération de start-ups fondée sur une croissance durable plutôt que sur la spéculation.
La grande réinitialisation marque un tournant majeur dans l’écosystème des start-ups. C’est un processus douloureux, mais qui pourrait finalement conduire à un avenir plus sain et durable pour les sociétés de capital-risque et les start-ups. Alors que la poussière retombe, une chose est claire : l’ère du financement facile est terminée. Les start-ups qui émergeront de cette réinitialisation seront celles capables de démontrer une véritable valeur et de construire des entreprises solides destinées à durer.
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