
L’Iran et la Réserve fédérale américaine – Les « trois scénarios » qui influenceront les marchés mondiaux dans les prochains temps
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L’Iran et la Réserve fédérale américaine – Les « trois scénarios » qui influenceront les marchés mondiaux dans les prochains temps
Les négociations ayant échoué, la situation est bloquée ; les cours élevés du pétrole font grimper l’inflation, ce qui rend le risque de hausse des taux d’intérêt en 2026 le plus élevé.
Rédaction : Dong Jing
Source : WallStreetCN
L’évolution de la situation en Iran et les perspectives de la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine (Fed) constituent actuellement les deux axes déterminants des marchés mondiaux.
Dans son dernier rapport, l’équipe de recherche économique de Deutsche Bank examine systématiquement les répercussions potentielles sur la trajectoire de la politique monétaire de la Fed, selon trois issues possibles des négociations de cessez-le-feu en Iran : disparition du risque de hausse des taux à court terme, multiplication des hausses de taux en 2026, ou incertitude bidirectionnelle quant à l’orientation future de la politique monétaire — chacun de ces scénarios impliquant une logique de marché radicalement différente.
Selon l’analyse de la banque, l’évolution des cours du pétrole influencera directement le degré d’ancrage des anticipations d’inflation, déterminant ainsi si la Fed devra relancer un cycle de hausses de taux. Pour Deutsche Bank, le scénario le plus préoccupant n’est pas celui d’une escalade extrême du conflit, mais bien l’état intermédiaire caractérisé par un « échec des négociations et une impasse prolongée » : dans ce cas, des cours du pétrole durablement élevés pourraient très probablement contraindre la Fed à entreprendre une action restrictive substantielle dès 2026.
Les derniers développements géopolitiques indiquent que les négociations visant à prolonger l’accord de cessez-le-feu et à rouvrir le détroit d’Ormuz ont enregistré certains progrès, suscitant déjà une réaction optimiste des marchés. Le contrat à terme sur le pétrole Brent est tombé sous les 100 dollars le baril, atteignant son plus bas niveau depuis un mois ; le rendement des obligations d’État américaines à dix ans a également fortement reculé, effaçant la majeure partie de la hausse observée la semaine précédente. Toutefois, les détails des négociations demeurent incertains, et les points de désaccord fondamentaux — notamment le programme nucléaire iranien — n’ont pas encore été résolus.
Scénario 1 : Accord de paix conclu — pression à la hausse des taux à court terme atténuée, mais risques persistants à moyen terme
Dans le premier scénario envisagé par Deutsche Bank, les négociations débouchent sur une percée décisive : le détroit d’Ormuz est rouvert, les cours du pétrole poursuivent leur repli récent, bien qu’ils restent supérieurs à leurs niveaux d’avant-guerre ; le rendement des obligations d’État américaines à dix ans recule davantage encore, tandis que les actifs à risque s’apprécient globalement grâce à la disparition des risques extrêmes, entraînant un assouplissement des conditions financières.
Dans ce contexte, la pression exercée sur la Fed pour procéder à une hausse des taux lors de sa prochaine réunion de politique monétaire sera nettement atténuée. Avec la détérioration générale des données d’inflation et le recul des anticipations d’inflation à court terme, les responsables de la Fed seront enclins à considérer les pressions inflationnistes récentes sur les prix hors énergie comme une perturbation temporaire liée au choc des prix de l’énergie, et donc à « ignorer » cette poussée plutôt que d’y répondre immédiatement. Deutsche Bank estime que le nouveau président de la Fed, Warsh, renforcera cette orientation.
Toutefois, la banque met également en garde contre le fait que la narration de base selon laquelle « l’inflation n’est pas durable » ne pourra être infirmée qu’avec le temps, et que le risque de hausse des taux ne disparaît pas pour autant. Si le marché du travail reste tendu, si les anticipations d’inflation continuent de progresser, ou si l’inflation demeure élevée même après l’atténuation des pressions tarifaires et énergétiques, la probabilité d’une hausse des taux directeurs se déplacerait alors vers 2027.
Scénario 2 : Échec des négociations et impasse prolongée — risque maximal de hausse des taux en 2026
Deutsche Bank qualifie ce deuxième scénario de celui présentant le « risque le plus élevé de hausse des taux » parmi les trois hypothèses examinées. Dans ce cas, les négociations d’un accord de paix échouent, le détroit d’Ormuz demeure fermé pendant une longue période, sans toutefois que le conflit ne s’intensifie davantage ; les cours du pétrole restent soutenus à un niveau élevé, sans toutefois connaître une envolée brutale.
Des cours du pétrole durablement élevés se transmettraient plus nettement à l’inflation sous-jacente, tout en accroissant significativement le risque de désancrage des anticipations d’inflation. Parallèlement, dans ce scénario, les cours du pétrole ne seraient pas suffisamment élevés pour porter gravement atteinte à la demande globale et forcer la Fed à recentrer son attention sur le marché de l’emploi. La Fed ferait donc face à une pression inflationniste unilatérale, sans pouvoir invoquer une détérioration de l’activité économique pour justifier une inaction.
La banque estime qu’il est peu probable que la Fed prenne une décision de hausse des taux avant sa réunion de septembre — toute inflexion de politique nécessite plusieurs étapes : l’abandon progressif de la perspective de baisses de taux (en juin), des déclarations publiques de certains responsables évoquant la possibilité d’une hausse (entre juillet et septembre), puis la formation d’un consensus au sein du Comité de politique monétaire (FOMC).
Elle souligne néanmoins que le gouverneur de la Fed, Christopher Waller, a récemment indiqué qu’une hausse des taux pourrait constituer « un choix raisonnable » si « l’inflation ne reculait pas rapidement ». Cela suggère que la Fed pourrait être prête à resserrer sa politique plus rapidement que prévu. Par conséquent, la possibilité de plusieurs hausses de taux en 2026 ne doit pas être exclue.
Scénario 3 : Escalade du conflit — incertitude bidirectionnelle quant aux perspectives de politique monétaire
Le troisième scénario suppose une nouvelle escalade de la crise iranienne, accompagnée d’une hausse plus forte et durable des cours du pétrole. Selon Deutsche Bank, ce scénario ne conduit pas nécessairement à une orientation unilatérale de la Fed vers des hausses de taux, mais introduit une incertitude bidirectionnelle quant à ses perspectives de politique monétaire.
D’un côté, l’escalade du conflit entraînerait une hausse plus marquée et plus durable de l’inflation générale, exposant davantage l’inflation sous-jacente à des phénomènes de transmission, et augmentant concrètement le risque de désancrage des anticipations d’inflation. La Fed devrait alors recourir à une communication politique claire afin de montrer sa volonté de resserrer sa politique pour faire face aux menaces pesant sur la stabilité des prix.
De l’autre côté, une hausse importante et durable des cours du pétrole accroîtrait le risque de chocs non linéaires sur l’économie réelle, affectant finalement le marché de l’emploi.
Deutsche Bank note que les consommateurs parviennent encore à supporter des prix de l’énergie proches de leurs niveaux actuels, et que les mesures de baisse d’impôts atténuent partiellement la pression liée à la hausse des cours du pétrole. Toutefois, si les prix du pétrole et du gaz augmentent encore fortement, cet amortisseur serait progressivement épuisé. Le marché de l’emploi pourrait alors sortir de son équilibre fragile actuel — caractérisé par un faible niveau de recrutement et de licenciements —, conduisant à un affaiblissement supplémentaire de la demande ou à une vague de licenciements.
Dans ce scénario, l’orientation finale de la politique monétaire de la Fed dépendra de l’ordre dans lequel se matérialiseront ces deux types de risques : si l’économie conserve sa résilience tandis que les anticipations d’inflation se désancrent en premier lieu, une politique restrictive vigoureuse s’imposera ; en revanche, si le marché de l’emploi montre des signes de fragilité en premier, la Fed pourrait privilégier une baisse des taux, arguant d’une atténuation anticipée des pressions inflationnistes.
En synthèse, le cadre analytique de Deutsche Bank met en lumière une chaîne logique claire : la situation en Iran détermine l’évolution des cours du pétrole, celle-ci conditionne la nature et la durée des pressions inflationnistes, et le désancrage ou non des anticipations d’inflation déterminera finalement la marge de manœuvre dont disposera la Fed.
Les signaux les plus importants à surveiller actuellement sont : les progrès concrets des négociations de cessez-le-feu, la capacité du Brent à se stabiliser durablement sous les 100 dollars le baril, ainsi que l’évolution du langage utilisé par les responsables de la Fed lors des prochaines réunions — notamment l’apparition de signes d’un abandon progressif de la perspective de baisses de taux, ou la mention publique, par certains responsables, de la possibilité d’une hausse des taux. Ces indicateurs constitueront les fenêtres d’observation essentielles pour évaluer la probabilité respective de chacun des trois scénarios décrits ci-dessus.
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