
Interview exclusif avec Lu Mao Studio : Révéler le monde du « farming » dans Web3
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Interview exclusif avec Lu Mao Studio : Révéler le monde du « farming » dans Web3
Les manipulations occultes entre le studio Lu Mao et l'équipe du projet.
Rédaction : Fu Ruhé, Odaily Planet Daily
Récemment, LayerZero et divers projets de couche 2 ont lancé une offensive vigoureuse contre les groupes spécialisés dans le « farming », une confrontation qui, tant sur la formulation des règles que sur la prise de décision, semble déséquilibrée. L’adoption de politiques anti-Sorcières (anti-Sybil) coïncide avec l’apparition suspecte de nombreux comptes éligibles aux airdrops appartenant à des « comptes internes » (insiders), ce qui a exacerbé les tensions entre deux communautés autrefois complices.
C’est lorsque He Yi, fondatrice de Binance, a publié un article évoquant les cycles passés du marché crypto, affirmant : « Le marché a effectivement changé aujourd’hui. La lutte fratricide entre les fermes de farming et les projets L2 est devenue une farce. L’ère du farming pourrait bien être terminée », que l’attention du monde crypto s’est pleinement tournée vers ce conflit.
Du point de vue extérieur, les projets instaurent des mécanismes anti-Sorcières pour limiter les fermes de farming, tandis que ces dernières augmentent continuellement leurs coûts pour satisfaire aux critères anti-fraude. À première vue, développeurs et farmeurs semblent en opposition totale. Mais la réalité est-elle si simple ?
Odaily Planet Daily a mené une interview anonyme avec le fondateur d’une ferme de farming, LM (nom d’emprunt), afin de révéler les dessous méconnus des relations complexes entre fermes de farming et équipes projet.
Les fermes de farming auraient vu le jour au sein des KOL
Le terme « farming » est apparu très tôt. Après l’arrivée massive de capitaux institutionnels, les projets n’ont plus eu besoin de recourir à des levées publiques comme l’IEO. Les institutions ont remplacé le grand public en investissant dans les projets précoces, permettant leur survie et développement. En parallèle, les utilisateurs individuels ont pu obtenir des droits à airdrop en participant activement aux premières phases du projet.
Par ailleurs, la forte valorisation de l’airdrop d’Uniswap a incité de nombreux utilisateurs à multiplier les adresses et interactions, donnant naissance au verbe d’action « farming ».
À propos de ses motivations initiales, LM explique : « J’obtenais déjà des airdrops auparavant, comme celui d’Uniswap, mais je ne pensais pas qu’ils pouvaient rapporter gros. Ce n’est qu’à la fin du dernier cycle haussier, alors que le secteur NFT était en plein essor, que j’ai rencontré certains KOL renommés. Ces influenceurs étaient probablement les premiers à pratiquer le farming. Lors de l’airdrop d’Aptos, chacun d’eux a reçu au moins plusieurs dizaines de milliers d’USDT. C’est là que j’ai pris conscience de la valeur réelle du farming. Mon premier vrai farming a été Blur. Comme le marché NFT était très actif, les conditions d’airdrop consistaient à trader sur la plateforme. Mais faute d’expérience, j’ai commis quelques erreurs et mon profit s’est limité à environ 2000 USDT. »
Quel événement a conduit LM à structurer véritablement son activité en ferme de farming ? LM répond : « C’est avec l’émergence des projets L2 que j’ai décidé de créer une structure formelle. Tout le monde farmait zkSync, Starknet, etc. J’ai compris qu’il fallait passer à l’échelle, car les capacités d’un individu sont limitées. Plus on est nombreux, plus on peut agir efficacement. En réalité, certaines fermes existaient déjà depuis longtemps. »
D’après les propos de LM, les fermes de farming ont commencé à se développer progressivement en milieu-fin de dernier cycle haussier, et sont désormais pleinement matures. Les KOL ont joué un rôle central dans cette évolution.
La structure atypique de la ferme de farming de LM
En parlant de l’activité actuelle de sa ferme, LM indique : « Nous avons environ 7 membres permanents, ainsi que des stagiaires et collaborateurs distants, totalisant environ 20 personnes. Nos activités se divisent en trois pôles : création de KOL, communauté, et farming. »
LM précise : « Le pôle "création de KOL" ne vise pas à générer des revenus directement comme une agence MCN classique. Il s’agit plutôt d’offrir une plateforme d’apprentissage et d’échange. La plupart sont des étudiants en informatique ou blockchain, ayant déjà des bases solides en Web3 et souhaitant poursuivre dans ce secteur. Je souhaite leur fournir une formation pour faciliter leur entrée dans des entreprises Web3 après leurs études. D’un côté, cela contribue à former de nouveaux talents ; de l’autre, comme ils commencent chez moi, leur intégration future dans des sociétés influentes me conférera une reconnaissance et des avantages indirects. »
Cette stratégie de création de KOL non seulement alimente le Web3 en talents, mais offre également à LM un retour potentiel à long terme. On imagine aisément le bénéfice futur si ces jeunes rejoignent des fonds, des équipes projet ou même des bourses. Cela rappelle fortement le personnage infiltré du film *Infernal Affairs*.
Concernant la communauté, LM souligne qu’elle vise surtout à produire du contenu et à capter du trafic — un avantage concurrentiel clé. Bien qu’il n’en dise pas davantage, la communauté enrichit l’information disponible pour la ferme et étend ses services.
Quant au cœur de métier — le farming — LM explique : « Nous distinguons deux types d’activités : le farming interne pur et une activité semi-externe. Le farming interne consiste à réaliser des interactions soigneusement ciblées avec les projets non encore lancés. Nous n’utilisons pas de scripts pour massifier les actions, mais privilégions des interactions humaines pour garantir que chaque adresse obtienne bien son airdrop. La partie semi-externe s’adresse aux stagiaires et étudiants : selon leurs centres d’intérêt, certains explorent le déploiement de nœuds techniques, d’autres s’échangent des informations sur le farming pur. »
Interrogé sur les risques liés à l’automatisation, LM ajoute : « Nous évitons les scripts principalement parce qu’ils sont instables. En cas de transaction, un robot peut faire une erreur — rare, certes, mais irréparable lorsqu’elle survient. Par exemple, sur une plateforme NFT, un script peut vendre un jeton haut de gamme à un prix dérisoire. De plus, même si les scripts conviennent pour des interactions sans coût sur testnet, ils génèrent souvent des comportements trop similaires, facilement détectés par les filtres anti-Sorcières lors de la sélection des listes d’airdrop. »
Sur les outils quotidiens et la gestion des comptes, LM note : « Rien de bien différent du quotidien : navigateurs furtifs (fingerprints), outils d’IA comme ChatGPT pour améliorer l’efficacité. Pour la gestion des comptes communautaires, surtout ne jamais connecter plusieurs comptes depuis la même IP, ni partager un compte entre plusieurs personnes — cela mène directement à être identifié comme bot. »
Interrogé sur la prise de commandes clients, LM répond : « Nous en avons, mais très peu. Les marges sont faibles, et nous n’avons pas assez de comptes pour servir autrui. Mais d’autres fermes le font. Par exemple, lors de l’airdrop de Starknet, un célèbre KOL aurait disparu avec 20 millions de jetons, d’une valeur supérieure à 100 millions. »
Comme le montre LM, sa ferme adopte une approche diversifiée, allant bien au-delà du seul farming, incluant la formation de KOL et la gestion communautaire. On constate clairement une évolution des fermes de farming vers des modèles économiques plus complexes.
Relations entre fermes de farming et équipes projet : compétition ou coopération ?
Lors de cet entretien, nous avons particulièrement interrogé LM sur les relations entre fermes de farming et équipes projet, cherchant à savoir s’il existe des arrangements occultes. Grâce à ses réponses franches et révélatrices, nous pouvons mieux comprendre les dynamiques cachées entre ces deux acteurs.
Manipulations opaques : les airdrops ne relèvent plus de la chance
Évoquant les rapports entre projets et fermes, LM utilise une analogie avec le Web2 : « C’est comme le “brushing” sur Taobao. Un vendeur veut figurer en haut des résultats de recherche, il propose donc une récompense sur une plateforme spécialisée pour inciter des gens à acheter et noter son produit. C’est une méthode courante pour gonfler artificiellement les données d’engagement. »
Mais contrairement à Taobao où les vendeurs cherchent activement des farmeurs, l’intervieweur demande si les projets Web3 contactent aussi directement les fermes. Quels bénéfices cela leur apporte-t-il ? LM répond : « Cela dépend de la taille du projet. Les grands projets n’ont pas besoin de ça — tout le monde les farme naturellement. En revanche, les petits projets ont besoin de notre aide, car des données attractives sont nécessaires pour espérer être cotés sur une bourse. Généralement, ils ne paient pas directement, mais nous transmettent discrètement leurs règles anti-Sorcières. Une fois ces règles connues, nos gains deviennent quasi certains. »
Sur les modalités de coopération, LM précise : « Le farming se divise en deux types : à coût et sans coût. Les projets nous contactent surtout pour du farming sans coût, particulièrement les petits projets sur testnet. Nous savons à l’avance quelles actions valident l’airdrop, et eux obtiennent des statistiques flatteuses pour gagner en visibilité. Les grands projets, eux, nous sollicitent rarement. C’est plutôt nous qui allons vers eux pour obtenir les règles. Toutefois, certains projets célèbres, au moment de se lister sur une grande bourse, peuvent manquer de volume et faire appel à de grandes fermes pour booster leurs chiffres. »
Questionné sur les rumeurs de partage de jetons entre projets et fermes, LM déclare : « Ma ferme n’a jamais eu ce type de contrat, mais certains collègues en ont. Fondamentalement, cela reflète un problème de sortie (exit strategy). La majorité des équipes projet ont des allocations de jetons soumises à un calendrier de libération, et les règles des bourses interdisent généralement de "vendre massivement" pour éviter les effets négatifs. Dans ce cas, ce sont parfois les bourses elles-mêmes ou des market makers qui vendent pour leur compte. »
« Une autre stratégie consiste à inclure discrètement des adresses internes dans les critères d’airdrop. En tant que concepteurs des règles, les équipes projet peuvent facilement s’auto-inclure — par exemple via des seuils de TVL, durée d’interaction, soldes minimaux, nombre d’actions, etc. Pour les projets GameFi, c’est encore plus simple : niveau requis, temps de connexion… Pour le projet, il suffit de définir les critères d’airdrop pour exclure les farmeurs purs tout en récompensant les vrais utilisateurs. Ainsi, ils maximisent leurs profits sans perdre leur base utilisateur clé. Cette approche est logique, voire inévitable. »
Les règles anti-Sorcières : une vantardise marketing pour afficher des données "propres"
La politique anti-Sorcière de LayerZero a mis en opposition fermes de farming et clients mandataires, offrant même des récompenses supplémentaires pour dénoncer les autres. Que pensez-vous de cela, vous et vos pairs ?
LM n’y répond pas directement, mais aborde d’abord la segmentation des investisseurs selon les besoins du projet. Il classe les investissements en trois catégories :
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Investisseurs de tête : environ 10 % du total. Une minorité d’investisseurs à gros volumes, dont les montants dépassent souvent la somme des 90 % suivants. Exemple : une personne investissant 100 BTC ou 1000 ETH.
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Investisseurs moyens : environ 30 %. Des investisseurs de taille intermédiaire, souvent utilisateurs fidèles. Exemple : un utilisateur qui stake entre 0,1 et 2,2 BTC.
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Investisseurs de queue : une multitude de petits investisseurs, chacun apportant des montants infimes (ex. : 0,0001 BTC).
Pour une équipe projet, la gestion de ces différents profils est cruciale. Faut-il tous les accepter, ou seulement une partie ? C’est un choix stratégique clé.
Généralement, un projet cherche à maximiser ses entrées de capitaux pour renforcer sa solidité et sa résilience. Cela implique de concevoir des mécanismes capables d’attirer tous les niveaux d’investisseurs, et de les maintenir engagés pour assurer un développement durable.
Au final, LM analyse : « Les mesures anti-Sorcières de LayerZero relèvent surtout du marketing, destinées à vanter un projet sans aucune ferme de farming, uniquement composé d’utilisateurs authentiques. »
Il faut reconnaître que l’analyse de LM est pertinente : même si certaines fermes peuvent dénoncer leurs clients, ces cas restent marginaux comparés au volume massif de farming auto-géré.
Par ailleurs, LM rejette l’idée d’une opposition fondamentale entre fermes et projets. Il affirme : « Les fermes fournissent aux projets des données d’utilisateurs réels et pertinentes. Comme dit précédemment, ce phénomène est courant en Web2 : brushing sur Taobao, trafic artificiel, vues publicitaires… Dans la publicité, on dit souvent : “Vous ne savez jamais quel 70 % de votre budget publicitaire est gaspillé, mais vous savez qu’il y en a 70 %.” Ainsi, le farming peut être vu comme une récompense promotionnelle accordée par les projets aux utilisateurs. Chaque projet en a besoin, et c’est actuellement la meilleure solution disponible. Ce n’est pas propre à notre industrie, d’autres secteurs fonctionnent de la même manière. »
« Je pense que le farming est un modèle économique durable. Chaque ferme amène des centaines d’utilisateurs effectifs. Tant qu’on suit les règles, on ne peut pas simplement parler de “farm”. On fournit de la donnée utilisateur au projet. »
« Ensuite, concernant la distribution initiale de liquidité, la priorité va d’abord aux super-investisseurs (comme a16z), puis aux grands exchanges via mining ou Launchpool. Ensuite viennent les utilisateurs qualifiés, et enfin les petits investisseurs. Pour les projets, distribuer les jetons aux utilisateurs sert à la fois de levier de communication et offre un ROI élevé. C’est pourquoi les fermes de farming survivront : tant qu’il y aura de nouveaux projets, il y aura besoin de ces utilisateurs. »
« Enfin, un ancien du farming disait : “Le farming est un marché 1.5, entre marché primaire et secondaire.” Pas besoin de parler au projet : dès qu’un jeton est prévu, des règles de distribution émergent. Dès qu’un farmeur maîtrise ces règles, il peut organiser massivement des participations. Même les bourses créent parfois des marchés pré-listing pour ce type d’acteurs. »
La position de LM reflète celle des fermes de farming. Du point de vue économique, la collaboration entre projets et fermes est rationnelle : les uns fixent les règles, les autres les exploitent légitimement. Chaque partie y trouve son intérêt. Pourtant, du point de vue de l’utilisateur ordinaire, cette complicité nuit à l’image idéalisée des airdrops. Mais au fond, le Web3 reste une activité commerciale. Où il y a intérêt, il y a toujours un « monde souterrain ».
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