
Analyse des dernières évolutions en matière de fiscalité et de réglementation des cryptomonnaies au Mexique
TechFlow SélectionTechFlow Sélection

Analyse des dernières évolutions en matière de fiscalité et de réglementation des cryptomonnaies au Mexique
Cet article analyse le cadre de régulation et de taxation des actifs cryptographiques au Mexique selon quatre volets : le système fiscal général, la réglementation applicable aux monnaies numériques, le régime fiscal relatif aux cryptomonnaies, ainsi que les perspectives et synthèse du système de taxation des actifs cryptographiques. Il formule par ailleurs des prévisions sur son orientation future.
Rédaction : TaxDAO
1. Introduction
Les États-Unis du Mexique (en espagnol : Estados Unidos Mexicanos, en anglais : United Mexican States), couramment appelés « Mexique », constituent une puissance économique d'Amérique latine et un producteur minier majeur au monde. Contrairement à des pays comme l'Argentine ou le Venezuela, le Mexique n’a pas sombré dans une crise d’hyperinflation, mais son secteur financier est depuis longtemps dominé par des capitaux étrangers. Les banques traditionnelles ne parviennent pas à atteindre les segments populaires de la population, laissant insatisfaite une grande partie de la demande de crédit informel. Avec le développement des technologies financières, les fonctions financières des cryptomonnaies ont été explorées au Mexique, ce qui a fait du pays l’un des États latino-américains où l’utilisation des blockchains et des cryptomonnaies est la plus élevée. Le facteur clé de cette évolution réside dans le système financier, et le régime fiscal mexicain relatif aux cryptomonnaies est étroitement lié à la réglementation financière. Cet article analyse le cadre réglementaire et fiscal mexicain concernant les actifs numériques selon quatre axes : le système fiscal général, la politique de régulation des cryptomonnaies, le régime fiscal des cryptomonnaies, ainsi qu’une synthèse et perspectives d’avenir, avant d’envisager les orientations futures.
2. Aperçu du système fiscal mexicain
2.1 Système fiscal mexicain
Conformément à la Constitution mexicaine, tant le gouvernement fédéral que les gouvernements locaux (étatiques et municipaux) ont le droit de lever des impôts, instaurant ainsi un système fiscal à deux niveaux. Le niveau local comprend les entités étatiques et municipales. Le gouvernement fédéral détient le pouvoir exclusif de percevoir les principaux impôts nationaux, notamment l’impôt sur les sociétés, dont aucun gouvernement local ne peut s’arroger la compétence.
Le système fiscal fédéral repose sur une structure mixte centrée à la fois sur l’impôt sur le revenu et la taxe sur la valeur ajoutée (TVA). Le système fiscal actuel inclut notamment : l’impôt sur le revenu (comprenant l’impôt sur les sociétés, l’impôt sur le revenu des personnes physiques et l’impôt sur les plus-values), la TVA, la taxe foncière (imposition minimale fondée sur les actifs), les droits de douane à l’importation et à l’exportation, ainsi que la taxe sur les salaires (incluant les prélèvements sur les rémunérations, la sécurité sociale et le fonds pour le logement des travailleurs). Par ailleurs, le fisc fédéral perçoit également des taxes spécifiques sur les ressources minières, certains biens et services particuliers, telles que les boissons alcoolisées, le tabac, l’essence, les services de télécommunications et les véhicules automobiles.
Les autorités locales, aux niveaux étatique et municipal, peuvent quant à elles prélever des impôts tels que la taxe foncière, la taxe sur les salaires (principalement supportée par les employeurs), la taxe sur les transactions immobilières, la taxe sur les actifs commerciaux, ainsi que divers frais liés à l’enregistrement des droits de propriété ou à la délivrance de licences commerciales.
2.2.1 Impôt sur le revenu
Selon la législation fiscale fédérale mexicaine, sont considérées comme résidentes fiscales au Mexique les entités juridiques dont le siège principal de gestion ou le centre effectif de direction se trouve sur le territoire mexicain. Dans ses conventions fiscales, le Mexique suit généralement la définition de l’OCDE relative aux entreprises résidentes. Ainsi, une entreprise résidente, au sens d’une convention, désigne toute personne imposée dans un État en raison de sa nationalité, son domicile, son lieu de gestion effective, son lieu d’établissement (selon les conventions avec le Mexique) ou d’autres critères similaires, à condition toutefois qu’elle ne soit pas soumise uniquement à l’impôt sur les revenus provenant de ce pays. En principe, si une entité juridique ne remplit pas les conditions de résidence fiscale mexicaine, elle est considérée comme non-résidente. L’impôt sur les sociétés concerne les entreprises, sociétés et autres personnes morales exerçant une activité au Mexique. Les entreprises non-résidentes ayant un établissement stable au Mexique doivent s’acquitter de l’impôt sur les sociétés sur les revenus attribuables à cet établissement ainsi que sur les revenus en provenance du Mexique. Celles sans établissement stable ne paient l’impôt que sur leurs revenus d’origine mexicaine. Toutes les entreprises non-résidentes sont imposées selon des taux différents selon la nature de leur chiffre d’affaires brut (sans déduction), bien que les gains nets provenant de la vente d’immobilisations ou d’actions, ainsi que les revenus de courts travaux de construction ou installations similaires, soient soumis à un taux plus élevé. Dans certains cas, si une entreprise est reconnue comme ayant une présence permanente ou une activité fixe au Mexique aux fins de l’impôt sur les sociétés, elle devient passible des mêmes obligations fiscales qu’une société locale dès cette reconnaissance, et est traitée comme une succursale d’une entreprise étrangère enregistrée au Mexique. Les plus-values réalisées sur la cession d’actifs fixes, d’actions ou d’immobilisations sont assimilées à des revenus ordinaires et imposables à l’impôt sur les sociétés. La législation mexicaine autorise l’indexation à l’inflation des gains provenant de la vente d’immobilisations, d’actions et d’autres actifs fixes.
Selon la loi fiscale fédérale mexicaine, une personne physique ayant une résidence habituelle permanente au Mexique est considérée comme résidente fiscale. Si cette personne possède également une résidence permanente à l’étranger, le critère déterminant de sa résidence fiscale est le centre de ses intérêts vitaux. Ce centre est situé au Mexique si, pendant une année civile, plus de 50 % de ses revenus proviennent du Mexique, ou si le lieu principal de ses activités professionnelles se situe sur le territoire mexicain. Une personne dont le centre des intérêts vitaux est au Mexique est considérée comme résidente fiscale. À défaut de ces conditions, elle est non-résidente. Les résidents doivent s’acquitter de l’impôt sur le revenu sur l’ensemble de leurs revenus mondiaux. Les non-résidents sont assujettis à l’impôt sur le revenu dans deux cas : s’ils exercent une activité via un établissement stable au Mexique ou s’ils perçoivent des revenus d’origine mexicaine. Les étrangers résidant au Mexique ne sont imposés que sur leurs revenus générés localement. Les résidents peuvent déduire de leur revenu imposable certaines dépenses, telles que les frais médicaux, les dons caritatifs ou les frais d’éducation, tandis que les non-résidents n’ont pas droit à ces déductions. Depuis 2018, l’impôt sur le revenu (ISR) est progressif, avec un taux maximal plafonné à 35 %.
2.2.2 Taxe sur la valeur ajoutée (TVA)
La TVA mexicaine s’applique aux recettes issues de la vente de biens, de la prestation de services, des loyers, ainsi qu’à l’importation de biens et services. Pour déterminer le taux applicable, les revenus exonérés de TVA sont pris en compte conjointement avec les revenus imposables. Lorsqu’un contribuable s’acquitte de ses obligations fiscales ou bénéficie d’exemptions, la TVA transférée liée aux dépenses d’investissement doit être ajustée au cours des exercices suivants. Selon la nouvelle législation fiscale, le taux standard de TVA est désormais uniformisé à 16 %, tant sur le territoire national qu’en zone frontalière. De plus, certains biens et services précédemment soumis à un taux nul font désormais l’objet d’un taux de 16 %. Sont actuellement exonérés de TVA : les produits agricoles, les denrées alimentaires de base, les médicaments essentiels, les exportations de services et les prestations fournies à l’étranger.
2.2.3 Impôt sur les actifs
L’impôt sur les actifs commerciaux est un impôt local important. Il s’agit d’un impôt minimum basé sur la valeur des actifs, appliqué à 2 % de la valeur totale des actifs de l’entreprise, servant de complément à l’impôt fédéral sur les sociétés. Cet impôt est perçu par les États et le district fédéral, dont les taux varient selon les juridictions. Il s’applique aussi bien aux personnes physiques qu’aux entreprises. La base d’imposition de la taxe foncière repose sur l’évaluation des biens immobiliers réalisée conjointement par la Commission nationale d’enregistrement foncier et les départements financiers locaux, responsables de l’estimation des valeurs patrimoniales. La taxe sur les transactions immobilières constitue également une source importante de recettes pour les gouvernements locaux, dont les taux sont fixés par les États. Initialement mise en place pour remplacer les droits de timbre sur les transactions immobilières, elle couvre notamment les successions, les donations à des organismes à but non lucratif, ainsi que divers transferts immobiliers.
3. Politique de régulation des cryptomonnaies au Mexique
La qualification juridique des cryptomonnaies détermine l’orientation de la politique de régulation au Mexique. Selon Banco de México, bien que les cryptomonnaies puissent servir à échanger des biens ou des services comme une monnaie, elles ne remplissent pas pleinement les fonctions classiques de la monnaie. Par exemple, la forte volatilité du bitcoin rend difficile son rôle de réserve de valeur et d’unité de compte, tandis que le nombre limité de commerçants acceptant les cryptomonnaies empêche leur adoption comme moyen d’échange universel [1]. De plus, les cryptomonnaies ne sont pas en soi des actifs financiers ; les gains ou pertes dus à leur volatilité ne font que reproduire artificiellement des fonctions propres aux actifs financiers.
Le Mexique est le premier pays d’Amérique latine à avoir adopté une loi spécifique encadrant les entreprises de finance technologique. Trois institutions régulent actuellement le secteur financier : Banco de México, le ministère des Finances et du Crédit public (SHCP) et la Commission nationale des banques et des valeurs mobilières (CNBV). La régulation des cryptomonnaies s’appuie principalement sur la Loi Fintech (en espagnol : Ley Fintech) et ses règlements d’application (lois de second degré).
Dans le contexte du développement rapide des technologies financières, le Mexique a adopté en 2018 la Loi Fintech. Cette loi accorde deux types d’autorisations : d’une part, aux institutions de financement collectif (IFC) d’effectuer des opérations de « crowdfunding », notamment des transactions de capital portant sur des obligations, des actions ou des participations ; d’autre part, aux institutions de fonds de paiement électronique (IFPE) d’émettre, gérer, racheter et transférer des fonds électroniques par voie numérique, y compris des actifs virtuels tels que les cryptomonnaies. Ces deux types d’institutions doivent respecter des exigences minimales de capital : les IFPE opérant uniquement en pesos mexicains doivent disposer d’un capital de 500 000 UDI (Unité d’Investissement, unité d’indice utilisée comme alternative stable au peso mexicain), tandis que celles impliquées dans des transactions d’actifs virtuels, de devises étrangères ou de produits dérivés doivent atteindre 700 000 UDI.
En mars 2019, Banco de México a publié les textes réglementaires de second degré relatifs à la Loi Fintech, intégrant les entreprises de cryptomonnaies dans son champ de régulation. Dès lors, toute société utilisant des cryptomonnaies doit obtenir une autorisation officielle, faute de quoi elle risque une amende allant de 9 500 à 47 000 dollars américains. Cela signifie un contrôle accru sur l’autorisation et la surveillance des activités liées aux cryptomonnaies. Il convient de préciser que les petites et moyennes entreprises utilisant les cryptomonnaies comme moyen de paiement ne sont pas soumises à cette obligation : seules les entreprises du secteur fintech utilisant des mécanismes de transaction électronique ou levant des fonds (crowdfunding) doivent être autorisées. Curieusement, Banco de México, bien qu’étant l’une des autorités habilitées à octroyer ces agréments, n’a approuvé aucune entreprise dans les mois suivant l’entrée en vigueur de ces règles, recommandant même aux investisseurs de rester vigilants face aux sociétés de cryptomonnaies.
Outre ces dispositions, l’Unité d’intelligence financière du Mexique (FIU) a publié des directives exigeant la déclaration des transactions en actifs cryptographiques, ainsi que des informations sur les intermédiaires et prestataires de services associés.
4. Régime fiscal des cryptomonnaies au Mexique
Le régime fiscal mexicain relatif aux cryptomonnaies n’est pas complexe. Les actifs cryptographiques bénéficient rarement de règles fiscales spécifiques et sont principalement soumis aux dispositions générales du droit fiscal mexicain. Dès 2014, l’Administration fiscale fédérale mexicaine a publié l’avis no 230, définissant le traitement fiscal du bitcoin et d’autres monnaies virtuelles similaires. Ce document précise clairement que le bitcoin et les monnaies virtuelles comparables ne sont ni considérés comme des monnaies légales ni comme des devises étrangères, et ne relèvent donc pas de la réglementation des changes mexicaine. Du point de vue fiscal, les autorités mexicaines ne distinguent pas les actifs virtuels des autres actifs : toute acquisition ou transmission d’un actif cryptographique doit respecter les règles générales applicables à l’impôt sur le revenu et à la TVA, comme pour tout autre bien meuble.
Toutefois, trois particularités marquent le régime fiscal des cryptomonnaies au Mexique : premièrement, le gouvernement a créé le Secrétariat d’intelligence financière (CARF), chargé d’établir un cadre fiscal harmonisé, ce qui indique une volonté d’améliorer progressivement le régime fiscal relatif aux cryptomonnaies. Deuxièmement, les entreprises réalisant des transactions intra-journalières sur les cryptomonnaies, analogues aux opérations boursières ou de change, doivent s’acquitter d’un impôt sur les sociétés de 35 %. Cette mesure vise à encadrer les activités de trading intensif et à prévenir les fortes fluctuations sur les marchés financiers, afin d’en assurer la stabilité. Troisièmement, conformément à la Loi Fintech, depuis le 10 septembre 2019, les entreprises de cryptomonnaies doivent effectuer une déclaration fiscale distincte chaque fois que le montant de leurs transactions dépasse 50 000 pesos mexicains (environ 2 700 dollars), en plus des déclarations normales d’impôt sur le revenu et de TVA. Cela témoigne d’une surveillance accrue des autorités financières et fiscales à l’égard des entreprises de cryptomonnaies.
5. Synthèse et perspectives du régime fiscal des actifs cryptographiques au Mexique
Le régime fiscal mexicain relatif aux actifs cryptographiques en est encore à ses débuts. Il dépend principalement du système fiscal général, et les règles applicables découlent directement de la qualification juridique que le gouvernement accorde à ces actifs. Les rares dispositions fiscales spécifiques visent surtout à renforcer la conformité, protéger les investisseurs et prévenir les risques financiers potentiels liés aux cryptomonnaies, sans pour autant refléter une volonté explicite du gouvernement de promouvoir ou encourager ce secteur. Un détail en dit long : globalement, bien que le Mexique réponde progressivement par des mesures réglementaires et fiscales à l’évolution des actifs numériques, sans nier la légalité des cryptomonnaies et de leurs transactions, il entend surtout les utiliser comme outil de développement économique, tout en restant très vigilant face aux risques financiers inhérents aux échanges d’actifs numériques et à l’impact potentiel de la circulation des cryptomonnaies sur la souveraineté monétaire nationale.
En janvier 2022, Banco de México a annoncé travailler activement à la création d’une monnaie numérique de banque centrale (CBDC), prévue pour entrer en circulation en 2024. Or, dès juillet de la même année, la sénatrice mexicaine Indira Kempis a déposé un projet de loi visant à accorder au bitcoin un statut analogue à celui de la monnaie légale au Mexique. Au moment de la rédaction de cet article, ce projet n’avait pas été adopté, et la CBDC mexicaine n’était pas encore lancée. Néanmoins, quelle que soit la décision du Mexique – emprunter la voie des cryptomonnaies centralisées ou accorder un statut légal aux cryptomonnaies décentralisées –, il est inévitable que le pays mette en place un régime fiscal autonome et complet pour les cryptomonnaies décentralisées telles que le bitcoin. Seule une telle évolution permettra de s’adapter à la vague du développement des cryptomonnaies et d’équilibrer efficacement croissance économique, sécurité financière et souveraineté monétaire.
Bienvenue dans la communauté officielle TechFlow
Groupe Telegram :https://t.me/TechFlowDaily
Compte Twitter officiel :https://x.com/TechFlowPost
Compte Twitter anglais :https://x.com/BlockFlow_News










