
Doute et vérité : Bitget a-t-il choisi la direction difficile mais correcte dans l'affaire VOXEL ?
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Doute et vérité : Bitget a-t-il choisi la direction difficile mais correcte dans l'affaire VOXEL ?
Ce qui mérite vraiment réflexion, c'est la manière dont les plateformes d'échange peuvent préserver un niveau de sécurité minimum tout en se développant, comment les arbitragistes peuvent poursuivre leurs profits sans franchir la ligne rouge légale, et comment, enfin, l'industrie dans son ensemble peut grandir à travers chaque crise et chaque processus de réparation.
Auteur : OneShotBug

I. Contexte de l'événement et angle d'analyse
Le 20 avril 2025, la plateforme mondiale de cryptomonnaie Bitget a été le théâtre d'un incident de trading ayant suscité un large débat. En seulement trente minutes, le contrat perpétuel VOXEL/USDT a connu une hausse anormale des prix accompagnée d'une amplification spectaculaire du volume d'échanges, s'écartant gravement des conditions normales du marché. Suite à cela, Bitget a annoncé le rollback (annulation) des transactions effectuées pendant la période anormale, ainsi que plusieurs mesures, notamment le gel des comptes concernés, le recouvrement des gains indus, et une distribution gratuite (airdrop) aux utilisateurs ordinaires.
Cet événement a rapidement relancé les discussions sur la « légalité et la légitimité du rollback », ainsi que sur l’« efficacité de la responsabilité de la plateforme ». En tant qu'intervention massive rare ces dernières années sur le marché des cryptomonnaies, cette gestion touche non seulement à la protection des droits des utilisateurs, mais aussi à des questions plus larges comme le contrôle des risques des plateformes, l’éthique commerciale et les normes sectorielles.
À travers une perspective objective et rationnelle, cet article reconstituera d’abord fidèlement le déroulement complet de l’événement, analysera ensuite les comportements et responsabilités des différentes parties impliquées, puis examinera particulièrement, à travers des cas historiques de rollback dans les marchés financiers traditionnels, la pertinence du choix fait par Bitget. Enfin, il vise à offrir aux lecteurs des bases claires et impartiales pour juger l’événement, plutôt que de se laisser emporter par des controverses émotionnelles.
II. L'affaire VOXEL : chronologie et analyse des causes
1. Chronologie
Entre 16h00 et 16h30 (UTC+8) le 20 avril 2025, le contrat perpétuel VOXEL/USDT sur la plateforme Bitget a subi de violentes fluctuations. En seulement 30 minutes, le prix du contrat VOXEL est passé d’environ 0,30 dollar à près de 1,00 dollar, soit une augmentation supérieure à 230 %. Le volume total des échanges a grimpé à plus de 120 milliards de dollars, dépassant celui du Bitcoin, devenant ainsi le produit le plus échangé sur toute la plateforme. De nombreux utilisateurs ont réalisé des opérations à haute fréquence durant cette période anormale, provoquant une grande confusion sur le marché.
2. Description de l’anomalie :
Pendant l’incident, les prix des contrats VOXEL se sont fortement écartés de leurs niveaux normaux. Des ordres à effet de levier élevé et faible montant ont été exécutés en masse, certains ordres au carnet d’ordres ont été rapidement absorbés, rendant ce dernier extrêmement fragile. Les données de marché indiquent :
● Une profondeur des échanges inférieure de plus de 90 % par rapport à la situation normale ;
● Un écart bid-ask (entre cours d’achat et de vente) multiplié par plus de 10 par rapport à la normale ;
● Un prix maximal atteignant une prime proche de 300 % comparé au prix du spot de référence.
La logique habituelle des échanges était totalement rompue, avec une hausse « spiralaire et unilatérale » des prix. D'autres actifs de la plateforme ont également été brièvement affectés, provoquant momentanément une réaction en chaîne.
3. Analyse préliminaire des causes :
Selon le communiqué officiel de Bitget, des analyses sur chaîne et des observations d’experts du secteur, les causes principales seraient les suivantes :
● Dysfonctionnement du système de liquidité : Vers 16h00 le 20 avril, certains robots market makers de Bitget ont connu une panne technique, incapable de fournir des cotations raisonnables, entraînant une perte soudaine de liquidité sur le marché.
● Manipulation par des groupes d’arbitrage : Dès la détection de l’anomalie, au moins 8 comptes spécialisés dans l’arbitrage ont immédiatement profité de la situation, ouvrant des positions massives avec un effet de levier élevé (certains allant jusqu’à 50–100 fois), poussant artificiellement les prix vers le haut avant de clôturer rapidement pour réaliser des profits, aggravant ainsi la distorsion des prix. Le groupe qntxxx, impliqué dans ces opérations, a par ailleurs expliqué publiquement sa méthode de travail et ses pratiques antérieures.
(Voir : https://mp.weixin.qq.com/s/wD2uSE_B5Pz0yZfjeo7pLw)
● Défaillance du système de contrôle des risques : Certains paramètres de sécurité de Bitget n’ont pas détecté la structure extrême des transactions, retardant ainsi le déclenchement d’un circuit breaker ou de restrictions commerciales.
En somme, cet événement illustre clairement une combinaison typique entre « vulnérabilité technique » et « exploitation humaine ».
4. Mesures prises par Bitget
Suite à l’incident, Bitget a rapidement lancé une réponse d’urgence et pris les mesures suivantes (lien original : https://x.com/xiejiayinBitget/status/1916475194383688167) :
● Rollback des transactions : Vérification et annulation de toutes les transactions du contrat VOXEL/USDT entre 16h00 et 16h30 le 20 avril, portant sur environ 120 milliards de dollars de volume anormal.
● Gel des comptes : Blocage de 8 comptes soupçonnés d’arbitrage malveillant, représentant plus de 20 millions de dollars, et initiation d’une procédure judiciaire, y compris l’envoi de lettres recommandées à certaines parties.
● Airdrop aux utilisateurs : Engagement à reverser intégralement les gains indus récupérés aux utilisateurs ordinaires via une distribution gratuite (airdrop).
● Mise à niveau du système et revue interne : Lancement immédiat d’un plan de correction d’urgence du système de contrôle des risques, avec promesse de publier un rapport complet d’enquête et de rendre publiques les améliorations futures.
Bitget a souligné que les pertes découlant de cet incident seront entièrement assumées par la plateforme elle-même, sans aucune poursuite contre les utilisateurs réguliers. Plus précisément :
● Le principe du rollback consiste à corriger uniquement les profits et pertes anormaux. Le capital initial et les frais de transaction des utilisateurs ne seront pas impactés. Après le rollback, certains frais ont été accidentellement déduits ; ils ont depuis été remboursés. Aucun utilisateur ne subira donc de perte sur son capital ni sur ses frais.
● Avant que les mesures de contrôle des risques ne prennent effet, un montant de 38,31 millions d’USDT de profits anormaux avait déjà été retiré de la plateforme. Outre les 20 millions d’USDT liés aux 8 comptes mentionnés ci-dessus, tous les autres fonds retirés ne feront jamais l’objet d’un recouvrement.
Cela montre clairement que les actions actuelles de Bitget ciblent exclusivement ces 8 comptes suspects, tandis que les pertes des utilisateurs affectés ont été intégralement compensées.
III. Arbitrage et responsabilité de la plateforme : attribution des responsabilités
1. Analyse du comportement des groupes d’arbitrage
Dans cet incident, certains groupes professionnels d’arbitrage ont exploité la panne du système de liquidité de Bitget pour lancer des opérations à haute fréquence et fort effet de levier. À très faible coût, ils ont artificiellement gonflé le prix du contrat VOXEL, créant une distorsion majeure du marché, avant de vendre rapidement pour empocher des profits.
D’un point de vue technique, ces opérations ne reposaient pas sur une offre et une demande réelles ni sur un processus normal de découverte des prix, mais constituaient une exploitation organisée d’une faille du système de la plateforme, permettant d’obtenir des gains anormaux disproportionnés par rapport aux risques encourus.
Dans les marchés financiers traditionnels, de tels comportements sont généralement qualifiés de manipulation de marché (market manipulation) ou d’exploitation de défaillance système (exploitation of system failures), des pratiques explicitement interdites. Elles nuisent à l’équité du marché et causent des dommages directs aux investisseurs ordinaires.
Ainsi, bien que ces opérations semblent techniquement conformes aux règles du marché, elles manquent de légitimité du point de vue de l’intégrité du marché. La décision de Bitget d’annuler les transactions, de geler les comptes et de récupérer les gains illégitimes s’inscrit dans les pratiques courantes du secteur visant à préserver l’équité des échanges en cas d’événement extrême.
2. Analyse du comportement de Bitget
(1) Responsabilité systémique
En tant qu’opérateur de plateforme, Bitget a révélé des lacunes techniques et de contrôle des risques manifestes lors de cet incident. Le système de liquidité n’a pas été correctement surveillé, les mécanismes de sécurité n’ont pas empêché la perte de contrôle des prix, menant à un désordre du marché et à des pertes concrètes pour les utilisateurs.
Face à cet échec systémique, Bitget porte une responsabilité directe incontestable. Après l’incident, la plateforme a reconnu publiquement l’échec de ses dispositifs de contrôle des risques et s’est engagée à mener une revue complète et à améliorer son système.
(2) Gestion de crise
Après l’accident, Bitget a activé une réponse d’urgence comprenant :
● Annulation des transactions anormales du contrat VOXEL sur la période incriminée ;
● Gel de 8 comptes suspectés d’arbitrage anormal afin d’empêcher l’évasion des gains illicites ;
● Engagement à reverser à 100 % les gains indus récupérés aux utilisateurs ordinaires via airdrop ;
● Clarification du fait qu’aucun bénéfice régulier obtenu par les utilisateurs ordinaires pendant la période anormale ne serait récupéré ;
● Lancement d’une enquête interne et de mesures correctives, avec promesse de publication des résultats.
Ces mesures ont atténué dans une certaine mesure l’impact direct sur les utilisateurs ordinaires : leurs fonds, leurs profits légitimes et même leurs frais de transaction sont protégés.
(3) Responsabilité et actions ultérieures
Bitget assume une responsabilité systémique claire dans cet incident. Toutefois, ses mesures correctives post-incident – telles que le reversement des fonds récupérés, la non-poursuite des gains des petits utilisateurs – montrent sa volonté d’assumer les conséquences économiques et de restaurer la confiance.
D’un point de vue plus large, les bourses doivent continuellement renforcer leurs capacités de prévention des risques, de surveillance en temps réel et de traitement transparent après incident. Seule une gestion des risques construite sur une base mature et autonome permettra de prévenir efficacement de tels événements.
IV. Références historiques : traitement des transactions anormales dans les marchés traditionnels et crypto
Dans les marchés financiers traditionnels, lorsque des pannes techniques, erreurs système ou opérations extrêmes entraînent une déviation sévère des prix, les bourses annulent, ajustent ou roll back les transactions anormales conformément à des règles claires. Dans le domaine des cryptomonnaies, les grandes plateformes ont déjà connu des incidents similaires et adopté des mesures comparables. Par ailleurs, l’exploitation intentionnelle de failles système pour obtenir des gains illégaux a souvent donné lieu à des poursuites pénales, avec récupération des fonds et condamnation à des peines d’emprisonnement.
À travers plusieurs cas emblématiques, examinons comment les marchés principaux traitent les transactions extrêmes et la position juridique qui en découle.
1. "Flash Crash" du marché américain, 6 mai 2010
Le 6 mai 2010, le marché américain a connu un "flash crash" historique : l’indice Dow Jones a chuté de près de 1 000 points en cinq minutes, effaçant instantanément environ 1 000 milliards de dollars de capitalisation. Une enquête a révélé qu’un grand fonds commun (Waddell & Reed) avait utilisé un algorithme pour vendre massivement des contrats à terme, amplifiant la volatilité grâce au trading à haute fréquence (HFT).
À ce moment-là, le trader britannique Navinder Singh Sarao a intensifié la chute en utilisant une stratégie de "spoofing" (création de fausses demandes/offres) pour simuler une liquidité trompeuse. Les prix des actions ont fluctué de manière extrême, par exemple Procter & Gamble a perdu temporairement près de 37 % de sa valeur.
Suite à l’incident, la SEC et la CFTC ont conjointement enquêté et annulé plus de 6 000 transactions anormales selon la règle du "trade error". Les régulateurs ont ensuite introduit des mécanismes de circuit breaker pour éviter de futurs événements similaires.
2. Erreur "doigt épais" à Deutsche Bank, juin 2015
En juin 2015, un employé junior de Deutsche Bank, seul responsable des opérations forex en l’absence de son supérieur, a commis une erreur fatale. En traitant une transaction avec un hedge fund américain, il a saisi par erreur le montant total au lieu du montant net, conduisant à un transfert erroné de 6 milliards de dollars au client. La banque a découvert l’erreur le lendemain et a récupéré intégralement les fonds.
L’affaire a été signalée aux autorités réglementaires britanniques (FCA), européennes (ECB) et américaines (Fed). Elle a mis en lumière des déficiences critiques dans les contrôles opérationnels et techniques de la banque, notamment l’absence de supervision et de systèmes automatisés de détection d’erreurs. Suite à cela, Deutsche Bank a procédé à un audit complet de ses systèmes internes et, sous la direction de son nouveau PDG John Cryan, a lancé une vaste réforme visant à simplifier sa structure, améliorer l’efficacité opérationnelle et renforcer le contrôle des risques.
3. Panne technique à la Bourse de New York, juin 2024, entraînant des anomalies sur Berkshire Hathaway
Le 3 juin 2024, la Bourse de New York a subi une panne technique ayant provoqué des fluctuations anormales sur plusieurs titres, dont l’action classe A de Berkshire Hathaway. Son cours est tombé brutalement de plus de 620 000 dollars à 185,10 dollars, soit une chute de 99,97 %. Ce prix erroné a persisté environ deux heures, avec plus de 3 000 actions échangées.
La cause racine était une erreur dans les bandes de prix publiées par l’Association du ruban consolidé (Consolidated Tape Association, CTA), déclenchant le mécanisme "Limit Up-Limit Down" (LULD), bloquant temporairement les échanges de plusieurs actions. La CTA a identifié un problème potentiel lié à une nouvelle version logicielle et a résolu l’incident en basculant vers une version de secours.
La Bourse de New York a ensuite annoncé l’annulation de toutes les transactions sur l’action Berkshire A exécutées entre 9h50 et 9h51 heure de l’Est, à un prix inférieur ou égal à 603 718,30 dollars. Ces transactions ont été déclarées nulles et non avenues, sans droit de recours pour les traders concernés.
Des titres comme Barrick Gold, NuScale Power et Chipotle ont également été touchés par des anomalies similaires et des suspensions d’échanges.
4. Affaire Zhang Peng exploitant une faille système à Maonan, 2015
En 2015, le tribunal populaire du district de Maonan à Maoming a jugé une affaire d’enrichissement illégal par exploitation d’une faille sur une plateforme d’actifs virtuels (référence : (2015) Maonan Fa Xing Chu Zi No. 112).
Les faits montrent que, en mars 2014, l’accusé Zhang Peng a découvert une faille système sur une plateforme de monnaie virtuelle, permettant de doubler les fonds en passant des ordres puis en les annulant ("order and cancel loop"). Il a créé plusieurs comptes UID et exploité cette faille de manière répétée, empochant illégalement 141 866 yuans. Il a ensuite transféré ces fonds vers d’autres comptes, acheté des "Litecoins", puis les a vendus pour réaliser 103 431 yuans supplémentaires.
Le tribunal a estimé que Zhang Peng avait agi dans le but de s'approprier frauduleusement les biens de la plateforme, constituant un vol. Il a été condamné à trois ans et demi de prison et à une amende de 10 000 yuans.
Bilan comparatif :
Ces cas montrent que, dans les marchés financiers traditionnels, lorsque des pannes système, erreurs humaines ou fluctuations extrêmes déforment gravement les prix, les bourses annulent ou ajustent les transactions anormales conformément à des règles claires. Ces mesures visent à restaurer l’ordre du marché, garantir l’équité et éviter des réactions en chaîne systémiques.
Dans l’affaire du contrat VOXEL, Bitget a adopté des mesures incluant le rollback, le gel des comptes et le recouvrement des gains. Ces actions reflètent une logique de traitement similaire à celle des marchés traditionnels face aux anomalies extrêmes, tout en rappelant que les plateformes crypto doivent encore améliorer leur prévention en amont.
V. Conclusion rationnelle : enseignements pour la gestion des risques et la construction institutionnelle dans les plateformes crypto
L’incident du contrat VOXEL a révélé chez Bitget des insuffisances criantes en matière de stabilité système et de contrôle des risques. Lors de la perte de profondeur du marché et du dysfonctionnement du système de liquidité, la plateforme n’a pas déclenché à temps les mécanismes de protection, provoquant une grave distorsion des prix et des opportunités d’arbitrage.
Après l’incident, Bitget a pris une série de mesures — rollback, gel des comptes, airdrop — afin de restaurer l’ordre dans un contexte chaotique. Ces actions ont atténué l’impact immédiat, mais révèlent aussi à la fois une certaine expérience et des lacunes dans la gestion de crise.
En regardant les cas similaires dans les marchés traditionnels, on constate que, sans exception, l’annulation ou le rollback des transactions anormales vise à préserver l’ordre fondamental et l’équité du marché. L’approche de Bitget s’inscrit donc dans cette logique établie de gestion des risques.
Toutefois, l’affaire VOXEL laisse aussi une empreinte spécifique au secteur crypto. L’« affaire des lettres d’avocat » de Bitget deviendra sans doute une page marquante de l’histoire de la communauté crypto, incarnant non seulement le conflit entre vulnérabilité technique et cupidité humaine, mais aussi une collision profonde entre frontières juridiques et culture sectorielle.
Dans cet événement, prendre parti est désormais inutile.
Ce qui mérite vraiment réflexion, c’est : comment les plateformes peuvent-elles concilier croissance et sécurité ? Comment les arbitragistes peuvent-ils poursuivre leurs profits sans franchir la ligne rouge légale ? Et surtout, comment tout un secteur peut-il mûrir à travers chaque crise et chaque correction ?
Peut-être que ce qui compte davantage que l’événement lui-même, c’est la manière dont nous choisirons d’affronter l’avenir.
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