
Dernière déclaration de Ray Dalio : « La concentration de l’IA est trop élevée, et le rendement réel des actions américaines pourrait être négatif au cours des 5 à 10 prochaines années. »
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Dernière déclaration de Ray Dalio : « La concentration de l’IA est trop élevée, et le rendement réel des actions américaines pourrait être négatif au cours des 5 à 10 prochaines années. »
Il ne vous déconseille pas d’acheter de l’IA ; il vous déconseille simplement de miser tous vos jetons sur l’IA.
Auteur : Ray Dalio
Traduction et synthèse : TechFlow
Introduction de TechFlow : Ray Dalio, fondateur de Bridgewater Associates, a publié sur X une note d’investissement dans laquelle il analyse le marché actuel, dominé par quelques géants du secteur de l’intelligence artificielle (IA). Son jugement est sans appel : le risque élevé est un fait avéré, tandis que le rendement faible est une opinion — les rendements réels des actions américaines pourraient se situer entre -5 % et -10 % au cours des cinq à dix prochaines années. Il ne vous déconseille pas d’acheter des actions liées à l’IA ; il vous met simplement en garde contre le fait de concentrer l’intégralité de votre portefeuille sur ce seul secteur. C’est là le « Saint-Graal de l’investissement », fruit de plus de cinquante années d’expérience, qu’il partage aujourd’hui publiquement avec tous.

Principes d’investissement : comment jouer sa main dans la situation actuelle
Cette note explique comment aborder le jeu de l’investissement dans le contexte actuel.
Vous pouvez l’imaginer comme une partie de bridge, de poker, de backgammon ou d’échecs. Vient votre tour de jouer, et un ordinateur à vos côtés évalue la situation et vous propose des recommandations. Pour moi, investir ressemble exactement à cela. Que cet ordinateur soit physiquement présent ou non, je pense que vous devriez vous poser une question essentielle : « Étant donné la configuration actuelle de mon jeu, quelle est la meilleure décision à prendre ? » (autrement dit : quelles sont les caractéristiques actuelles du marché et quelles forces l’influencent ?)
J’ai joué ce jeu depuis très longtemps. À ce stade de ma carrière, mon objectif est de transmettre ma méthode d’investissement, puis d’aller encore plus loin en créant une plateforme permettant à chacun d’explorer librement cette discipline — apprendre, reconstituer ses propres décisions passées, et progresser. Je crois fermement qu’il existe des bonnes et des mauvaises façons de jouer une main donnée. Ainsi, face à une situation spécifique, vous devez vous demander : « Quelle est la meilleure façon de placer mon pari ? », et être capable d’y répondre de manière fondée.
Je vais maintenant vous exposer, selon moi, à quoi ressemble le marché actuel et ce que je considère comme la bonne stratégie (celle que j’applique personnellement).
Comment jouer la main actuelle
Quelles sont les conditions clés qui prévalent aujourd’hui, et comment y réagir ?
Pour moi — et probablement pour tout le monde — nous évoluons actuellement dans un marché où un très petit nombre d’entreprises, regroupées dans un seul secteur marqué par une technologie révolutionnaire (principalement l’IA), déterminent l’orientation générale. Ces entreprises représentent une part disproportionnée de la capitalisation boursière totale et exercent une influence considérable sur les marchés et l’économie. Chaque fois que cela se produit, le secteur technologique suscite une forte excitation, une grande incertitude et une volatilité accrue, dont les répercussions s’étendent aux marchés boursiers mondiaux. Les fluctuations et l’incertitude qui caractérisent ce secteur revêtent donc une importance capitale.
Outre ce facteur, plusieurs autres variables majeures entrent en jeu — celles que j’appelle les « cinq grandes forces » : premièrement, l’évolution de la dette et de la politique monétaire ; deuxièmement, les enjeux politiques et sociaux (qui influencent fortement la fiscalité et d’autres facteurs de marché déterminés par la politique) ; troisièmement, l’impact géopolitique sur les marchés (par exemple, les conflits armés) ; quatrièmement, les phénomènes naturels ; cinquièmement, les avancées technologiques. J’insère ces paramètres dans mon système d’investissement, qui calcule automatiquement la stratégie de placement appropriée. Parallèlement, j’analyse moi-même les paris les plus pertinents.
Lorsqu’on réfléchit à la manière de placer son pari, la question la plus essentielle — et celle à laquelle on doit impérativement répondre — est la suivante : souhaitez-vous a) parier davantage sur les nouvelles technologies que ne le font déjà les indices de référence (par exemple, le S&P 500), en surexposant ce secteur ou les entreprises que vous jugez les plus prometteuses ; b) conserver une exposition comparable à celle des indices ; ou c) diversifier votre portefeuille afin de réduire cette concentration ?
Presque tout le monde cherche à acquérir les meilleurs actifs, et chacun s’y emploie activement. Or, cette nouvelle technologie semble bel et bien en train de transformer presque tous les domaines. L’histoire montre toutefois qu’à ce stade du cycle, la majorité des investisseurs perdent lorsqu’ils concentrent une part trop importante de leur portefeuille sur les quelques entreprises leaders qui développent cette technologie. Ce constat repose sur une logique solide, vérifiée à chaque cycle précédent. Certes, l’IA constitue une innovation unique, mais l’histoire a connu de nombreuses autres innovations tout aussi exceptionnelles, offrant des points de comparaison utiles. Vous devriez les étudier attentivement. Si vous choisissez de les ignorer, vous devez fournir une justification convaincante expliquant pourquoi cette fois serait différente.
Le risque est effectivement élevé
Tous les grands cycles technologiques du passé se sont déroulés selon le même schéma, guidés par la même logique. Le haut niveau de risque et l’incertitude extrême constituent des caractéristiques inhérentes aux entreprises technologiques émergentes. En examinant leurs performances passées dans des situations similaires, on constate que même les entreprises révolutionnaires ayant finalement triomphé sur le long terme (comme Microsoft ou Apple) ont subi des chutes vertigineuses à ce stade précis. Et surtout, au moment même de l’émergence de ces nouvelles technologies — et non rétrospectivement — il est extrêmement difficile de prédire avec certitude quelles entreprises réussiront et lesquelles échoueront. IBM en est un exemple frappant. L’examen approfondi de ces cas historiques révèle que l’avenir des entreprises technologiques demeure profondément incertain — tel est leur caractère intrinsèque.
Prenons un exemple : ces entreprises ont tendance à investir soit trop, soit trop peu. Pourquoi ? Sous-investir garantit l’échec, mais elles ne peuvent pas anticiper avec précision l’avenir et donc ne savent pas si leur investissement est excessif. Dans les deux cas, le coût est élevé.
Elles ne peuvent non plus anticiper avec exactitude tous les changements susceptibles de les affecter, y compris ceux d’origine externe — resserrement monétaire, conflits armés, modifications radicales de la fiscalité. Elles connaissent donc inévitablement des hauts et des bas spectaculaires : d’abord l’enthousiasme des investisseurs, puis la panique des plus prudents, qui les contraint à sortir du marché, amplifiant ainsi la volatilité. Allons plus loin : ces nouvelles technologies et ces nouvelles entreprises, qui ont autrefois renversé leurs prédécesseurs, seront elles-mêmes renversées, dans la plupart des cas, par des technologies et des entreprises encore plus récentes — souvent de manières totalement imprévisibles aujourd’hui. Nous devons nous interroger sur la possibilité que ce scénario se reproduise avec les entreprises actuelles. L’impact de l’informatique quantique constitue, à ce jour, un « connu connu ». Mais qu’en est-il des « inconnus inconnus » — ces innovations encore impensables ?
Et quid des risques liés à la concurrence ? La Chine, par exemple, développe et distribue déjà des technologies d’IA. Ses décideurs adoptent une vision radicalement différente de l’économie et de l’IA. Nous sommes engagés dans une véritable course technologique mondiale, où les dirigeants de chaque pays considèrent qu’ils doivent remporter la victoire. Du point de vue chinois, l’IA génère des gains de productivité considérables et améliore globalement le niveau de vie ; elle devrait donc être accessible gratuitement ou à très bas prix. Pour eux, les bénéfices ne sont pas la priorité absolue : ce qui compte, c’est l’ensemble des retombées positives générées par une large adoption de ces nouvelles technologies. Je prévois qu’ils entreront sur les marchés internationaux avec la même agressivité qu’ils ont déployée dans les secteurs de l’automobile, des panneaux solaires ou des batteries.
La situation actuelle rappelle fortement de nombreux épisodes historiques riches d’enseignements. Je pense notamment à la fin de l’empire néerlandais et au début de l’empire britannique, lorsque la Grande-Bretagne a surpassé les Pays-Bas dans la construction navale et d’autres industries stratégiques. Je songe également aux tensions géopolitiques autour de Taïwan, qui devraient au moins nous faire envisager la possibilité que la Chine utilise l’interdiction d’exporter des puces vers ou depuis Taïwan comme un outil de pression géopolitique. D’autres risques pèsent sur les actions liées à l’IA : la hausse potentielle de la taxe sur la fortune ou d’autres taxes pourrait contraindre les détenteurs importants de ces titres à les céder ; ou encore, la montée d’un courant anti-IA pourrait freiner l’expansion de ces entreprises.
Je pourrais vous énumérer une longue liste de raisons de s’inquiéter, tout comme une liste tout aussi longue d’opportunités prometteuses liées à l’IA. Je ne cherche pas ici à prédire l’issue de ces risques, ni à déconseiller l’achat d’actions liées à l’IA. Je souligne simplement qu’une concentration massive de risques existe bel et bien sur le marché — c’est un fait indéniable — et que vous devez savoir comment jouer dans une telle configuration. Sur la base de mes analyses historiques exhaustives et de raisonnements logiques, je suis convaincu que le risque est élevé, et que la meilleure stratégie consiste à :
Diversifier soigneusement
Vous connaissez probablement mon mantra : la diversification. Mon « Saint-Graal de l’investissement » consiste à détenir 15 positions de qualité, mutuellement indépendantes et équilibrées en termes de risque. Autrement dit :
« Un portefeuille bien diversifié, composé de bons paris, surperformera systématiquement un pari concentré (offrant un ratio rendement/risque supérieur, permettant d’optimiser le rendement pour un niveau de risque donné). Plus le risque est concentré sur une seule zone du marché, plus la diversification s’impose — particulièrement lorsqu’un marché est tiré par une technologie révolutionnaire, par nature source d’incertitude extrême. »
Ce n’est pas une simple opinion, mais une certitude mathématique. Illustrons cela : supposons qu’un pari isolé offre un ratio rendement/risque de 0,3 (par exemple, un rendement de 6 % associé à un écart-type de 18 %, valeur typique pour les actions). Comparons-le à un portefeuille composé de 5, 10 ou 15 paris mutuellement indépendants : je peux obtenir le même rendement de 6 %, mais l’écart-type — mesure du risque — chute respectivement à 8 %, 6 % et 5 %. Autrement dit, un portefeuille de 15 bons paris mutuellement indépendants permet d’améliorer le ratio rendement/risque de 4,3 fois (passant de 0,3 à 1,29). Si vous le souhaitez, vous pouvez même recourir à l’effet de levier pour obtenir un rendement nettement plus élevé, tout en conservant le même niveau de risque. C’est un fait.
Ma confiance repose sur des tests historiques (backtests), sur les résultats réels obtenus au cours de mes plus de cinquante années de pratique, et sur une logique statistiquement robuste : un portefeuille bien diversifié, ajusté à votre tolérance au risque, produira sur le long terme des rendements largement supérieurs à ceux obtenus par la plupart des investisseurs qui privilégient les paris concentrés. Plus précisément, une bonne diversification vous procure un ratio rendement/risque supérieur à celui de tout pari concentré ; une fois ce portefeuille calibré à votre niveau de risque souhaité, vous obtenez, pour ce même niveau de risque, un rendement supérieur à toute autre stratégie.
En rendant publique cette méthode, j’ai transformé ce « Saint-Graal » en une voie de succès désormais « moins secrète ». Pourtant, je rencontre rarement des investisseurs qui raisonnent selon cette approche — c’est-à-dire qui s’interrogent sérieusement sur la construction de portefeuille, et comparent les performances d’un portefeuille bien structuré et diversifié à celles d’un pari concentré sur quelques titres d’un secteur révolutionnaire. La plupart des investisseurs ne se demandent que si ces actions ou ce secteur vont monter, et comment y investir. La différence de performance entre ceux qui réfléchissent à la construction de portefeuille et ceux qui ne le font pas est considérable. Je reviendrai ultérieurement sur les détails pratiques de cette méthode.
À la lumière de ce qui précède, face à la « main » actuelle, vous devriez vous interroger : « Quelle taille de position concentrée dois-je conserver ? », puis procéder à la diversification.
Les rendements attendus semblent faibles
Le risque élevé est un fait indéniable. Voici maintenant une opinion, susceptible d’être erronée : les rendements attendus sont faibles. Cette conclusion repose sur mon analyse des valorisations et sur mes indicateurs de bulle — les rendements réels des actions pourraient se situer entre -5 % et -10 % au cours des cinq à dix prochaines années, bien que l’incertitude entourant ces chiffres soit importante. À mes yeux, ces actions sont des actifs à longue durée, très risqués, car il est extrêmement difficile d’anticiper de manière fiable leur évolution à long terme. De plus, elles paraissent surévaluées et détenues par des investisseurs peu engagés.
Une question posée par mon équipe de recherche
Lors de notre dernière réunion, un membre de l’équipe m’a demandé : « Sur quoi fondez-vous l’idée que la configuration actuelle du marché est erronée ? Comment savez-vous que l’absence actuelle de diversification sur les marchés n’a pas de bonnes raisons — par exemple, certains investisseurs anticipent des rendements exceptionnellement élevés pour les actions liées à l’IA ; ou encore, lorsque le poids d’un secteur atteint une proportion aussi élevée dans les indices, une telle concentration apparaît naturelle ; ou encore, lorsque l’enthousiasme pour un secteur est extrême, de nombreux investisseurs achètent ces actions sans analyser rigoureusement les bénéfices futurs ni leur valorisation ? »
Ma réponse
Les hausses de prix peuvent avoir de multiples causes, dont certaines ne sont pas fondées. Certains investisseurs regardent uniquement le cours et le font monter parce qu’ils jugent le prix attractif par rapport aux fondamentaux ; d’autres détiennent ces actions parce qu’ils croient en la puissance de cette nouvelle technologie, et interprètent la hausse du cours comme une confirmation de leur qualité ; d’autres encore détiennent une exposition passive aux indices, ce qui les oblige à une surpondération mécanique de ces titres. Selon moi, vous pouvez vous interroger longuement sur ces questions afin de déterminer votre propre stratégie ; ou vous pouvez simplement reconnaître que vous n’êtes pas obligé de trancher, car vous ne disposez pas d’informations suffisantes pour parier avec confiance. Vous pouvez tout à fait dire : « Je ne sais pas assez pour prendre position », et alors ne rien faire.
Ce qui piège les investisseurs, c’est l’idée selon laquelle « je dois nécessairement me forger une opinion, et cette opinion vaut de l’argent ». Or, la réalité est souvent que vous ne pouvez tout simplement pas formuler une opinion suffisamment fiable pour justifier un pari. (Note explicative : je ne conseille pas de ne pas parier — et de toute façon, vous ne pouvez pas éviter de le faire, car vous devez toujours allouer votre argent à un type d’investissement ou à de la trésorerie. Or, la plupart des gens pensent que la trésorerie est l’actif le moins risqué, alors qu’elle est en réalité le pire investissement sur le long terme. Ce que je recommande, c’est de diversifier systématiquement vos paris, même si vous ne possédez aucune conviction tactique sur la performance relative des différents marchés. La méthode consiste à maintenir, en l’absence de jugement tactique fiable, une allocation stratégique équilibrée entre les classes d’actifs. Mais cela fera l’objet d’un développement ultérieur.)
Ainsi, je crois fermement que savoir ce que l’on ignore — et décider dès lors de ne pas parier — est tout aussi important que savoir ce que l’on connaît — et parier en conséquence.
Autrement dit, je suis convaincu du principe suivant : puisqu’il est généralement très difficile de disposer d’informations suffisantes pour justifier un pari concentré, la meilleure approche consiste à constituer un portefeuille diversifié composé uniquement des paris les plus fiables et mutuellement indépendants, puis à ajuster ce portefeuille à votre niveau de risque souhaité. C’est là mon « Saint-Graal de l’investissement ».
Aujourd’hui, face à la « main » actuelle, je ne crois pas qu’il existe une personne capable de prédire avec suffisamment de clarté l’évolution future de ce marché piloté par la technologie pour justifier un pari massif et concentré. À mes yeux, éviter la concentration et maintenir une diversification rigoureuse constitue la meilleure réponse à cette « ignorance ». Je sais que cela contredit les théories enseignées dans vos manuels — qui reposent principalement sur l’hypothèse d’efficience des marchés, vous invitant ainsi à « faire confiance au marché ».
Pour résumer : nous faisons face à un marché exceptionnellement concentré, centré sur une technologie révolutionnaire. Cela devrait précisément nous rappeler de ne pas confondre l’enthousiasme pour la technologie avec l’attrait des actions qui y sont liées, et de ne pas sacrifier notre prudence au profit d’un portefeuille risqué et fortement corrélé — d’autant plus que la diversification intelligente permettrait d’obtenir un rendement tout aussi attractif, mais à un risque nettement moindre.
Annexe : Je ne divulguerai ni mes positions ni mes jugements tactiques, car je ne souhaite pas jouer le rôle de conseiller en investissement. Toutefois, je partagerai prochainement les principaux angles d’analyse sous-jacents à ces jugements, notamment la lecture de mes indicateurs de bulle et la logique qui les fonde.
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