
Coinbase ou Stripe ? Le vote décisif du gardien
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Coinbase ou Stripe ? Le vote décisif du gardien
Le choix de Cloudflare déterminera directement quel protocole deviendra le standard dominant sur Internet.
Rédaction : David Christopher
Traduction : Saoirse, Foresight News
Le débat opposant x402 et MPP repose sur une mauvaise orientation. La véritable question est la suivante : qui Cloudflare choisira-t-il pour émettre la stablecoin NET Dollar ?
Récemment, Stripe a lancé le MPP (Machine Payment Protocol), présenté comme produit phare du lancement de la chaîne principale Tempo.
Pour rappel : Tempo est une blockchain publique EVM spécialisée dans les paiements, développée par d’anciens employés de Paradigm et d’anciens développeurs principaux d’Ethereum. Le MPP est un protocole ouvert basé sur HTTP, conçu pour les paiements entre agents intelligents et machines. Il réactive le code d’état HTTP 402 — longtemps laissé à l’abandon — « Payment Required » (paiement requis), tout comme x402, mais repose sur une philosophie architecturale différente.
Le compromis fondamental entre ces deux protocoles est clair : x402 privilégie l’ouverture ; le MPP permet une intégration plus fluide avec les systèmes de paiement existants, mais au prix d’une dépendance accrue à l’égard de l’écosystème Stripe.
Plutôt que de poursuivre indéfiniment ce débat technique, il vaut mieux recentrer l’attention sur une autre dimension. À l’heure actuelle, s’interroger sur la supériorité technique de MPP ou de x402 n’a guère de sens. Sous la surface, une bataille bien plus cruciale et influente se joue : Coinbase et Stripe se disputent la collaboration avec le géant tiers Cloudflare, dont le choix déterminera fortement la norme qui s’imposera comme standard industriel.
Les robots ont mis à mal l’ancien modèle
Avant d’aller plus loin, rappelons le problème fondamental que les paiements entre agents intelligents cherchent à résoudre : les agents IA rendent le web crawling excessivement simple.
Entre 2024 et 2025, le trafic de Wikipédia a augmenté de 50 % en raison des robots, mettant une pression considérable sur ses serveurs et faisant exploser ses coûts. Au moins 65 % de ses requêtes les plus gourmandes en ressources proviennent de robots. En février 2025, le site d’images DiscoverLife subissait des millions de requêtes robotisées chaque jour, menaçant presque son fonctionnement. En août, le fournisseur de services cloud Fastly signalait des robots effectuant jusqu’à 39 000 requêtes par minute vers un seul site web. Le Directory of Open Access Journals (DOAJ) a également été confronté à une situation similaire, qualifiant cette vague de « cyberattaque par déni de service fonctionnel ». Le 11 novembre, son trafic a bondi de 968 % en glissement annuel.
Bien que les sites ajoutent des fichiers robots.txt (indiquant aux robots quels contenus ils peuvent ou non indexer), plus de 13 % d’entre eux ignorent purement et simplement ces règles. Ils surchargent les serveurs et pèsent lourdement sur les sites fonctionnant grâce à des dons.
Les sites commerciaux ne sont pas épargnés non plus : Reddit a renforcé ses limites de fréquence de requêtes ; huit des dix plus grands sites d’actualités mondiaux bloquent désormais les robots destinés à l’entraînement des modèles IA ; globalement, 71 % des principales plateformes de contenu bloquent totalement les robots d’exploration.
Évolution quotidienne du volume de requêtes provenant de robots IA
Mais l’internet ne ferme pas complètement ses portes. Les sites offrant des données hautement valorisées et actualisées (prix, réservations hôtelières, jeux de données spécialisés) commencent à facturer l’accès à leurs données. Les contenus courants et peu valorisés restent accessibles gratuitement via cache ou proxy. Les robots ne disparaîtront pas, mais l’internet se scinde progressivement entre contenus gratuits et contenus payants. C’est précisément pour répondre à ce phénomène que x402 et MPP ont vu le jour.
Comme l’a souligné Serpin, fondateur d’Ethos Network : « Cette tendance des robots implique une transformation profonde de l’internet : davantage de sites fermés, davantage de vérifications homme-machine (CAPTCHA), et une séparation accrue entre le trafic humain et le trafic machine. »
Cloudflare occupe une position stratégique
Cloudflare agit comme couche intermédiaire entre les sites web et leurs visiteurs : elle protège contre les attaques, accélère les temps de chargement et gère des volumes massifs de trafic. Environ 20 % des sites web mondiaux l’utilisent, ce qui en fait l’un des carrefours les plus critiques de l’internet. Toute décision prise par Cloudflare concernant les règles de trafic affecte directement un cinquième de l’internet.
Cela signifie aussi que Cloudflare ressent de façon très concrète la montée en puissance du trafic robotisé et l’explosion des crawlers, et qu’elle s’attelle activement à y remédier.
Initialement, elle s’est contentée d’offrir aux sites la possibilité de bloquer tous les robots. L’an dernier, Cloudflare a lancé le dispositif « Pay-per-Crawl » (paiement à la requête) : les sites n’ont plus besoin de bloquer les robots de façon brutale, mais peuvent leur facturer de petits montants pour accéder aux données. Lorsqu’un robot demande une page, il doit soit payer pour obtenir l’accès, soit recevoir une réponse HTTP 402 « Payment Required ». La facturation est entièrement gérée par Cloudflare. Il s’agit d’un compromis entre le blocage total et l’accès gratuit total.
Après le lancement de « Pay-per-Crawl » en juillet, Cloudflare a, en septembre, cofondé avec Coinbase la x402 Foundation. Quelques jours plus tard, elles annonçaient le lancement de NET Dollar — une stablecoin dédiée aux paiements entre agents intelligents.
Autrement dit, Cloudflare construit à la fois des « murs » (blocages) et des « fenêtres » (accès payants). Elle décide qui est exclu, qui peut entrer, et selon quelles conditions. C’est précisément cette position qui rend son prochain choix décisif.
NET Dollar constitue le véritable signal
Lorsqu’elle a annoncé NET Dollar, Cloudflare n’a pas révélé l’identité de l’émetteur. Même si, en décembre, son partenaire Coinbase avait déjà lancé publiquement un service d’émission sur mesure de stablecoins pour entreprises, Cloudflare n’a toujours pas officialisé son choix.
Or, un article publié cette semaine par The Information clarifie la situation : la question de savoir qui émettra NET Dollar reste encore ouverte. Coinbase, ZeroHash et d’autres entreprises se livrent une concurrence acharnée pour décrocher ce partenariat, laissant ainsi une porte ouverte à d’autres acteurs, tels que Stripe.
Un détail encore plus significatif : juste après le lancement du MPP, mercredi, Cloudflare a immédiatement mis à disposition un proxy compatible avec ce protocole. Ce n’est pas surprenant, puisque le MPP prend lui aussi en charge les paiements x402, et que les deux normes ne sont donc pas totalement incompatibles. Toutefois, le fait est que Cloudflare n’a toujours pas désigné l’émetteur de la stablecoin, et que Coinbase — qui avait pourtant cofondé la x402 Foundation avec elle — n’est qu’un candidat parmi d’autres.
Pourquoi cela importe-t-il ? Parce que NET Dollar deviendra la monnaie par défaut des services « Pay-per-Crawl » et autres solutions d’accès payant proposés par Cloudflare. Celui qui en assurera l’émission bénéficiera d’un soutien prioritaire pour sa norme de paiement au sein de l’écosystème Cloudflare.
- Si Coinbase émet NET Dollar → Cloudflare continuera de bâtir autour de x402
- Si Stripe en assure l’émission → le MPP bénéficiera d’un élan considérable
Compte tenu du fait que Cloudflare couvre un cinquième des sites web mondiaux et qu’elle développe activement un système hybride « blocage + accès payant » pour le trafic robotisé, son choix déterminera directement la norme qui s’imposera comme standard dominant sur l’internet.
Débattre indéfiniment de la supériorité relative de x402 et du MPP est bien moins pertinent que de suivre attentivement le partenaire que Cloudflare finira par choisir. Voilà la véritable question centrale.
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